Electricité

Sommet de Sotchi : la Russie veut nucléariser l’Afrique

Dans les lointains faubourgs du Cap, la centrale nucléaire de Koeberg le 8 février 2012.

Dans les lointains faubourgs du Cap, la centrale nucléaire de Koeberg le 8 février 2012. © Schalk van Zuydam/AP/SIPA

Si de nombreux pays du continent ont déjà signé des accords sur le nucléaire, aucun chantier de construction de centrale n’est encore lancé, à part en Égypte. Vladimir Poutine et les dirigeants de Rosatom, le leader russe du secteur, ont profité du sommet de Sotchi pour accélérer le rythme.

L’énergie nucléaire fait partie des points forts traditionnels de l’industrie russe, et Moscou a toujours voulu s’appuyer sur cette compétence bien particulière pour doper ses exportations. Ou pour le dire concrètement : pour vendre des centrales nucléaires à l’étranger.

Rosatom, le géant russe du secteur, a même développé un concept de « mini centrale » spécifiquement destinée aux pays en développement, africains ou autres. Mais pour l’heure, seules l’Égypte et l’Afrique du Sud possèdent des réacteurs en fonctionnement. D’autres pays ont signé des partenariats ou des mémorandums, mais à ce stade il s’agit au mieux de créer des centres de recherche.

À Sotchi, les Russes comptaient bien aller plus loin. Le nucléaire fait d’ailleurs partie des secteurs d’activité que le président Poutine a mis en avant lors de son discours inaugural. Véritable VRP de Rosatom, il a vanté devant l’assemblée de chefs d’État africains son concept de « centrale clé en main ». Et lors de la plupart des entretiens bilatéraux menés avec ses homologues africains, Alexei Likhatchev, le directeur général de Rosatom, était présent.

Centre de recherche et formation d’étudiants pour la Zambie

La Russie, explique ce dernier, n’envisage pas son avenir ou son développement sans recourir au nucléaire, et il estime que l’Afrique est aujourd’hui le continent qui en a le besoin le plus urgent. « Lénine disait qu’on ne peut pas construire le communisme dans un seul pays, insiste-t-il, eh bien le nucléaire c’est pareil : nous avons besoin de propager nos technologies. » C’est le discours qu’il a tenu aux chefs d’État qu’il a rencontrés et, assure-t-il, plusieurs contrats ont été signés, « dont un tiers est déjà formalisé ».

Impossible de faire dire à Alexei Likhatchev quels pays ont signé, mais certains noms sont connus. La Zambie, notamment, est partenaire de Rosatom depuis 2018. « Nous avons signé pour un centre de recherche, parce que nous voulons diversifier notre mix énergétique, confirme le chef de l’Agence zambienne de l’énergie atomique, Roland Msiska. Nous sommes trop dépendants de l’hydroélectricité, nous l’avons constaté lors des périodes de sécheresse. L’accord prévoit aussi l’octroi de bourses à des étudiants zambiens qui vont se former sur le nucléaire. »

L’Égypte aussi a signé avec Rosatom, dès 2017. Auparavant, le pays avait construit une première centrale en 1984. La deuxième est actuellement en chantier, en partenariat avec les Russes.

Vers un coup de fouet à la production électrique sur le continent

Quant à l’Éthiopie, son ministre de l’Innovation et de la Technologie, Getahun Makuriya Kuma, a signé le premier jour du sommet de Sotchi un accord avec Rosatom qui prévoit, dans un premier temps, la création d’un réacteur expérimental : « Notre but, explique le ministre, est de construire deux centrales dans les dix ans qui viennent. 20 à 30 % de l’électricité mondiale est nucléaire, huit pays européens se situent entre 30 et 80 % d’électricité nucléaire et en Afrique il n’y a que deux réacteurs… C’est un handicap qu’il faut combler. »

Autre pays converti aux vertus de l’atome : le Rwanda, dont le ministre des Infrastructures, Claver Gatete, annonce la signature d’un contrat avec Rosatom pour ce jeudi. Une décision qui s’inscrit dans le cadre plus large des ambitions affichées par Kigali, qui souhaite offrir l’accès à l’électricité à 100 % de sa population (52 % actuellement) et, plus largement, entrer dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire à l’horizon 2050.

Malgré ses 8 % de croissance annuelle, le pays veut encore accélérer le développement de son économie, s’industrialiser (créer en particulier un secteur sidérurgique) et estime que tout cela n’est possible qu’avec un parc nucléaire, fût-il modeste.

Vladimir Poutine et Alexeï Likhatchev se sont montrés visiblement convaincants, allant jusqu’à proposer des financements aux pays qui en ont besoin.

Leadership régional pour les uns, influence globale pour la Russie

Modeste, le patron de Rosatom évite le triomphalisme et préfère mettre en avant la lourde responsabilité des pays qui s’engagent à ses côtés : « La dimension de confiance est importante, souligne-t-il. Entrer dans le club atomique, c’est prendre un risque à long terme qu’il faut savoir gérer. Ce sont les chefs d’État qui prennent cette responsabilité et ils doivent avoir la confiance de leur peuple. À nous d’être les plus transparents possibles. »

Mais pas question de finir sur cette note grave, c’est donc avec un sourire qu’Alexeï Likhatchev félicite les nouveaux pays signataires : « Ils vont être des pionniers, acquérir dans leur région un leadership qui ne sera pas seulement énergétique, mais aussi économique. Les compétences que nous allons développer ensemble auront des retombées dans le domaine médical, scientifique, permettront des avancées sociales… »

Et la liste des pays nucléarisés par Moscou devrait, en toute logique, s’allonger dans les semaines et les mois qui vont suivre le sommet de Sotchi. « Je pense que nous allons faire une percée sur le continent dans les prochaines années », conclut, confiant, le patron de Rosatom.

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