Politique

Centrafrique : à peine rentré à Bangui, Karim Meckassoua s’attaque à Faustin-Archange Touadéra

L'ncien président de l'Assemblée nationale, Karim Meckassoua, lors de son retour à Bangui, le 24 octobre 2019.

L'ncien président de l'Assemblée nationale, Karim Meckassoua, lors de son retour à Bangui, le 24 octobre 2019. © Gaël Grilhot pour JA

Destitué de son poste de président de l’Assemblée nationale en octobre 2018, Karim Meckassoua est rentré à Bangui ce jeudi matin après plusieurs mois d’exil. Accueilli par une foule de partisans, il a annoncé son confirmer son implication au sein de la plateforme E Zingo Biani, réservant ses critiques les plus virulentes au président Faustin-Archange Touadéra.

Ils étaient près de 300, t-shirts et casquettes aux couleurs de sa formation parlementaire, Le chemin de l’espérance, à l’attendre, bloqués par la police à 500 mètres de l’aéroport. Entassés dans des taxis-bus, sur des taxis-motos, ou encore à pieds, ils ont accompagné leur leader, l’ancien président de l’Assemblée nationale Karim Meckassoua, de retour au pays après plusieurs mois d’absence. Selon plusieurs ONG, 3 000 personnes étaient réunies pour accueillir l’homme politique centrafricain.

Debout sur un pick-up, celui qui fut plusieurs fois ministre de François Bozizé n’a cessé d’haranguer la foule sur le passage du convoi qui l’a mené de l’aéroport jusqu’à sa résidence, dans le quartier du PK5. Un retour d’autant plus remarqué qu’il intervient alors que le président Faustin-Archange Touadéra et une partie de son gouvernement se trouvent à Sotchi, pour le sommet Russie-Afrique.

Retour sur sa destitution

Karim Meckassoua, ex-président de l'Assemblée nationale centrafricaine.

Karim Meckassoua, ex-président de l'Assemblée nationale centrafricaine. © Vincent Fournier pour Jeune Afrique

Le cortège, de plus en plus massif au fur et a mesure de l’avancée dans le PK5, s’est interrompu devant la résidence du député, dans une petite ruelle de ce quartier à majorité musulmane plongée pour l’occasion dans une grande effervescence. Sur place, une quinzaine de députés de sa formation l’attendaient, aux côtés des membres de sa famille.

Karim Meckassoua a été destitué il y a un an de son poste de président de l’Assemblée nationale,  sur la base, notamment, d’une pétition signée par plusieurs parlementaires l’accusant de « gestion patrimoniale et clanique ». Des accusations qu’il a une fois de plus rejeté lors d’une conférence de presse improvisée à son domicile, dès son arrivée. Estimant qu ‘il « avait été blanchi par le rapport de la Cour des comptes », il s’est insurgé contre « une instrumentalisation de la justice ».

Celui qui fut plusieurs fois ministre de François Bozizé est également revenu sur la politique intérieure, tirant à boulets rouges sur l’exécutif en place. « Toute la politique du gouvernement avait été basée il y a trois ou quatre ans sur le DDR [processus de Démobilisation, désarmement, réinsertion, ndlr]. Avez-vous vu ce qui a été ramassé comme armes ? », a-t-il lancé. « J’entends aujourd’hui le président de la République, depuis Sotchi, demander que la Russie arme la République centrafricaine avec des équipements lourds… On est loin du compte ! »

Évoquant les inondations qui touchent le pays – plus de 6 000 personnes ont vu leur maison détruite, en début de semaine -, Meckassoua s’en est également pris aux autorités centrafricaines. « On ne peut pas gouverner, avec toute la manne que l’on reçoit régulièrement de l’Union européenne, de la France et des États-Unis, et annoncer une calamité. Cela se prévoit. Gouverner, c’est prévoir. »

Rapprochement avec le mouvement E Zingo Biani

Sur le plan politique, il a également confirmé avoir rencontré d’autres dirigeants du mouvement E Zingo Biani (« Réveillons-nous définitivement »), qui rassemble des organisations de la société civile, des syndicats et des partis. « Lorsque l’unité sociale est mise à mal, alors il y a le désordre, qui engendre le crime et la haine », a-t-il souligné.

Avec E Zingo Biani, « il n’y avait pas de divisions, il y avait des interrogations. E Zingo Biani combat pour la démocratie et la restauration de l’État de droit. Dès lors que vous privez de parole nombre de compatriotes, de Centrafricains, d’organisations de la société civile, alors il ne reste que la contestation. »

Pas question, toutefois, de se prononcer pour le moment sur une éventuelle candidature à l’élection présidentielle de l’an prochain. Karim Meckassoua estime aujourd’hui que toutes les conditions ne sont pas réunies pour que le scrutin puisse se dérouler de manière satisfaisante. « Avec E Zingo Biani, avec toutes les formations politiques, nous voulons des élections. Mais nous voulons qu’elles soient incontestables, a-t-il précisé. On doit lutter pour que les conditions soient transparentes, et pour que les résultats soient acceptés et acceptables. »

Une déclaration qui intervient alors qu’une polémique a lieu à l’Assemblée nationale à la suite du report de l’examen du projet de loi portant sur l’organisation et le fonctionnement de l’Autorité nationale des élections, chargée en particulier d’organiser les élections législatives et présidentielles fixées au 27 décembre 2020. Ce projet de loi avait déjà été reporté lors de la dernière session parlementaire. Inscrit à l’ordre du jour de la présente session, il en a finalement été retiré par le gouvernement, sans accord des députés. De quoi alimenter les craintes d’un probable glissement électoral.

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