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RDC : les investissements de Trafigura au Lualaba critiqués pour leur impact social

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Mis à jour le 03 décembre 2019 à 16h51
Des participants visitent les stands de sociétés minières lors la DRC Mining Week. Septembre 2018, Kolwezi.

Des participants visitent les stands de sociétés minières lors la DRC Mining Week. Septembre 2018, Kolwezi. © Fiston Mahamba

Après les désengagements des sociétés minières Katanga Mining (filiale de Glencore) et Mutanda Mining dans la province du Lualaba, l’annonce du minier et pétrolier suisse Trafigura d’un investissement de 450 millions de dollars américains dans la mine de Mutoshi est salué par les autorités administratives… mais pas par les défenseurs des droits humains.

L’annonce fuitée à la mi-octobre de la participation du négociant de matières premières Trafigura au consortium qui finance la construction d’une usine de traitement du cuivre et du cobalt en RDC, dans la mine de Mutoshi, a été saluée comme une bonne nouvelle pour l’économie et la population locales du Lualaba de la part de différents responsables administratifs locaux.

Que l’investissement concerne non pas l’extraction mais bien le traitement du cuivre et du cobalt n’y est pas étranger : « C’est une bonne nouvelle parce que nous avons toujours demandé à ce que les minerais ne quittent la province ou le pays à l’état brut. Une transformation au niveau local, cela créera plus d’emplois et une hausse des recettes fiscales », a analysé auprès de Jeune Afrique Joseph Yav Katshung, directeur de cabinet de Richard Muyej Mans, gouverneur du Lualaba, qui confirme par ailleurs l’investissement de Trafigura.

Les fermetures ou suspensions d’activités minières comme celle de Katanga Mining et Mutanda Mining ont porté un coup au district. « La fermeture momentanée des activités de Mumi (Mutanda ya Mukonkota Mining) a impacté à la baisse la perception des taxes de la province, d’environ 32 %. Si d’autres investisseurs peuvent apporter une amélioration, c’est une bonne nouvelle pour la population et la santé économique de la province », poursuit-il.

Des conditions de travail pointées du doigt

En avril 2018, la société basée à Dubaï (Émirats arabes unis) Shalina Resources Ltd et sa filiale en RDC, Chemaf SARL (« Chemaf »), une société spécialisée dans l’exploration, l’extraction et le traitement du cobalt et du cuivre en RDC, avaient déjà signé un contrat de commercialisation de l’hydroxyde de cobalt avec Trafigura Group, société de négoce de matières premières, opérationnel jusqu’en décembre 2020.

Les creuseurs artisanaux qui revendent les minerais à la société Chemaf travaillent dans les conditions les plus déplorables

Mais Richard Mukena, directeur de programmes au sein de l’organisation African Resources Watch (Afrewatch), une ONG recensant les violations de droits humains dans le secteur minier, se dit indigné par les violations de droits humains qui selon lui ont lieu dans la mine de Mutoshi, exploitée par Chemaf en partenariat avec Trafigura : « Aucun des creuseurs artisanaux ne porte d’équipements de protection lors de l’extraction du cobalt et du cuivre qu’ils revendent à Chemaf, qui en principe devrait encadrer ces personnes pour rendre ses produits fiables tel que recommandé par les réglementations minières nationales et internationales ».

Joint par Jeune Afrique, Shiraz Virji, président de la société Chemaf, la filiale congolaise de Shalina Resources, n’a pas voulu commenter les allégations avancées par l’organisation Afrewatch.

Des œuvres sociales en « contrepartie » ?

Au-delà de l’exploitation de la mine et de ses conditions de travail, Trafigura participe à des œuvres sociales locales, indique toutefois Richard Mukena : « Trafigura donne de l’argent aux organisations ayant des activités localement, notamment l’ONG Pact Congo, qui mène des activités de sensibilisation pour la sortie des enfants des sites miniers ».

Mais cette implication ne suffit pas à effacer les conditions de travail de son partenaire Chemaf, pour le militant des droits humains : « En amont, Trafigura travaille avec les entreprises comme Chemaf, qui autorisent la présence des enfants et des femmes enceintes dans leurs sites, puis ils veulent apporter leur contribution dans la lutte contre ces violations des droits humains. Nous travaillons à Kolwezi et je vous assure que dans les mines exploitées par la société minière Chemaf, des violations de droits humains sont perpétrées », déplore Mukena.


Trafigura fait savoir à Jeune Afrique qu’elle conteste fermement les faits rapportés par Richard Mukena, de l’ONG Afrewatch. « Des règles strictes ont été mise en place en matière de protection des employés sur un site minier clôturé », indique une porte-parole de la compagnie, qui précise par ailleurs que le projet extractif, mené par Chemaf, « travaille, sous la supervision de l’ONG locale Pact, à faire respecter les règles de Trafigura en matière d’approvisionnement responsable. »

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