Pétrole & Gaz

Madagascar : une rumeur provoque une pénurie d’essence en pleine négociation entre le gouvernement et les pétroliers

Station-service, Madagascar

Station-service, Madagascar © Jovena

Madagascar connaît depuis lundi 21 octobre une pénurie partielle de carburant, causée par une rumeur diffusée sur les réseaux sociaux. Au-delà de ce phénomène conjoncturel, c’est la fragilité de la chaîne de distribution qui pose question, alors même que le gouvernement et les sociétés pétrolières sont engagées dans d’âpres négociations.

Un trafic au ralenti, moins de taxis, et des piétons qui, en plus grand nombre qu’à l’accoutumé, s’affairent dans les rues de la capitale. Depuis le week-end dernier, Antananarivo a changé de physionomie. Dès qu’une station-service est réapprovisionnée, automobilistes et motards se précipitent, et vident en quelques heures le stock de carburant. La cause ? Une rumeur de pénurie de carburant, qui s’est propagée si rapidement et massivement qu’elle a fini par devenir autoréalisatrice. Pour le moment, seul la capitale est concernée, la psychose n’ayant pas atteint le reste du pays.

Pour les autorités, la rumeur a été « volontairement créée ». C’est en tout cas la thèse avancée par Vonjy Andriamanga, le ministre de l’Énergie, de l’Eau et des Hydrocarbures, qui, devant l’ampleur du phénomène, a tenu un point presse exceptionnel, mardi.

La rumeur aurait été lancée vendredi 18 octobre, mais le gouvernement n’est, pour le moment, pas parvenu à en identifier la source. Les effets, en revanche, sont documentés. Craignant la pénurie, les automobilistes se sont précipités comme un seul homme dans les stations, vidant littéralement les stocks. « La consommation de carburant a été multipliée par trois durant le week-end dernier et hier [lundi], comparée à la consommation normale », a précisé le ministre, qui s’est employé à rassurer et calmer les craintes.

Démentis de pénuries de tous bords

À en croire le ministre, Antananarivo dispose d’un stock de 7 millions de litres de gazole et d’un million de litres d’essence. Il a par ailleurs annoncé l’arrivée prochaine d’une cargaison supplémentaire d’un million de litres d’essence dans la capitale.

Les stocks sont suffisants

Tous les acteurs de la chaîne de distribution s’emploient depuis trois jours à contrecarrer la rumeur. Les pétroliers – Total, Shell, Galana, et Jovena pour les principales entreprises du secteur – et l’Office malgache des hydrocarbures (OMH), ont multiplié les communiqués et interventions dans la presse en ce sens. Des cadres du secteur de la distribution de carburant, contactés par Jeune Afrique, ont corroboré les explications et les chiffres avancées par les autorités. « Les stocks sont suffisants, avec 7 220 000 litres de gazole et 1 000 000 d’essence », martelait ainsi Alain Théodore Soumoudronga, secrétaire général du Groupement pétrolier de Madagascar (GPM).

Autant d’appels au calme qui ont cependant échoué à rasséréner les automobiliste anxieux de ne plus trouver de carburant, qui ont continué de se précipiter dans les stations. Et si la rumeur s’est propagée de manière aussi rapide, malgré les efforts de communication déployés par les autorités, c’est notamment en raison du faible niveau de confiance qu’accordent les Malgaches à leurs responsables politiques.

Négociations sous tension

En outre, cette psychose a également été alimentée par le contexte : le climat est en effet tendu entre l’État et les sociétés pétrolières. Depuis six mois, le gouvernement cherche à obtenir de ces dernières une réduction de leurs marges bénéficiaires, en vue de renforcer la part dévolue aux finances publiques.

Mais il rencontre une très forte opposition du secteur privé. Mi-septembre, le GPM s’est ainsi plaint auprès du ministre de l’Énergie, de l’Eau et des Hydrocarbures d’un arrêté gouvernemental considéré comme non conforme aux négociations sur la structure des prix. « Nos situations de trésorerie ne nous permettent plus de supporter une aggravation de nos arriérés sans qu’aucune mesure d’accompagnement ne soit a minima mise en œuvre, alertait notamment le GPM dans un courrier obtenu par Jeune Afrique Business +.

Un bras de fer engagé sous l’égide du président Andry Rajoelina, qui en fait une priorité politique. « Ces négociations, qui aurait eu le courage et la volonté de le faire ? Moi je l’ai fait », se félicitait ainsi le président malgache, lors d’une intervention sur la télévision nationale, début octobre.

Des stocks pétroliers au plus bas

Si les initiateurs de la rumeur lancée sur les réseaux sociaux n’ont pas été identifiés par les autorités, certains n’ont pas hésité à faire un lien direct entre celle-ci et les négociations en cours. Si aucun élément ne vient accréditer cette thèse, le phénomène est en revanche le symptôme d’une fragilité de la chaîne logistique de distribution du carburant.

Le dernier bulletin pétrolier édité par l’OMH remonte au premier trimestre 2019, et n’a depuis pas été réactualisé. Il révélait notamment qu’en décembre 2018, les réserves de supercarburant et de gazole étaient respectivement de 13 et 10 jours, après avoir été d’un mois ou plus tout au long de l’année. Selon nos informations, les stocks ont aussi atteint un niveau particulièrement bas – moins d’une semaine – au début du mois de juillet, en raison d’un différend entre le distributeur pétrolier LPSA et les transporteurs.

Face à la crise conjoncturelle de ces derniers jours, l’OMH a annoncé l’arrivée d’un tanker pétrolier, le Gulf Coral, ce vendredi dans le port de la capitale. Le navire renferme plus d’un mois d’autonomie, selon nos sources. Un navire attendu de pied ferme, dans les files d’attente d’Antananarivo.

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