Banque

Kenya : Equity Bank court après l’argent mobile

Au Kenya, Equity Bank a décroché en 2014 l'une des trois licences d'opérateur mobile virtuel (MVNO) attribuées par les autorités. © bEdward Echwalu/The Africa Report

Le mobile banking est une chose trop rentable pour être laissée aux seuls opérateurs télécoms. C'est pourquoi le groupe de Nairobi s'apprête à lancer ses propres prestations bancaires par téléphone.

La frontière entre banques et télécoms est décidément bien poreuse. Au Zimbabwe, l’opérateur de téléphonie mobile Econet Wireless en avait déjà fait la démonstration, en 2013, en rachetant une banque. Aujourd’hui, le kényan Equity Bank en donne la preuve réciproque en décrochant l’une des trois licences d’opérateur mobile virtuel (MVNO) attribuées récemment par les autorités. Le groupe bancaire déploiera dans les semaines qui viennent cette nouvelle activité. « Equity Bank a débuté dans la microfinance et est devenue l’une des premières banques locales, avec la plus large base de clientèle [8,4 millions de clients fin 2013], souligne Danson Njue, analyste chez Informa Telecoms & Media. Elle entend passer à une nouvelle étape.

M-Pesa Graphique EXOTIXFaire la guerre au cash dans un pays où, selon la direction d’Equity Bank, seules deux transactions sur 100 sont réalisées électroniquement : telle est l’ambition de la banque kényane, résumée sous le sigle « Equity 3.0 ».

« Le groupe souhaite que tous ses produits soient distribués par l’intermédiaire des services bancaires mobiles », affirme Eric Musau, analyste chez Standard Investment Bank. « Les offres par mobile sont bien moins coûteuses pour les banques, ajoute Ronak Gadhia, chez Exotix. Cette solution va permettre à Equity Bank d’améliorer encore sa structure de coûts. »

Souplesse

Sous la férule de James Mwangi, l’institution s’est depuis longtemps positionnée comme l’une des plus innovantes dans le secteur bancaire. Exemple avec l’agency banking : Equity Bank dispose de 11 000 agents indépendants qui réalisent un tiers de ses transactions en cash. Un modèle souple, qui évite la création coûteuse d’agences physiques, et que le groupe a commencé à dupliquer au Rwanda et en Tanzanie, deux des cinq pays où il est actif.

« Après les agences traditionnelles, les distributeurs et les agents, Equity Bank veut offrir un nouveau canal à ses clients, explique Ronak Gadhia. L’objectif est de les convertir aux solutions électroniques. » Dans sa ligne de mire, l’immense marché de l’argent mobile au Kenya, qui a atteint 15,7 milliards d’euros en 2013, selon la Banque centrale. Une manne presque équivalente à l’ensemble des dépôts bancaires du pays et qui est captée de manière écrasante par le numéro un des télécoms, Safaricom.

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Son offre de mobile banking, M-Pesa, compte 19,34 millions d’abonnés, dont 12,16 millions sont réellement actifs, et l’opérateur offre de plus en plus de produits d’assurance et de banque, en partenariat avec les professionnels du secteur.

Safaricom suivra-t-il l’exemple de son homologue zimbabwéen Econet Wireless ? C’est ce que craint Equity Bank, mais Danson Njue tempère : « Safaricom n’a qu’une licence mobile. Et avec son expérience dans la banque et sa licence MVNO, Equity Bank a désormais une longueur d’avance. » De quoi saper la domination des opérateurs télécoms dans le secteur de l’argent mobile ?

« Equity Bank va avoir un accès total aux cartes SIM et, du coup, les rendre plus adaptées aux opérations bancaires », décrypte Ronak Gadhia. Techniquement, le groupe délivrera gratuitement à ses clients des cartes SIM ultrafines. « Nous pensons qu’Equity va lancer une carte proche de celle promue en Chine par F-Road, qui se superpose à la carte SIM déjà existante sans nécessiter la collaboration de l’opérateur télécoms », explique Eric Musau.

Superposition

En d’autres termes, les clients pourront utiliser les offres d’Equity Bank tout en conservant la puce de leur opérateur. La carte Equity 3.0 leur permettra d’acheter des biens sans contact, de transférer de l’argent (1 % de frais) vers toutes les banques et de contracter des prêts automatisés (coûtant 1 % à 2 % par mois). Problème : Bob Collymore, le patron de Safaricom, n’entend pas se laisser faire et ne s’est pas privé de dénoncer cette technologie de superposition, au motif qu’elle présenterait un risque en termes de sécurité.

Airtel, le grand gagnant

Numéro deux des télécoms au Kenya avec 7,7 millions de clients (en comptant la reprise en cours d’Essar Telecom), l’indien Bharti Airtel a été choisi comme partenaire par les trois opérateurs virtuels récemment agréés. De quoi rentabiliser son réseau (en surcapacité de 60%) mais aussi espérer faire vaciller un peu le numéro un, Safaricom

Lors de la présentation de son offre, le management s’est pourtant montré sûr de lui : « Le statut de MVNO va nous permettre de proposer une offre d’argent mobile fiable. » L’utilisation de l’infrastructure du groupe indien Bharti Airtel, qui possède plusieurs milliers de tours de télécommunications au Kenya, est scellée. Le centre clientèle de 300 sièges est prêt, tout comme les 11 000 agents du groupe et une bonne partie des agences. 

John Waweru, ancien patron de l’autorité de régulation des télécoms et ex-directeur général de Telkom Kenya (aujourd’hui Orange Kenya), a été choisi pour présider Finserve, la filiale qui pilotera ces nouvelles opérations.

Equity Bank n’a pour l’instant délivré aucun objectif quantifié. Mais pour la banque kényane, il s’agit d’une véritable mutation stratégique.

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