Politique

Guinée : les élections législatives reportées sine die

Réservé aux abonnés | | Par - à Conakry
Mis à jour le 12 novembre 2019 à 15h15
Lors du scrutin présidentiel à Conakry, en 2010 (illustration).

Lors du scrutin présidentiel à Conakry, en 2010 (illustration). © Jerome Delay/AP/SIPA

La Commission électorale nationale indépendante (CENI) a annoncé le report des législatives, initialement prévues pour le 28 décembre, en invoquant des raisons techniques. Aucune date n’a pour l’heure été fixée pour ce scrutin qui devait à l’origine se tenir en septembre ou octobre 2018.

C’est désormais officiel. Les premiers signes d’un possible report des législatives étaient perceptibles depuis plusieurs semaines, et, au sein de la Ceni, plusieurs voix s’élevaient ces derniers jours pour juger que la date du 28 décembre n’était a priori pas tenable, comme le relatait Jeune Afrique le 11 octobre dernier. C’est désormais officiel : les législatives sont reportées sine die.

L’annonce a été faite lundi soir, lors d’une conférence de presse commune d’Amadou Salif Kébé, président de la Commission nationale indépendante, et Tiéman Hubert Coulibaly, l’ex-ministre malien des Affaires étrangères, envoyé spécial de la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) pour observer le processus électoral guinéen. Elle intervient dans un contexte politique tendu, une semaine après des manifestations organisées par les opposants à une réforme constitutionnelle qui ont débouché sur la mort d’au moins neuf personnes, selon le bilan officiel.

Pas de nouvelle date fixée

Tiéman Hubert Coulibaly, ex-ministre malien des Affaires étrangères.

Tiéman Hubert Coulibaly, ex-ministre malien des Affaires étrangères. © DR

« Il y a des travaux techniques immenses à faire sur le fichier électoral pour que les résultats des prochaines législatives et d’autres [élections] soient acceptés par tous les acteurs politiques », a précisé l’envoyé spécial de Louise Mushikiwabo, la secrétaire générale de l’OIF, dressant le bilan de l’audit du fichier électoral réalisé par l’organisation.

« La Ceni va reconsidérer la date afin de proposer aux autorités guinéennes un nouvel agenda tenable et conforme aux recommandations du comité de suivi du dialogue politique inter-guinéen », a pour sa part assuré Tiéman Hubert Coulibay, sans donner plus de détail sur la date envisagée.

Face aux inquiétudes exprimées au sein de l’opposition politique, mais aussi par certains des commissaires de l’institution qu’il dirige, le président de la commission électorale avait, jusque-là, assuré que la date du 28 décembre 2019 serait tenue.

Le scrutin, qui devait se tenir initialement en septembre-octobre 2018, avait déjà été reporté, donnant lieu à une passe d’arme entre les partis de l’opposition parlementaire et la mouvance présidentielle autour de la question de la prorogation du mandat des députés.

La question de la révision du fichier électoral

Une femme vote aux élections législatives, dans un bureau de vote à Conakry, en Guinée, samedi 28 septembre 2013.

Une femme vote aux élections législatives, dans un bureau de vote à Conakry, en Guinée, samedi 28 septembre 2013. (image d'illustration) © Youssouf Bah/AP/SIPA

En avril dernier, le dialogue amorcé sur les questions d’organisation du scrutin législatif n’avait pas permis d’aboutir à un consensus. Parmi les sujets de crispation, notamment, la pertinence de reprendre, ou non, le recensement électoral pour en purger les électeurs fictifs, les doublons et compléter les données biométriques incomplètes de ceux déjà inscrits. L’opposition souhaitait une reprise complète du recensement, là où la mouvance présidentielle plaidait pour une révision ordinaire, invoquant notamment des questions de coûts.

Un différend qui devrait désormais être aplani, à en croire Amadou Salif Kébé. « Nous sommes en train de nous battre pour que le fichier soit entièrement actualisé, que la base de données soit mise à niveau et que chaque Guinéen soit représenté dans la base de donnés de façon unitaire », a-t-il assuré.

L’opposition va réclamer la démission d’Amadou Salif Kébé

Me Salif Kébé, président de la Ceni de Guinée Conakry, le 30 janvier 2018.

Me Salif Kébé, ancien président de la Ceni de Guinée, en janvier 2018. © Diawo Barry pour JA

Dans les rangs de l’opposition – qui maintient par ailleurs ses appels à manifester contre la révision constitutionnelle -, ce revirement de la Ceni est mal reçu. « Un chronogramme doit être consensuel, la Ceni est un organe d’interface et non de décision », proteste ainsi Aliou Condé, secrétaire général de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) du chef de file de l’opposition Cellou Dalein Diallo.

« Les délais légaux et techniques n’étaient pas respectés. Nombre de recommandations n’étaient pas prises en compte. On allait droit dans le mur, raison pour laquelle nous les avons laissé aller seuls », insiste-t-il. Avec cette annonce d’un report du scrutin, « on peut considérer qu’Amadou Salif Kébé a fait du parjure et qu’il n’a plus sa place à la Ceni », juge Aliou Condé.

« La Ceni n’est pas dans une dynamique de confrontation avec les acteurs politiques », rétorque pour sa part Ibrahima Kalil Diakité, conseiller en communication d’Amadou Salif Kébé. « Chacun devrait balayer devant sa porte. Le président de la Ceni a fixé la date parce que la majorité s’était dégagée en plénière avec dix commissaires pour contre sept. S’il y a parjure, l’opposition doit le chercher plutôt dans son camp. Ce sont ses commissaires qui ont fait fuiter dans les médias les délibérations de la Ceni, censées rester sécrètes », ajoute-t-il encore, avant d’insister sur le fait que « le président de la Ceni n’est pas nommé, il est élu par ses pairs ».

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