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Cet article est issu du dossier «Russie-Afrique : les secrets d'une reconquête»

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Diplomatie

Sommet de Sotchi : Vladimir Poutine veut remettre la Russie au centre de l’Afrique

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Mis à jour le 22 octobre 2019 à 11h11
Le président guinéen Alpha Condé et Vladimir Poutine, le 28 septembre 2017.

Le président guinéen Alpha Condé et Vladimir Poutine, le 28 septembre 2017. © Alexei Nikolsky/AP/SIPA

Co-présidé par Vladimir Poutine et Abdel Fattah al-Sissi, le tout premier sommet Russie-Afrique s’ouvre ce mercredi 23 octobre à Sotchi. Cette rencontre politique, lors de laquelle sont attendus 47 dirigeants africains, sera doublée d’un Forum économique au cours duquel contrats et partenariats devraient être annoncés. Le but : parachever le retour de la Russie sur le continent.

Difficile pour les autorités russes de le dire comme ça, mais la principale ambition du premier sommet Russie-Afrique est, sur le plan politique comme dans le domaine économique, de rattraper le temps perdu. D’autres grandes puissances mondiales ont, depuis longtemps, formalisé leurs partenariats avec le continent et, pour ne parler que d’elle, la Chine a déjà derrière elle sept éditions de son Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC), qui se solde tous les trois ans par l’annonce de milliards de dollars, que ce soit sous forme d’aide, de prêts ou de marchés octroyés à des entreprises chinoises.

Moscou, qui affirme depuis quelques années avoir refait de l’Afrique une priorité de sa politique étrangère, ne pouvait plus se permettre de rester à la traîne et le sommet de Sotchi, avec son parterre annoncé de chefs d’État et de gouvernement venus de tout le continent, symbolisera aux yeux du monde le retour russe dans le jeu.

Aucune exigence « politique »

À un peu plus de 24 heures de l’ouverture de l’événement, les organisateurs annoncent la venue de 43 chefs d’État et de gouvernement africains (dont une vingtaine de chefs d’État) et un total de 7 000 visiteurs, tous accueillis dans la station balnéaire des bords de la Mer noire, qui bénéficie de nombreuses infrastructures quasi-neuves depuis les Jeux olympiques d’hiver de 2014. Aux côtés de Vladimir Poutine, c’est l’Égyptien Abdel Fattah al-Sissi qui co-présidera le sommet, en sa qualité de président en exercice de l’Union africaine. Tous deux auront sans doute à cœur de faire une place à la tribune au Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, tout juste auréolé de son prix Nobel de la Paix et dont la présence à Sotchi est annoncée.

Une attitude plus respectueuse, à des années lumières des pratiques jugées quasi coloniales de certaines puissances occidentale

Dans une longue interview publiée ce lundi matin par l’agence de presse russe Tass, Vladimir Poutine a donné le ton de la rencontre. Les concurrents qui souhaitent nouer des accords privilégiés avec l’Afrique, y reconnaît-il, sont nombreux : Europe, États-Unis, Chine, Inde, Turquie, pays du Golfe, Corée, Israël, Brésil… Mais la Russie a des atouts à faire valoir. Sa proximité historique avec certains pays du continent, d’abord, qui remonte souvent à l’époque soviétique. Son attitude, ensuite, présentée par le chef du Kremlin comme plus respectueuse, à des années lumières des pratiques jugées quasi coloniales de certaines puissances occidentales qui, assure-t-il, « dépassent parfois les bornes de la décence. » Dénonçant « la pression », « l’intimidation » et le « chantage » auxquels recourent, selon lui, certains concurrents, le président russe met en avant l’aide et l’assistance de son pays qui, elle, ne s’accompagnerait d’aucune exigence « politique ou autre ».

Des « milliards de dollars » d’investissement

Plus prosaïquement, Moscou invite ses partenaires africains à venir au Forum économique avec des projets dont la faisabilité sera discuté lors de ces deux journées. Et promet des investissements qui se compteront « en milliards de dollars ». Des contrats et des partenariats devraient être annoncés à Sotchi dans les secteurs de compétence traditionnels des industriels russes : matières premières, énergie, infrastructures. Et sécurité, naturellement. Une trentaine d’États africains ont déjà signé des accords de coopération militaire ou technique avec les Russes – qui affirment avoir formé plus de 2 500 militaires africains ces cinq dernières années – et la liste devrait s’allonger d’ici à la fin de semaine.

Les échanges commerciaux de la Russie avec le continent représentent deux fois moins que pour la France et dix fois moins que pour la Chine

Il devrait aussi être question de dettes publiques : Moscou a déjà annulé l’ardoise de Madagascar, du Mozambique et de la Tanzanie en signant des accords « dette en échange du développement », et Vladimir Poutine a annoncé à Tass qu’il souhaitait faire de même avec l’Éthiopie.

Les annonces ne devraient donc pas manquer à Sotchi et ce d’autant plus que, encore une fois, la Russie part de très loin. Ses échanges commerciaux avec le continent ne représentent, à l’heure actuelle, que 20 milliards de dollars par an, soit deux fois moins que pour la France et dix fois moins que pour la Chine. Lors du dernier FOCAC, en 2018, Pékin a encore annoncé 60 milliards de dollars destinés au développement de l’Afrique. Malgré la bonne volonté affichée, Moscou risque d’avoir du mal à suivre.

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