Elections

« Ouattara, c’est fini. Le PDCI est là » : à un an de la présidentielle, Henri Konan Bédié mobilise dans son fief

Maurice Kakou Guikahué, Henri Konan Bédié, sa femme Henriette, et Charles Konan Banny (de droite à gauche).

Maurice Kakou Guikahué, Henri Konan Bédié, sa femme Henriette, et Charles Konan Banny (de droite à gauche). © Vincent Duhem pour Jeune Afrique

À un an de la présidentielle, des dizaines de milliers de partisans du PDCI ont participé samedi 19 octobre à un grand meeting en hommage à Félix Houphouët-Boigny, le premier président de Côte d’Ivoire. Une démonstration de force dans le bastion du parti d’Henri Konan Bédié.

« Je croyais qu’on ne mobilisait plus ? » Sur la place Jean-Paul II de Yamoussoukro, un cadre du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) savoure. Derrière lui, des dizaines de milliers de personnes, entre 30 000 et 50 000, drapés de vert et de blanc, reprennent en choeur le refrain d’un air de Zouglou : « HKB, Henri Konan Bédié ». « Ouattara, c’est fini. Le PDCI est là », lance fièrement Serge, l’un des nombreux militants présents.

En organisant un grand meeting dans la capitale ivoirienne, samedi 19 octobre, à tout juste un an de l’élection présidentielle, le PDCI voulait marquer le coup. Affaibli par le départ de plusieurs de ses cadres pour le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), l’ancien parti unique avait peut-être aussi besoin de se rassurer.

Pour l’occasion, ses barons avaient sorti leurs plus belles cylindrées. Ils étaient tous là, de Jean-Louis Billon à Thierry Tanoh, en passant par Maurice Kakou Guikahué, Gaston Ouassénan Koné, Charles Konan Banny et Émile Constant Bombet. Même Kouadio Konan Bertin (KKB), régulièrement en froid avec Henri Konan Bédié, avait fait le déplacement.

Un militant du PDCI, le 19 octobre à Yamoussoukro.

Un militant du PDCI, le 19 octobre à Yamoussoukro. © Vincent Duhem pour Jeune Afrique

L’héritage d’Houphouët au coeur de la bataille

À Yamoussoukro, le parti et son président ont voulu jouer sur les symboles. En organisant son meeting en marge des célébrations de la naissance Félix Houphouët-Boigny, le 18 octobre 1905, le PDCI voulait se positionner comme le seul et unique héritier du père de la Nation ivoirienne. « Les vrais héritiers d’Houphouët sont ceux qui protègent le PDCI », a lancé Bédié après avoir rendu un long hommage à celui qui « a légué une Côte d’Ivoire prospère et solidaire des autres pays ». La veille, il avait participé à une messe et s’était recueilli sur sa tombe.

Depuis son décès, le 7 décembre 1993, le premier président ivoirien est demeuré l’unique référent d’une classe politique en manque de renouvellement. Alliés d’hier, ennemis du moment, Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara se disputent aujourd’hui son héritage. Le premier a été son ministre et lui a succédé. Le second fut son Premier ministre pendant trois ans.

Yamoussoukro, l’ancien village d’Houphouët-Boigny officiellement capitale administrative du pays, est au coeur de cette bataille. Ce n’est pas un hasard si le RHDP a choisi d’y organiser son premier grand séminaire et que c’est dans cette même ville, boudée depuis des années par les élites politiques, qu’il installera son siège. Le parti devrait aussi y organiser une série d’événements à l’occasion de l’anniversaires de la mort d’Houphouët-Boigny.

Virulence du discours

À 85 ans, le sphinx de Daoukro n’a toujours pas dévoilé ses intentions pour la prochaine présidentielle. Il était en tout cas au centre de ce meeting, seul responsable d’envergure du parti, avec Guikahué, à prendre la parole. À la tribune, il a une nouvelle fois appelé à la mise en place d’une Commission électorale indépendante (CEI) « consensuelle et indépendante ».

Henri Konana Bédié et sa femme Henriette, le 19 octobre  à Yamoussoukro.

Henri Konana Bédié et sa femme Henriette, le 19 octobre à Yamoussoukro. © Vincent Duhem pour Jeune Afrique

Plus les jours passent, et plus son discours envers le pouvoir gagne en virulence. « Nous assistons à des dérives dangereuses et totalitaires qui menacent gravement notre chère République. Réveillons-nous pour dire non à cette dictature rampante », a déclaré l’ancien président. Dressant un tableau particulièrement sombre de la situation en Côte d’Ivoire et du bilan du régime d’Alassane Ouattara, il a dénoncé une « gouvernance opaque de l’administration où la compétence n’est plus un critère de sélection » et vilipendé un « système mafieux, opaque et clientéliste ».

Le FPI de Gbagbo bien représenté 

Un mois après leur premier meeting commun à Abidjan, le PDCI et le Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo ont une nouvelle fois mis en scène leur rapprochement. Une grosse délégation du FPI, menée par son secrétaire général Assoa Adou, et des dizaines de militants étaient présents. Une réconciliation suivie avec « une attention toute émue » par Laurent Gbagbo, à en croire Assoa Adou, tout juste de retour de Bruxelles, où réside l’ancien président dans l’attente de la fin de sa procédure devant la Cour pénale internationale (CPI).

Laurent Gbagbo fut le principal opposant de Félix Houphouët-Boigny. Lui et Bédié sont adversaires depuis près de 40 ans, mais depuis leur rencontre, le 29 juillet à Bruxelles, tout cela ne semble plus très important. « Beaucoup ne comprennent pas la portée de cette rencontre. Je rends un vibrant hommage au président Bédié pour avoir pris le parti de sauver la Côte d’Ivoire avec son jeune frère Laurent Gbagbo. Merci », a déclaré Assoa Adou. Chapeau panama sur la tête, Bédié venait d’allumer un gros cigare, se donnant des airs de parrains, sous les vivats d’une foule mi-amusée, mi-admirative.

Des militants du FPI, le 19 octobre à Yamoussoukro.

Des militants du FPI, le 19 octobre à Yamoussoukro. © Vincent Duhem pour Jeune Afrique

Malgré les symboles, les contours de cette alliance de circonstance restent à déterminer. Si Bédié a demandé « aux frères et soeurs amis qui partagent notre vision de la Côte d’Ivoire de se joindre au PDCI, de militer activement afin que nous gagnions ensemble les élections de 2020 », et évoqué le « soutien de tous » au candidat que le PDCI élira lors de sa prochaine convention, Assoa Adou n’a pas fait mot de cette prochaine échéance électorale. Car tout en favorisant le rapprochement avec le PDCI, Laurent Gbagbo garde le contact avec le pouvoir, afin de faciliter son éventuel retour en Côte d’Ivoire.

Guillaume Soro reste à distance

Toutes les autres branches de l’opposition, à l’exception de Pascal Affi N’guessan, étaient représentées à Yamoussoukro. Du Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (Cojep) de Charles Blé Goudé, au Parti ivoirien des travailleur (PIT), en passant par le Rassemblement pour la Côte d’Ivoire (Raci), le principal parti soutenant Guillaume Soro.

Actuellement en Europe, l’ancien président de l’Assemblée nationale a officialisé sa candidature le 12 octobre lors d’un rassemblement en Espagne. L’ex-chef de la rébellion cultive sa proximité avec Bédié, mais se tient pour le moment à distance de la plateforme que ce dernier a créée et à laquelle il souhaite l’associer.

Longtemps opposé à un rapprochement avec Soro, qui fut son Premier ministre, Laurent Gbagbo a assoupli sa position, mais les rancoeurs demeurent. Lors de son intervention ce samedi, Assoa Adou ne s’est d’ailleurs pas fait prier pour dénoncer les affres de la rébellion en Côte d’Ivoire.

Abonné(e) au magazine papier ? Activez gratuitement votre compte Jeune Afrique Digital pour accéder aux contenus réservés aux abonnés.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte