Transport aérien

Aéroport d’Abidjan : pourquoi China Railway a finalement remporté la bataille face à Bouygues

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 21 octobre 2019 à 11h19
Hall d'embarquement de l'aéroport international Félix-Houphouët-Boigny à Abidjan, le 23 janvier 2016.

Hall d'embarquement de l'aéroport international Félix-Houphouët-Boigny à Abidjan, le 23 janvier 2016. © Citizen59/Wikimedia Commons

D’après nos informations, les autorités ivoiriennes ont rejeté, ce 15 octobre, la contre-offre soumise par le français, en avril, sur le projet d’extension de l’aéroport, au profit de Crig, la filiale de China Railway.

Les autorités ivoiriennes ont enfin tranché, ce mardi 15 octobre. Comme l’a appris Jeune Afrique Business+, c’est finalement bien Crig (China Railway International Group), filiale du conglomérat China Railway, qui construira dès 2020 l’extension de l’aéroport Félix-Houphouët-Boigny d’Abidjan, censée porter ses capacités à 5 millions de passagers d’ici 2022, remportant ainsi la bataille qui l’opposait à Bouygues. Le trafic de l’aéroport d’Abidjan doit atteindre la barre des 1,5 million de passagers cette année.

En août 2018, en marge du sommet Chine-Afrique (Focac), le président Alassane Ouattara avait signé un mémorandum d’entente avec Zhang Zongyan, président de China Railway, leur attribuant le projet. À Pékin, la délégation ivoirienne accompagnant le chef de l’État avait été impressionnée par la visite du chantier du nouvel aéroport pharaonique de Daxing, le plus grand du monde, inauguré le 24 septembre dernier et destiné à accueillir 100 millions de passagers.

Mais en avril, le groupe français de BTP Bouygues, au travers de sa filiale Setao, dirigée localement par Nicolas de Roquefeuil, avait soumis une contre-offre, comme nous l’avions révélé le 9 mai.

Une offre à plus de 600 millions d’euros

Réunis mi-septembre en conseil d’administration, les actionnaires de la société concessionnaire de l’aéroport, Aeria (dont le français Egis est actionnaire à 35 %), dirigée par Gilles Darriau, ont refusé l’entrée au capital de Bouygues et l’augmentation de capital de 2 à 105 millions d’euros. La proposition avait été formulée par le français fin juin au gouvernement ivoirien.

Selon nos informations, les administrateurs de la société aéroportuaire ont aussi refusé le projet de Bouygues de rallonger la concession d’Aeria de dix ans, jusqu’à 2039.

Mais il était aussi question de prix. Certain de gagner à un moment donné, Bouygues a, selon plusieurs sources, relevé son offre qui était moins chère au départ que celle des Chinois, la portant de moins de 600 millions d’euros à plus de 600 millions d’euros.

Retard de deux ans

D’après les observateurs, confier à Bouygues le projet d’extension aurait amené à de nouvelles discussions qui auraient retardé de deux ans la naissance du terminal, alors que les équipes d’Aeria avaient déjà commencé à plancher sur le projet avec Crig. Alors que Crig construira la première phase d’agrandissement (jusqu’à 5 millions), Aeria avait enfin soumis l’idée à Bouygues de concéder au groupe français la seconde phase de travaux (jusqu’à 8 millions), ce que ce dernier a refusé.

La décision d’Abidjan intervient après que le gouvernement ivoirien a signé le 8 octobre un protocole d’accord avec Bouygues Construction pour le financement de la future ligne 1 du métro urbain, un projet d’un montant de 1,36 milliard d’euros. Les négociations entre les deux parties butaient depuis longtemps sur la question de l’augmentation des coûts.

En confiant l’extension de l’aéroport aux Chinois et le métro urbain aux Français, la Côte d’Ivoire ménage ainsi deux partenaires qui lui sont importants. Contactés précédemment, ni Bouygues ni Aeria n’avaient souhaité faire de commentaire sur ce dossier.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3095_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer

Je me connecte