Football

Cameroun : six footballeurs, dont le fils de Samuel Eto’o, privés de Coupe du monde U17

L'équipe du Cameroun des moins de 17 ans (avec notamment Étienne Eto’o, 3e en partant de la gauche).

L'équipe du Cameroun des moins de 17 ans (avec notamment Étienne Eto’o, 3e en partant de la gauche). © YouTube/ Francko Carter

À cause d’un décret présidentiel datant de 2014, six joueurs, dont le fils de l'ex-capitaine des Lions indomptables Samuel Eto’o, ne pourront pas disputer la Coupe du monde des moins de 17 ans (U17), programmée du 26 octobre au 17 novembre au Brésil.

À onze jours de son premier match face au Tadjikistan à Cariacica (dans un groupe où figurent également l’Argentine et l’Espagne), le 28 octobre prochain, Thomas Libiih, le sélectionneur des moins de 17 ans camerounais, a appris qu’il devrait se passer de six joueurs qu’il avait pourtant emmenés se préparer au Brésil.

Le technicien avait notamment convoqué pour ce stage Étienne Eto’o (Real Majorque), Dani Barel Fotso (AS Roma), Enzo Tchato (Montpellier), Bryan Djile Nokoué (Saint-Étienne), Aurel Tiki Joël (Lyon) et Jordan Konango (Monaco), tous binationaux et évoluant à l’étranger. Mais ceux-ci ne pourront finalement participer au tournoi, en vertu d’un décret, signé en octobre 2014 par le président Paul Biya, stipulant que « pour les sélections des moins de 15 et de 17 ans, seuls les joueurs enregistrés dans les compétitions de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) [c’est-à-dire évoluant au pays] sont sélectionnables ».

La fédération, qui ne pouvait ignorer l’existence de ce décret, avait pourtant laissé Libiih partir au Brésil avec les binationaux. Dans un courrier, Seidou Mbombo Njoya, son président, avait même demandé au coach d’établir sa liste de 21 joueurs, et de la communiquer à la Fifa. Mbombo Njoya avait également prié l’ancien défenseur des Lions indomptables de ne tenir compte d’aucune restriction – autrement dit, de passer outre le fameux décret présidentiel.

Des proches de la sélection ont cependant appris que le ministre avait répondu, toujours par courrier, à Mbombo Njoya. Ils racontent à Jeune Afrique : « Dans cette correspondance, on apprend que le président de la Fécafoot avait demandé une dérogation au ministre pour que les six binationaux puissent participer à la Coupe du monde. Or, dans l’échange entre le staff technique et le président, il n’était pas question de dérogation. Quant au ministre, il s’est étonné que cette demande arrive aussi tardivement. On peut se demander quel jeu Mbombo Njoya a joué. D’un côté, il dit au sélectionneur de faire sa liste comme si de rien n’était, et de l’autre, il demande une dérogation au ministre des Sports Narcisse Mouelle Kombi. Tout cela est flou… »

Jeune Afrique a tenté de joindre à plusieurs reprises le président de la Fécafoot afin de recueillir ses explications, sans succès.

« C’est la loi, un point c’est tout »

Thomas Libiih a en revanche décroché son téléphone pour répondre à nos questions. À l’heure du café matinal brésilien, en raison du décalage horaire, le technicien s’est montré fataliste. « Je n’allais pas passer outre un décret présidentiel. Je ne suis que le sélectionneur. Il était inimaginable pour moi de retenir ces six joueurs sans être couvert par ma hiérarchie. Il y a une règle qui a été fixée par le chef de l’État. On peut en penser ce qu’on en veut, mais il faut l’appliquer. C’est la loi. Elle a été votée, un point c’est tout. »

On peut comprendre que les joueurs soient déçus. Ce sont des gamins de seize ans…

Les joueurs ont encaissé le coup, évidemment déçus d’être pris en otage par des décisions qui les dépassent. « On peut comprendre qu’ils soient déçus. Ce sont des gamins de seize ans… C’est dommage, car ils avaient très bien réussi leur adaptation dans le groupe. Avant de s’envoler pour le Brésil, certains avaient même découvert le Cameroun pour la première fois. Ils sont jeunes, ils ont l’avenir devant eux », commente Libbih. Le sélectionneur, que l’on dit lassé par l’épisode, réfléchira à sa situation après la Coupe du monde. « On a désormais un seul objectif : préparer au mieux cette Coupe du monde », assure-t-il.

Cette affaire semble illustrer une nouvelle fois à quel point les relations entre la Fécafoot et le ministère des Sports se sont dégradées au cours des derniers mois. En septembre dernier, Narcisse Mouelle Kombi avait annoncé lui-même la nomination de Toni Conceiçao, le nouveau sélectionneur portugais des Lions indomptables, en l’absence du président de la fédération. Lequel n’avait pas vraiment eu son mot à dire…

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