Politique économique

Le Kenya double son plafond d’endettement autorisé, qu’il a déjà largement dépassé

Le quartier d'affaires de Nairobi, au Kenya

Le quartier d'affaires de Nairobi, au Kenya © Crédit : Sam Stearman

Déjà très endettée, la locomotive économique de l’Afrique de l’Est vient de relever le plafond de son endettement maximal, pour dépenser plus, notamment dans les infrastructures. De quoi susciter des inquiétudes sur le plus long terme.

Alors que la Banque mondiale tire la sonnette d’alarme sur les niveaux d’endettement dans de nombreux pays africains, le Kenya vient d’annoncer une nouvelle réforme sur sa méthode de calcul de sa dette publique.

Les parlementaires ont ainsi approuvé, ce mercredi 16 octobre, un projet de loi visant à présenter le plafond de la dette en chiffres absolus et non plus en pourcentage du PIB comme auparavant. En d’autres termes, le Trésor public a proposé de fixer à 9 000 milliards de shillings (86 milliards de dollars) le seuil maximal de cet endettement.

De toute façon le Kenya ne respectait déjà plus ses objectifs

Avec une telle loi, le pays se donne une marge de manœuvre plus importante, puisqu’il peut s’endetter jusqu’à plus de 100 % du PIB, soit le double du plafond actuel de 50 %.

Un seuil plus élevé

Le gouvernement prévoit d’ailleurs de signer plusieurs nouveaux prêts d’une valeur de 4,1 milliards de dollars avec 15 bailleurs, dont la Banque africaine de développement, la Chine, le Japon et la Banque mondiale, selon des informations fournies par le parlement kenyan.

“De toute façon le Kenya ne respectait déjà plus ses objectifs en matière de ratio de dette/PIB”, résume un analyste d’une grande banque parisienne spécialisée sur le sujet, les autorités ont donc jugé qu’il n’était plus nécessaire de faire semblant en gardant un plafond factice depuis plusieurs années”, ajoute-t-il.

Contraint par le financement de plusieurs grands projets d’infrastructures, Nairobi avait pour la première fois dépassé son plafond d’endettement public de 50 % du PIB en 2016. Il avait d’ailleurs dû, pour limiter le dérapage de son déficit budgétaire, geler l’équivalent de 3,8 milliards de dollars de projets en juin 2018.

Service de la dette

Le FMI l’avait d’ailleurs classé en août dans sa dernière revue d’analyse sur la soutenabilité de la dette au rang de pays à risque de surendettement élevé. Selon ses dernières projections, sa dette publique devrait atteindre 59 % du PIB en 2019, contre 42,8 % en 2008.

Le paiement des intérêts de la dette a absorbé 22 % des recettes perçues par le pays en 2018/2019, contre 15 % en 2012

Cette réforme ne risque-t-elle pas d’aggraver cette tendance ? À court terme, elle ne devrait pas fondamentalement bouleverser la donne, selon les experts. “A priori les agences de rating continueront d’être plus concentrées sur la crédibilité du budget 2020 et la dette ne va pas doubler en l’espace d’un an”, poursuit ce même analyste français. À plus long terme, en revanche, l’inquiétude grandit compte tenu du poids croissant du service de la dette. Et ce, alors que la base fiscale reste faible.


Encours de la dette extérieure du Kenya de 1990 à 2016

« Si on regarde la composition de la dette, on voit que la part des emprunts extérieurs commerciaux est particulièrement élevée », souligne Ruben Nizard, expert sur l’Afrique chez Coface. « Le Kenya s’est notamment financé auprès de la Chine à des conditions pas forcément très favorables et par le biais d’émissions d’eurobonds », détaille-t-il. Il rappelle que dans le budget 2018-19, « le paiement des intérêts de la dette a absorbé 22 % des recettes perçues par le pays ». Ce taux était en deçà de 15 % en 2012.

Plus de pays fragilisés

Dans ces conditions, le Kenya risque de continuer à emprunter davantage pour rembourser les dettes existantes que pour financer son développement. Or, « le pays a besoin d’investir dans ses infrastructures », explique Adriana Meyer, économiste spécialiste de l’Afrique de l’Est chez BPI France, qui rappelle le rôle de “hub” logistique régional du Kenya, même s’il est trop tôt pour dire “si ces investissements permettront ensuite de générer suffisamment de recettes pour rembourser la dette”.

Cette réforme du mode de calcul risque de compliquer les négociations avec le FMI

D’autant que la croissance du PIB ralentit : elle est attendue à 5,6 % en 2019 contre 6,3 % l’an dernier. « Cette réforme du mode de calcul risque aussi de compliquer les négociations avec le FMI », ajoute Adriana Meyer, alors que l’institution a refusé en septembre 2018 de renouveler sa ligne de crédit de précaution.

Dans ces conditions, la consolidation fiscale se complique tant au Kenya que dans de nombreux autres pays africains. Selon les analyses du FMI et de la Banque mondiale, 13 pays sur 40 en 2014 affichaient une soutenabilité de la dette faible, ils ne sont plus que 6 aujourd’hui. En 2018, la dette médiane atteignait 53 % du PIB contre 32 % en 2010.

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