Politique

Guinée : retour au calme à Conakry, après trois jours d’affrontements

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Mis à jour le 12 novembre 2019 à 15h17
Un barrage de police à Conakry, lors des manifestations du 14 octobre 2019.

Un barrage de police à Conakry, lors des manifestations du 14 octobre 2019. © Youssouf Bah/AP/SIPA

Le calme est revenu à Conakry, après trois journées marquées par des affrontements meurtriers entre forces de l’ordre et manifestants. Alors que la communauté internationale se dit « préoccupée », l’opposition a prévu de relancer la mobilisation à partir de la semaine prochaine.

Après trois jours de manifestations, marquées par des affrontements meurtriers entre forces de l’ordre et manifestants, Conakry a retrouvé un semblant de normalité ce jeudi, malgré l’appel à une journée ville morte. C’est l’affluence au grand marché de Madina, et les axes principaux de la capitale sont de nouveau bloqués par les traditionnels bouchons. Un calme précaire ?

« À partir de lundi prochain, les manifestations vont recommencer », affirme à Jeune Afrique Oumar Sylla – alias Foniké Menguè -, coordinateur par intérim du Front national de la défense pour la Constitution (FNDC), qui mène la fronde contre la révision constitutionnelle, au motif principal qu’elle ouvrirait la possibilité à Alpha Condé de présenter sa candidature à un troisième mandat.

Un bilan officiel de neuf personnes tuées

Les affrontements ont fait « neuf morts » depuis lundi, « dont huit à Conakry » ainsi que « de nombreux blessés », selon un bilan dressé mercredi soir par le général Bouréma Condé, ministre de l’Administration du territoire, qui a par ailleurs regretté les « conséquences tragiques » de ces manifestations « non-autorisées ».

Jusque-là, si le FNDC et l’opposition avaient avancé un bilan de six à huit victimes, le gouvernement s’était tenu à deux morts, dont un gendarme. « Lundi, à 15 h, nous avions avancé le bilan de deux morts, car c’est ce qui nous était remonté. Ensuite, nous avons chargé le ministère de la Santé de faire le recensement exact des victimes. Nous avons reçu ce bilan jeudi, et avons immédiatement rendu ce chiffre public », insiste le Premier Ministre Kassory Fofana, contacté par Jeune Afrique.

Affrontements entre policiers et manifestants opposés à la révision constitutionnelle, le 14 octobre 2019 à Conakry.

Affrontements entre policiers et manifestants opposés à la révision constitutionnelle, le 14 octobre 2019 à Conakry. © Reuters TV/via REUTERS

Nous déplorons ces morts, qui sont intervenus dans des circonstances difficiles

S’il a par ailleurs très vivement regretté les violences observées au cours de ces trois journées de protestations, il a surtout tenu à insister sur les « fake news qui circulent en masse sur la toile ». « Nous avons interpellé ce matin [jeudi] un gendarme qui a passé des gens à tabac. Après vérifications, cette personne n’était pas de la gendarmerie, alors qu’elle en portait l’uniforme. Ces éléments me confortent dans l’idée qu’il y a des individus infiltrés », assure le Premier ministre.

« Nous déplorons ces morts, qui sont intervenus dans des circonstances difficiles. Souvent les manifestants sont dans un état incontrôlable, au point qu’il est difficile de dire comment les personnes ont été tuées », a pour sa part avancé Souleymane Keïta, conseiller à la présidence et membre du bureau politique du parti au pouvoir, le RPG Arc-en-Ciel.

Le FNDC demande la libération des détenus

Arrestation d'un manifestant, à Conakry le 14 octobre 2019.

Arrestation d'un manifestant, à Conakry le 14 octobre 2019. © Youssouf Bah/AP/SIPA

Des arguments qui peinent à convaincre du côté de l’opposition. « Du côté de l’UFDG, nous recensons dix morts parmi les manifestants, auquel il faut ajouter le gendarme qui a été tué. Il y a eu 70 blessés par balles, dont cinq dont le pronostic vital est  engagé », martèle Aliou Condé, secrétaire général de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG, de Cellou Dalein Diallo), qui évoque par ailleurs « plus de 200 personnes arrêtées depuis le début des manifestations sur l’ensemble du territoire ».

Le FNDC exige par ailleurs la remise en liberté de plusieurs de ses membres, arrêtés samedi et placés en détention provisoire dans l’attente de la suite de leur procès pour « trouble à l’ordre public », dont l’audience doit reprendre ce vendredi.

Par ailleurs, le mouvement demande la levée des dispositifs sécuritaires autour des domiciles des deux principaux leaders de l’opposition, Cellou Dalein Diallo (UFDG) et Sidya Touré (Union des forces républicaines -UFR). « Nous sommes confinés chez nous et nous ne pouvons pas sortir. Ma maison est barricadée par les voitures des forces de l’ordre qui se relayent et surveillent ma maison nuit et jour », s’emporte Sidya Touré, joint ce jeudi par Jeune Afrique.

Dialogue de sourds

La question de la remise en liberté des détenus n’est, de toute façon, pas à l’ordre du jour sur le plan politique. « Cette libération dépend de la justice, et pas de la mouvance », balaie Souleymane Keïta, conseiller à la présidence. « Alpha Condé ne peut intervenir qu’en matière de grâce, après que la justice a fini son travail », insiste-t-il.

Il n’y aura pas de dialogue possible si le président Alpha Condé ne renonce pas à un troisième mandat

Et quand bien même, l’opposition a d’autres objectifs en tête : « Il n’y aura pas de dialogue possible si le président Alpha Condé ne renonce pas à un troisième mandat ». Ce dernier, qui ne s’est pour l’instant pas officiellement prononcé sur la question, a de son côté réitéré, lundi soir, sa volonté de dialoguer avec l’opposition.

Inquiétude de la communauté internationale

Un dialogue de sourds qui est désormais au centre des attentions de la communauté internationale. Après António Guterres, le secrétaire général de l’ONU, qui affirmait lundi « suivre avec de plus en plus d’inquiétude la situation en Guinée », les missions diplomatiques de l’ONU, de la Cedeao, de l’Union européenne ainsi que de plusieurs chancelleries occidentales ont dit leur « préoccupation », mercredi soir.

Appelant les « différents acteurs à faire preuve de calme et de retenue en bannissant tout recours à la violence ou un usage disproportionné de la force », le communiqué commun insiste sur la nécessité que « les libertés fondamentales soient respectées et que le gouvernement guinéen veille à garantir le respect de l’État de droit. »

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