Justice

Dette cachée du Mozambique : un procès à deux milliards de dollars s’ouvre à New York

Vue de Maputo, capitale du Mozambique.

Vue de Maputo, capitale du Mozambique. © Gustavo Sugahara/CC/Flickr

Le procès de Jean Boustani, un homme d'affaires libanais présenté comme le « cerveau » d'une opération à deux milliards de dollars, avec des pots-de-vin en cascade et qui a mis le Mozambique au bord du précipice financier, s'est ouvert mercredi à New York.

Cinq personnes avaient initialement été inculpées, mais trois ont déjà plaidé coupable et la cinquième n’est pas aux États-Unis, ce qui a laissé le Libanais Jean Boustani seul sur le banc des accusés. Pour l’accusation, ce commercial de 41 ans est « le cerveau d’une fraude à deux milliards de dollars », a expliqué Margaret Moeser, représentante du ministère public, dans son propos liminaire.

Employé par le groupe de construction navale Privinvest, Jean Boustani a versé des dizaines de millions de dollars de pots-de-vin à des officiels mozambicains pour l’obtention de trois contrats en 2013 et 2014.

Pour financer ces commandes, l’homme d’affaires a obtenu que deux banques, le Crédit Suisse et la russe VTB, prêtent quelque deux milliards de dollars au Mozambique, grâce à des commissions occultes, toujours selon l’accusation. Les prêts ont été tenus secrets par le gouvernement mozambicain, jusqu’à leur révélation en 2016, qui a valu au pays le retrait du soutien du Fonds monétaire international (FMI).

Privé de financement international, le pays a fait défaut sur sa dette et sa monnaie, le metical, s’est effondrée. Bien que disposant d’importantes ressources naturelles, notamment gazières, le Mozambique demeure l’un des pays les plus pauvres du monde.

Montages complexes

La justice américaine s’est mêlée du dossier, notamment parce que des investisseurs américains auraient été lésés par ces montages. Pour l’avocat de Jean Boustani, Michael Schachter, au regard du dossier, les chefs d’accusation retenus contre son client n’ont « aucun sens ».

Le commercial a été inculpé d’association de malfaiteurs en vue de commettre une fraude électronique, de blanchir de l’argent et de gruger des investisseurs. Or, selon son avocat, Jean Boustani n’a jamais eu aucun contact avec les investisseurs a qui les banques ont revendu une partie des prêts consentis au Mozambique. Il n’a pas non plus blanchi d’argent, l’ensemble des sommes qu’il a reçues ayant été versées sur son compte, a expliqué Michael Schachter.

À l’appui de l’accusation, le premier témoin du procès, l’un des trois anciens banquiers de Crédit Suisse à avoir plaidé coupable, a décrit mercredi un mécanisme dont Jean Boustani était bien le maître d’oeuvre. L’ancien banquier Andrew Pearse a assuré que le commercial libanais avait imaginé avec lui la revente des prêts à des investisseurs « pour maximiser la taille des emprunts ».

« Les États-Unis ne sont pas le gendarme du monde »

Côté mozambicain, Jean Boustani aurait dit à l’ex-banquier du Crédit Suisse, avoir versé 50 millions de dollars au fils de l’ancien président Armando Guebuza, Ndambi Guebuza, pour lui ouvrir les portes du gouvernement.

Andrew Pearse a assuré que le directeur financier de Privinvest, Naji Allam, et le PDG, Iskandar Safa, étaient tous deux au courant des pots-de-vin versés par Jean Boustani et y avaient donné leur feu vert.

« Personne ne vous demande d’aimer la corruption », a plaidé mercredi l’avocat de Jean Boustani auprès des jurés, son client reconnaissant avoir versé des pots-de-vin à des officiels mozambicains. « Mais ce n’est pas pour cela (qu’il) est inculpé ». « Les États-Unis ne sont pas le gendarme du monde », a-t-il appuyé.

Le procès se poursuit jeudi et devrait durer environ six semaines. Jusqu’à présent vingt personnes ont été inculpées au Mozambique en lien avec cette affaire, et plusieurs se trouvent aujourd’hui en détention, notamment Ndambi Guebuza.

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