Société

[Chronique] #EnaZeda, un #MeToo à la mode tunisienne

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Glez

© Glez

Un fait divers de harcèlement sexuel impliquant une personnalité, un relais viral et voilà qu’est né le hashtag #EnaZeda, équivalent tunisien de #MeToo…

Comme le désormais historique #MeToo, l’équivalent tunisien #EnaZeda signifie littéralement « Moi aussi », mot-clé accolé aux prises de parole en cascade de femmes « elles aussi » harcelées. Comme le mouvement américain adapté en France en #BalanceTonPorc, #EnaZeda est né suite à un cas fondateur. Si les États-Unis ont eu leur Harvey Weinstein, producteur de cinéma trop tactile, la Tunisie bruisse d’un fait divers qui implique un politicien présumé exhibitionniste…

Jeudi 10 octobre dernier, une jeune fille de 19 ans poste sur internet la photo d’un homme qui l’aurait suivie en voiture dans la ville de Nabeul, à 70 kilomètres au sud-est de Tunis. Le harceleur présumé s’est présenté à elle le pantalon baissé, et la demoiselle affirme qu’il lui aurait dévoilé une scène d’onanisme des plus traumatisantes.

Si l’homme a rapidement tenté de déminer le scandale naissant en affirmant qu’il ne se serait dénudé que pour uriner d’urgence, il n’a pu empêcher la toile de s’enflammer. Car les clichés permettent d’identifier Zouheir Makhlouf, député de Qalb Tounes, le parti de Nabil Karouice dernier étant encore candidat au second tour de la présidentielle au moment des faits.

Quand le numérique brise les tabous

La formation politique a annoncé l’ouverture d’une enquête interne, les médias ont relayé les photographies impudiques, le parquet s’est saisi de l’affaire – ouvrant une enquête pour harcèlement sexuel et outrage public à la pudeur – et le hashtag a surgi, gravissant rapidement les échelons du classement des top tweets tunisien.

Comme #MeToo, #EnaZeda est devenu le carrefour de quelques dénonciations, de conseils pratiques pour anticiper au mieux les agressions éventuelles, et surtout d’innombrables témoignages de traumatismes subis par la gent féminine. « Il n’y a pas une seule femme en Tunisie qui n’ait pas subi de harcèlement sexuel », justifie la blogueuse et activiste tunisienne Lina Ben Mhenni.

La nouvelle législation de 2017 sur les violences faites aux femmes permet de condamner le harceleur à deux ans de prison et 1 600 euros d’amende

Si la société tunisienne charrie des tabous qui rendent difficiles les confidences des femmes sur ces sujets aussi intimes que violents, le miracle du numérique change la donne. Sans la possibilité de prendre des photos avec son téléphone portable, comment une lycéenne aurait-elle pu mettre à l’index un élu ? Sans les réseaux sociaux, comment la solidarité aurait-elle pu devenir virale ?

Il demeure la nécessité de prendre certains témoignages avec des pincettes. Et celle d’obtenir le relais judiciaire indispensable au maintien de la lutte contre le harcèlement. Sur ce point, la nouvelle législation de 2017 sur les violences faites aux femmes permet de condamner le harceleur à deux ans de prison et 1 600 euros d’amende. Reste à la société civile de surveiller les procédures pour éviter qu’elles ne s’enlisent, notamment lorsqu’il s’agit de personnalités politiques en vue.

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