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Mme Habré, J.A.I. et le « crime médiatique »

Elle s’appelle Fatimé Raymonde Habré, elle est l’épouse de l’ancien dictateur tchadien, dont elle partage l’exil dakarois depuis 1990, et elle a décidé de défendre son mari. Quoi de plus compréhensible. Dans une interview publiée le 16 novembre par le quotidien sénégalais Le Populaire, Mme Habré explique donc à quel point tout ce que l’on reproche à son conjoint relève du complot. Le problème est que cette femme, manifestement très remontée, dérape de façon incontrôlée quand elle se met à parler de Jeune Afrique/l’intelligent, dont elle a tendance à faire la source de tous les malheurs qui s’abattent sur son époux. Question : « Quelles sont vos relations avec le président Wade ? » Réponse : « Nous n’avons aucun problème avec Me Wade. Par contre, nous en avons avec Jeune Afrique. Nous avons injustement [sic] fait le constat d’une véritable opération de lynchage de la part de J.A.I., des mensonges, des montages grossiers, du n’importe quoi. […] Son but est de « casser » l’image d’Hissein Habré. […] Cette campagne a en quelque sorte préparé le terrain pour les ONG. Voilà la situation : J.A.I. vous insulte, vous ne portez pas plainte. […] C’est ce qui a permis un véritable crime médiatique contre Hissein Habré. » Pourquoi cet acharnement ? Mme Habré a sa petite idée : c’est Kadhafi et, plus généralement, la « ligne éditoriale ethnique » de J.A.I. qui ont poussé notre journal à se livrer à « des attaques grossières » contre l’ancien maître de N’Djamena. À preuve, ajoute-t-elle, la couverture par J.A.I. de la guerre que son mari a livrée aux armées de Kadhafi pendant les années 1980 « visait à masquer tous les crimes commis par l’armée libyenne au Tchad ». Et tout cela, bien évidemment, pour… de l’argent.

On pardonnera certes beaucoup de choses à une épouse qui voit l’étau de la justice se refermer peu à peu sur le père de ses six enfants. On lui reconnaîtra même le droit à la déraison. Reste que le devoir de charité n’exclut pas celui de rafraîchir les mémoires. Pendant les huit années où le mari de Fatimé Raymonde Habré était au pouvoir, J.A.I. a fait ce qu’il devait faire, c’est-à-dire informer, recueillir et publier des interviews d’Hissein Habré, couvrir de façon objective la guerre tchado-libyenne (nous fûmes ainsi les premiers à raconter en détail, documents à l’appui, la grande défaite de l’armée de Kadhafi à Fada en 1987, les premiers aussi à nous entretenir avec les prisonniers de guerre libyens) et décrire bien sûr la dérive totalitaire du régime de N’Djamena. En 1990, lorsqu’Habré s’est enfui au Sénégal et que les sinistres archives de la DDS ont été découvertes, J.A.I. a également été le premier à en rendre compte de façon exhaustive. Les ONG, puis la justice internationale ont suivi.
Dans son entretien au Populaire, Mme Habré se plaint par ailleurs de n’avoir pas pu saisir la justice contre J.A.I. à l’époque de la présidence d’Abdou Diouf parce que « des personnalités politiques proches » de ce dernier « nous ont demandé de ne pas le faire ». Possible. Mais elle omet de rapporter qu’un peu plus tard, dès l’arrivée au pouvoir d’Abdoulaye Wade, Hissein Habré a intenté un procès à Paris contre nous et qu’il l’a perdu en première instance en 2001, puis de nouveau en appel en 2003. L’ancien président, sans doute dans le besoin malgré les lourdes cantines qui l’avaient accompagné dans son exil, estimait alors le prix de son honneur à 500 millions de F CFA (800 000 euros), somme qu’il nous réclamait et dont il n’a pas obtenu le premier centime. Cinq cents millions : de quoi contribuer à l’indemnisation de ses nombreuses victimes…

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