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Présidentielle en Tunisie : Kaïs Saïed devance largement Nabil Karoui, selon les deux principaux instituts de sondages

Kaïs Saïed arrivant à son bureau de vote pour accomplir son devoir citoyen, à l'occasion du second tour de l'élection présidentielle, dimanche 13 octobre 2019 à Tunis.

Kaïs Saïed arrivant à son bureau de vote pour accomplir son devoir citoyen, à l'occasion du second tour de l'élection présidentielle, dimanche 13 octobre 2019 à Tunis. © Mosa'ab Elshamy/AP/SIPA

Kaïs Saïed devance largement Nabil Karoui au second tour de l'élection présidentielle, selon les premières estimations des instituts de sondage, qui lui accordent entre 72 % et 77 % des voix. Les résultats officiels doivent être proclamés lundi 14 octobre par l'Instance électorale.

• Plus de sept millions d’électeurs tunisiens étaient appelés aux urnes dimanche 13 octobre, afin de départager Kaïs Saïed et Nabil Karoui, les deux candidats qualifiés pour le second tour de l’élection présidentielle. Après le premier round, le 15 septembre, et les législatives du 6 octobre, il s’agissait du troisième scrutin en moins d’un mois. Un calendrier accéléré notamment par la mort prématurée du président en exercice, Béji Caïd Essebsi.

• Les premières estimations réalisées à la sortie des urnes ont donné le constitutionnaliste Kaïs Saïed largement en tête devant le magnat des médias Nabil Karoui, avec, selon les instituts de sondage, entre 72 % et 77 % des suffrages exprimés. La proclamation officielle des résultats par l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie) devrait avoir lieu lundi 14 octobre à 12h. L’Isie a déjà livré les chiffres de la participation, qui s’élève à 58,5 %, soit une légère baisse par rapport au scrutin présidentiel de 2014 (64 %).

• La campagne de l’entre-deux tours s’était déroulée dans un climat étrange, les législatives prenant parfois le dessus dans le régime semi-parlementaire qu’est la Tunisie, mais surtout l’un des deux concurrents, Nabil Karoui, étant en détention. Après plusieurs refus de la justice, qui l’a incarcéré le 23 août pour blanchiment d’argent et évasion fiscale, ce dernier avait finalement été libéré mercredi 9 octobre, permettant qu’un débat télévisé se tienne entre les deux prétendants à la magistrature suprême.

Revivez la soirée électorale en parcourant ce fil, alimenté en direct ce dimanche.

21h45 – Kaïs Saïed : « Notre relation sera basée sur la confiance »

Kaïs Saïed, que les premières estimations réalisées à la sortie des urnes par les instituts de sondage donnent président de la République, a tenu, dans sa première déclaration solennelle, à remercier « ceux qui ont voté pour lui et ceux qui n’ont pas voté pour lui, car ils sont libres et méritent le respect ». Il a salué « le peuple tunisien dans ce pays et à l’étranger », ainsi que tous les bénévoles qui ont œuvré à sa campagne et « la jeunesse qui a ouvert une nouvelle page de l’histoire ».

« Aujourd’hui, you gave a lesson to the world [vous avez donné une leçon au monde], une révolution sous un nouveau concept, en vous attachant à la Constitution et à la légalité, a-t-il poursuivi. Je vais essayer de faire de mon mieux pour construire une nouvelle Tunisie. On va accomplir ce que vous voulez. Notre relation sera basée sur la confiance, via la Constitution. »

« Nous espérons construire de nouvelles relations avec les nations et peuples, basées sur des valeurs, a-t-il développé, évoquant notamment la cause palestinienne. Je tiendrai mes promesses et assumerai ma responsabilité, avec la même loyauté et determination. (…) Je vais travailler à ce que les lois s’appliquent à tous, moi inclus », a-t-il conclu.

21h30 – Nabil Karoui appelle à l’unité de l’opposition

Après le choc des résultats dû au différentiel de près de 50 points avec Kaïs Saïed, la tristesse a gagné les militants de Nabil Karoui. Le fondateur du parti Qalb Tounes, très ému, prend la parole pour remercier ses proches.

Nabil Karoui s'exprimant après sa défaite au second tour de l'élection présidentielle, dimanche 13 octobre 2019 à Tunis. © Frida Dahmani pour JA

Il confirme qu’il continuera à « défendre les plus démunis », et appelle à maintenir son groupe à l’Assemblée – seconde force en nombre de sièges, avec 38 membres. Il appelle à l’unité de l’opposition, rendant hommage au 1,5 million d’électeurs qui lui ont accordé leur voix.

21h15 – Cris de joie côté Saïed, larmes dans le camp Karoui

En voyant la photo de leur candidat se dessiner avant celle de son concurrent sur les images retransmises par la chaîne nationale, les partisans de Kaïs Saïed poussent des cris de joie. Les youyous et l’hymne national résonnent dans l’hôtel où le candidat est censé donner une conférence de presse.

Naoufel Saïed, le frère du candidat arrivé en tête des premières estimations, salue les soutiens de campagne. « Nous sommes satisfaits par ce résultat et tout à fait conscients des responsabilités qui pèsent sur les épaules de Kaïs Saïed, confie-t-il à Jeune Afrique. Il va être un président fédérateur de tous les partis, et jouera un rôle important dans cette nouvelle phase que connaît la Tunisie. »

Ambiance de victoire du côté de Kaïs Saïed, dimanche 13 octobre 2019 à Tunis. © Camille Lafrance pour JA

Au quartier général de Nabil Karoui, de nombreux supporteurs sont, à l’inverse, en état de choc et fondent en larmes.

21h – Retrouvez nos derniers articles sur Kaïs Saïed

Enquête sur les réseaux qui ont porté Kaïs Saïed au second tour

Le candidat arrivé en tête du premier tour de l’élection présidentielle n’en finit pas de susciter fantasmes et questions. Sa fulgurante ascension, sans parti politique, éveille parfois la suspicion. Comment les soutiens de Kaïs Saïed se sont-ils structurés ?

S’il est élu, Kaïs Saïed pourra-t-il tenir ses promesses ?

Kaïs Saïed, arrivé en tête du premier tour de la présidentielle, intrigue. Régulièrement décrit comme un candidat intègre, honnête et « propre », l’homme et son programme n’en interrogent pas moins nombre de Tunisiens, qui hésitent à voter pour lui au second tour. Ses promesses pourraient-elles résister à l’épreuve de la réalité ?

Quatre questions sur le programme de Kaïs Saïed en matière de libertés

Nombre de Tunisiens qui ne souhaitent pas voter pour Nabil Karoui au second tour de la présidentielle hésitent encore à soutenir Kaïs Saïed. En cause, entre autres, le rapport de ce dernier aux libertés individuelles et à la religion. Beaucoup l’appellent à éclaircir son positionnement. Jeune Afrique l’a interviewé et a confronté ses réponses.

Le mystère Kaïs Saïed

Arrivé en tête du premier tour de la présidentielle, ce professeur de droit constitutionnel au profil monacal intrigue par son orientation à la fois conservatrice et progressiste. JA est allé à la rencontre de cet ovni politique qui inquiète les uns et rassure les autres.

[Tribune] Kaïs Saïed tel que je l’ai connu

Comme chaque lundi de cette année universitaire 2011-2012, l’amphithéâtre 14 de la Faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis fait salle comble. Sur les bancs, des étudiants venus assister au cours de Kaïs Saïed. J’en faisais partie.

20h45 – Kaïs Saïed largement devant Nabil Karoui, selon Emrhod Consulting et Sigma Conseil

Le candidat indépendant Kaïs Saïed devancerait très nettement son concurrent de Qalb Tounes, en obtenant plus de 72 % des suffrages, contre 27 % pour Nabil Karoui, d’après les premiers sondages réalisés à la sortie des urnes par le cabinet Emrhod Consulting. Une tendance confirmée à Jeune Afrique par Sigma Conseil, qui table plutôt sur près de 77 % pour Saïed et 23 % pour Karoui.

20h30 – 58,5 % de participation, d’après l’Isie

Le taux de participation définitif pour le second tour s’établit à 58,5 % des inscrits sur les listes – 30 % chez les femmes et 50 % pour les jeunes – , d’après Nabil Baffoun, le président de l’Instance électorale. Un chiffre pas si éloigné de celui de 2014 (64 %). Retrouvez sur le graphique suivant l’évolution de la participation depuis 2011.

© Infographie JA

20h – Chaude ambiance au QG de Saïed, pas de youyous chez Karoui

Rassemblés devant le quartier général de Kaïs Saïed, quelques partisans reprennent le slogan du candidat : « Le peuple veut ! »

Certains supporteurs ont cependant le visage en sang, après avoir essuyé des jets de pierre dont l’origine est encore inconnue. Retrouvez notre article sur les soutiens de Kaïs Saïed >>> Enquête sur les réseaux qui ont porté Kaïs Saïed au second tour

L’atmosphère est beaucoup plus calme devant le QG de Nabil Karoui, où il n’y a ni youyous ni effusions de joie.

19h30 – Les observateurs saluent le bon déroulé du scrutin

Selon la mission d’observation de l’Union européenne (UE), la journée de vote s’est bien déroulée, avec des observateurs nationaux déployés dans 40 % des bureaux de l’échantillon. Dans 70 % des bureaux inspectés, les candidats avaient chacun un observateur. Les chiffres de la participation, « sel de la démocratie », sont plutôt positifs, d’après l’UE, qui anticipe un taux final comparable à l’élection présidentielle de 2014.

« En dépit d’infractions mineures, nous n’avons globalement rien vu qui puisse mettre en cause la gestion du processus », a renchéri John scott Mastic, vice-président des programmes d’observation de l’International Republican Institute (IRI), qui a tenu à saluer la compétence de l’Isie.

Retrouvez notre article sur le scrutin vu depuis l’étranger >>> Présidentielle en Tunisie : depuis Rabat, Paris ou Abou Dhabi, un scrutin sous haute surveillance

19h – Kaïs Saïed a voté à Ennasr (Tunis)

Kaïs Saïed est allé voter en milieu de matinée, dans un bureau situé près de son ancien appartement du quartier Ennasr, à Tunis. C’est d’ailleurs près de ce lieu que se trouve son bureau, où Jeune Afrique l’avait rencontré après sa victoire au premier tour (avec 18,4 % des voix) – retrouvez le portrait que nous lui avions consacré >>> Le mystère Kaïs Saïed.

Au milieu d’une armée de journalistes, quelques proches attendaient le candidat. Parmi eux, sa sœur, Rim Saïd Kourda, et son beau-frère, Ferid Kourda, des soutiens discrets de sa campagne qui ne souhaitent surtout pas être mêlés à la vie politique s’il est élu, par « conscience des écueils passés quand les familles des politiciens s’immisçaient dans les décisions ».

La foule se bousculant autour de Kaïs Saïed, à l'entrée du bureau de vote d'Ennasr, à Tunis, dimanche 13 octobre 2019. © Camille Lafrance pour JA

D’anciens voisins étaient présents également, comme Jalel, venu avec sa femme et ses trois enfants. « On se croisait souvent dans la rue, il est très patriote et intègre. Il est différent des membres des autres partis politiques qui manquent d’honnêteté », assure ce propriétaire de restaurants. Aujourd’hui, comme nombre de ses partisans, il espère qu’il s’attellera au problème de la corruption et se battra pour une meilleure gouvernance. « Comme il est indépendant, il aura les mains libres et pourra se permettre beaucoup de choses », anticipe-t-il.

18h30 – « Encore une fois, la Tunisie est divisée »

Dans un autre bureau de vote tunisois, à El Manar, l’ambiance était différente. « Pendant un temps, je pensais devoir choisir entre la peste et le choléra, finalement j’ai changé de priorité et j’ai choisi celui qui est à l’opposé des obscurantistes », explique ainsi Lamia, une jeune maman qui vient d’accomplir son devoir citoyen. Le buraliste du quartier commente à son tour : « Les femmes votent pour Karoui et les jeunes pour Saïed. Encore une fois, la Tunisie est divisée. Après tout ce remue-ménage, il va falloir s’entendre. »

Nabil Karoui répondant aux médias après avoir voté au second tour de l'élection présidentielle, dimanche 13 octobre 2019 à Tunis. © Hassene Dridi/AP/SIPA

18h – Déficit d’observateurs et agressions

Depuis l’ouverture des bureaux de vote, de nombreux appels ont signalé l’absence d’observateurs partout sur le territoire. Si bien que Noureddine Taboubi, le secrétaire général du syndicat UGTT, qui avait dépêché une mission spéciale, est intervenu pour faire remarquer que certains directeurs de bureaux ont refusé la présence d’observateurs.

« L’isie a fourni plus de 33 000 accréditations à des observateurs pour l’élection présidentielle, a répondu Anis Jarboui, membre du bureau de l’instance, ce qui est un nombre significatif. La commission n’est pas responsable de la mauvaise distribution de ces observateurs dans les bureaux de vote. »

La journée a également été marquée par l’agression de quelques militants de Qalb Tounes, le parti de Nabil Karoui, dont son coordinateur général à El Hamma (Sud).

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