Politique

Burkina : 16 personnes tuées dans une mosquée, un millier de manifestants contre le « terrorisme »

Une unité de l'armée burkinabè lors de l'attaque de l'état-major, à Ouagadougou, le 2 mars 2018. (Photo d'illustration)

Une unité de l'armée burkinabè lors de l'attaque de l'état-major, à Ouagadougou, le 2 mars 2018. (Photo d'illustration) © Ludivine Laniepce/AP/SIPA

Une attaque contre des fidèles qui priaient vendredi soir dans une mosquée a fait au moins 16 morts dans le nord du pays. Un millier de personnes se sont rassemblées le lendemain contre le « terrorisme » et pour dénoncer la présence de forces armées étrangères dans le pays.

« Des individus armés ont attaqué la grande mosquée de Salmossi (à une vingtaine de km de Gorom-Gorom, une des grandes villes du Nord) entre 19h et 20h, faisant au moins 16 morts », a déclaré une source sécuritaire. « 13 personnes sont mortes au cours de l’attaque et 3 autres ont succombé quelques heures après », a-t-elle ajouté. « Deux autres blessés sont dans un état critique ».

« Les victimes sont tous des musulmans qui étaient en prière au sein de la grande mosquée », ajoute un habitant de Gorom-Gorom, joint depuis Ouagadougou.

« Depuis ce matin (samedi), les populations ont commencé à fuir la localité », a-t-il dit, évoquant un « climat de panique malgré le renfort militaire qui a été déployé » après l’attaque.

Plus de 600 morts depuis 2015

Cette tuerie n’a pas encore été revendiquée, mais des mosquées et des imams ont par le passé été la cible d’attaques attribuées aux jihadistes par les autorités, certains d’entre eux étant affiliés à Al-Qaïda ou au groupe État islamique. Depuis début 2015, leurs attaques de plus en plus fréquentes et meurtrières, en particulier dans le Nord et l’Est, ont fait plus de 600 morts, selon un comptage de l’Agence France Presse.

Dans la capitale, Ouagadougou, un millier de personnes se sont rassemblées samedi pour « dénoncer le terrorisme et la présence de bases militaires étrangères en Afrique » à l’appel d’une dizaine d’organisations de la société civile à l’occasion des « journées anti-impérialistes ».

« Forces étrangères hors d’Afrique »

« Armée française et forces étrangères on n’en veut pas », « Armée française hors du Burkina Faso » et « forces étrangères hors d’Afrique », ont scandé les participants réunis à la Bourse du Travail en raison d’une interdiction de manifester en ville.

« Le terrorisme est devenu le prétexte idéal pour l’installation de bases militaires étrangères dans nos pays. Les armées française, américaine, canadienne, allemande et autres ont pris pied dans la sous-région pour, disent-elles, combattre le terrorisme. Malgré cette présence massive des plus grandes armées du monde, les groupes terroristes continuent à sévir et montent même en puissance », a lancé le porte-parole des organisations civiles, Gabin Korbéogo.

« Il faut donc se méfier de ces pyromanes nocturnes qui, dès le lever du jour, se transforment subitement en pompiers », a ajouté Gabin Korbéogo. « Ces puissances étrangères utilisent le terrorisme pour (…) contrôler les immenses richesses de la région ».

« Les bases militaires étrangères sont la perpétuation des politiques impérialistes », a affirmé le président du mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples, Chrisogone Zougloré. « C’est pourquoi après près de 60 ans de coopération militaire avec la France, nos armées demeurent incapables d’assurer la sécurité de nos territoires face à des hordes de bandits ».

« Crise humanitaire en cours »

Au Burkina Faso, la France est présente avec 200 hommes des Forces spéciale à Kamboinsin (banlieue de Ouagadougou) mais intervient régulièrement dans le pays au titre de la force Barkhane (4 500 hommes au Sahel).

Ces dernières semaines, les militaires français déployés au Sahel ont multiplié les interventions au Burkina Faso.

Près de 500 000 personnes ont fui leurs domiciles dans le Nord et l’Est en raison des attaques, selon le Haut-commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), qui fait état d’une « crise humanitaire en cours » touchant quelque 1,5 million de personnes dans le pays.

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