Politique

Au Bénin, un « dialogue politique » et des « assises de la résistance »

Réservé aux abonnés | | Par - à Cotonou
Mis à jour le 12 novembre 2019 à 15h20
Le président béninois Patrice Talon, lors de l'ouverture duy dialogue politique, le 10 octobre 2019 à Cotonou.

Le président béninois Patrice Talon, lors de l'ouverture duy dialogue politique, le 10 octobre 2019 à Cotonou. © DR / présidence béninoise

Des représentants de neuf formations politiques, y compris des membres des FCBE (opposition), étaient présents à l’ouverture du dialogue politique convoqué par le président Patrice Talon pour sortir de la crise politique que traverse le pays depuis les législatives d’avril dernier. Au même moment, les principaux ténors de l’opposition encore présents dans le pays tenaient leurs « assises de la résistance » à l’autre bout de Cotonou.

S’il ne participera pas directement aux discussions dans le cadre du dialogue politique qu’il a lui-même convoqué, Patrice Talon était bel et bien présent lors de la cérémonie d’ouverture de l’événement, ce jeudi à Cotonou. Et il a tenu à en fixer l’objectif « essentiel » : « L’impérieuse nécessité de réformer nos pratiques politiques et partisanes afin d’améliorer la gouvernance générale du pays ».

Évitant soigneusement le terme de « crise politique », le chef de l’État a définit la rencontre du jour comme « une exigence de check-up quand survient une quinte de toux d’une résonance inhabituelle ». Filant la métaphore médicale, Patrice Talon a jugé que les réformes controversées – qui ont abouti à des élections législatives auxquels seuls deux partis de la mouvance présidentielle ont pu participer étaient « difficiles mais nécessaires », car le « système partisan était devenu nuisible pour notre pays, tel un ongle incarné dans l’orteil ».

À la suite de ce discours, les 96 délégués ont adopté un ordre du jour en cinq points : le « toilettage du code électoral et de la charte des partis politiques », le « renforcement du système partisan », la « recherche de l’équité dans la représentation du peuple au Parlement », « le statut de l’opposition » et « les mesures d’apaisement de la situation politique ».

Des membres des FCBE finalement présents

Des représentants des FCBE, de Thomas Boni Yayi, lors de l'ouverture du dialogue politique au Bénin, le 10 octobre 2019.

Des représentants des FCBE, de Thomas Boni Yayi, lors de l'ouverture du dialogue politique au Bénin, le 10 octobre 2019. © DR / présidence béninoise

Les discussions, qui se tiendront jusqu’au samedi 12 octobre au Palais des Congrès de Cotonou, seront dirigées par un présidium de quatre personnalités, dont deux ont été désignées par le chef de l’État : les anciens ministres de la Justice Me Dorothée Cossi Sossa, avocat, en qualité de modérateur, et Victor Topanou, professeur de Science politiques.

Deux autres ont été désignés lors de l’assemblée plénière : Orden Alladatin, pour la mouvance présidentielle, et Luc Sinzogan, au titre de représentent de l’opposition. Car si, dans un premier temps, le parti des Forces Cauris pour un Bénin émergent (FCBE, opposition) avait affirmé vouloir boycotter ce dialogue, la frange emmenée par Paul Hounkpè, secrétaire national du parti, Théophile Yarou, premier secrétaire adjoint, et Alassane Soumanou Djemba, conseiller politique et ancien ministre de Thomas Boni Yayi, était bel et bien représentée.

La politique de la chaise vide ne nous permettra pas de sortir de notre situation

Faut-il y voir la marque d’un changement d’approche pour le parti de l’ancien président béninois ? En fin de semaine dernière, un communiqué signé de Paul Hounkpè affirmait pourtant que le parti ne participerait pas au dialogue, à moins « qu’un certain nombre de préalables ne soient discutés et levés ». Parmi ceux-ci, la libération des prisonniers politiques et l’arrêt des poursuites à caractère politique, notamment l’abandon des poursuites à l’égard du président d’honneur des FCBE, Thomas Boni Yayi, ou encore le retour des exilés politiques.

« La politique de la chaise vide ne nous permettra pas de sortir de notre situation. Toutes les guerres finissent autour d’une table de négociations », justifie aujourd’hui Paul Hounkpè. « Les préalables viendront à la fin », veut pour sa part croire Alassane Soumanou Djemba. Cette divergence, montre en tout cas à quel point est profonde la crise au sein du parti, déchiré entre les tenants de la perpétuation de la ligne « dure » face à Patrice Talon et ceux qui, derrière lui, ont accepter d’engager les démarches permettant la reconnaissance officielle du parti.

Les « résistants » au Chant d’Oiseau

Nicaphore Soglo (au micro), lors des "assises de la résistance", le 10 octobre 2019 à Cotonou.

Nicaphore Soglo (au micro), lors des "assises de la résistance", le 10 octobre 2019 à Cotonou. © DR

Le Comité de la résistance nationale se bat et continuera de se battre contre l’intimidation

Car à peu près au même moment, à quelques encablures du Palais des Congrès, se tenait une autre rencontre, initiée par l’ancien président Nicéphore Soglo. Ces « assises de la résistance », organisée au Chant d’Oiseau, dans le quartier de Cadjehoun, a rassemblé les formations politiques qui n’ont pas été invitées au dialogue politique, faute d’être légalement reconnues.

Parmi les personnalités présentes, Eugène Azatassou et Alassane Tigri, deux membres de la frange du FCBE qui conteste à Paul Hounkpè le leadership du parti. Étaient également venus se joindre à l’initiative des représentants de Restaurer l’espoir (RE) de Candide Azannaï, et de l’Union sociale libérale (USL) de Sébastien Ajavon, en exil en France. Et bien que l’événement était clairement une réponse à celui organisé au Palais des Congères, « ce n’est pas un contre dialogue », a tenu à préciser Guy Mitokpè, ancien député RE.

Dans une déclaration prononcée à l’issue de la rencontre, évoquant notamment les récentes remises en liberté d’opposants – Maurice Kamto au au Cameroun et Khalifa Sall au Sénégal -, Nicéphore Soglo a réitéré les préalables que posent les opposants à leur éventuelle participation à un dialogue : la « reprise des législatives », l’« amnistie générale pour tous les exilés et détenus politiques », la « restitution des dépouilles mortelles des compatriotes assassinés à leurs familles » et la « réintégration sans délai dans leur fonction de 503 enseignants abusivement suspendus ».

Dénonçant dans le dialogue politique qui se tenait au même moment au Palais des Congrès – « un scénario imaginé par Patrice Talon pour se donner du souffle et rebondir dans sa politique » – l’ancien président béninois a affirmé que « le Comité de la résistance nationale se bat et continuera de se battre contre l’intimidation, la dictature et la répression sauvage qui caractérisent le régime Talon, dont la finalité réelle est de concentrer la richesse nationale aux mains d’une minorité arrogante et opportuniste ».

Il a par ailleurs annoncé son intention d’organiser une messe à la mémoire des personnes tuées lors des violences post-électorales de mai dernier, ce samedi 12 octobre, date à laquelle le dialogue politique rendra ses conclusions.

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