Politique

Côte d’Ivoire : Jacques Mangoua, victime d’un « complot » ? La question divise les hommes de droit

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Mis à jour le 10 octobre 2019 à 15h11
Jacques Mangoua, vice-président du PDCI, lors d'un meeting de son parti en octobre 2018.

Jacques Mangoua, vice-président du PDCI, lors d'un meeting de son parti en octobre 2018. © DR / Copie d'écran facebook Jacques Mangoua

La condamnation de Jacques Mangoua, vice-président du PDCI, à cinq ans de prison pour détention de munitions d’armes de guerre est le fruit d’un « complot politique », estiment ses avocats et son parti. Le procureur assure pour sa part qu’il n’a fait « qu’appliquer la loi ».

« Si on est d’accord pour dire que Jacques Mangoua n’est pas fou, on est amené à dire qu’il a été victime d’un complot », assure Me Luc Adjé, l’un des avocats qui a défendu le vice-président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, d’Henri Konan Bédié) et président du Conseil régional du Gbêkê (centre-nord), le 3 octobre, au tribunal de Bouaké. Une thèse du complot  qui est fermement rejetée par Braman Koné, procureur de Bouaké, qui multiplie les sorties médiatiques.

L’ex-magnat du café-cacao, proche de Bédié, avait été interpellé le 27 septembre à la gendarmerie de Bouaké, alors qu’il s’y rendait en tant que plaignant. Une semaine auparavant, des sacs contenant « 991 munitions d’armes de guerre, 49 munitions de fusil calibre 12 et 40 machettes » avaient été découverts par un gardien dans la résidence qu’il possède à N’Guessankro, son village natal dans le département de Béoumi.

Après en avoir été informé par le chef du village, qui est aussi son frère, Jacques Mangoua avait alors immédiatement prévenu le commandant de la brigade de gendarmerie locale ainsi que le préfet, affirment ses avocats. Dès le 4 octobre, à l’issue d’un procès sous haute tension, Jacques Mangoua a été condamné à cinq ans de prison ferme pour « détention de munitions d’armes de guerre sans autorisation administrative ».

« Je ne connais personne qui dépose des armes chez lui, tout en sachant que cette situation est infractionnelle, et qui le signale lui-même à la gendarmerie », souligne son avocat, Me Luc Adjé.

Le procureur se défend

« La solution trouvée par la défense est de crier au complot politique. La vérité est que Jacques Mangoua n’a pas pu rapporter la preuve que les munitions et les machettes trouvées à son domicile ne lui appartenaient pas. Dans ce procès, nous n’avons fait qu’appliquer la loi », lui rétorque le procureur, suivi dans son réquisitoire par les trois juges du tribunal de Bouaké. Et le procureur d’insister sur le fait que les armes ont été retrouvées dans un « domicile privé bâti sur une superficie d’environ un hectare avec une clôture de trois mètres ».

Le procureur établit par ailleurs le lien entre la découverte de ces armes et le conflit communautaire qui avait éclaté à Béoumi, mi-mai, et causé la mort de seize personnes, tuées par balles pour certaines d’entre elles. Les armes retrouvées chez le baron du PDCI auraient-elles pu servir lors de ces violences ? Me Gohoré Emile Suy Bi, avocat du PDCI et de Jacques Mangoua, s’étonne que le procureur fasse le lien entre les deux affaires, « sans apporter la preuve scientifique de son affirmation, alors que, soutient-il, le plaignant devenu coupable ne s’était pas rendu à son domicile depuis six mois ».

« Avant le procès, nous avons eu une information selon laquelle une personne du village voisin de Jacques Mangoua serait soupçonnée d’avoir déposé des armes chez ce dernier. Nous avons écrit au procureur de la République de Bouaké pour l’en informer et lui avons demandé d’ouvrir une enquête pour confirmer la véracité de ces faits, mais cela n’a pas été fait », assure Me Gohoré Emile Suy Bi.

« Présomption de culpabilité » ?

La procédure qui a abouti à la condamnation de Jacques Mangoua laisse également l’ancien magistrat Ange Olivier Grah dubitatif. « Ce n’est pas au mis en cause d’établir son innocence mais au procureur de prouver sa culpabilité en apportant les preuves qui montre qu’il a transporté et déposé à son domicile les colis litigieux qui y ont été retrouvés », juge-t-il.

« Les circonstances de cette découverte contredisent une telle version des faits », ajoute encore Ange Olivier Grah, faisant référence au fait que Jacques Mangoua a signalé la découverte des armes aux forces de l’ordre. Cet ancien magistrat, radié en août 2018 pour « manquement au devoir de réserve », reprend également à son compte les accusations de « procès politique », et affirme que la procédure s’est basée sur une « présomption de culpabilité ».

« Ces considérations ne nous grandissent pas. Les magistrats se sont prononcés, il faut s’en tenir à cela », estime pour sa part Joël N’Guessan, cadre du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, d’Alassane Ouattara), qui martèle : « Il n’y a rien de politique dans cette affaire. »

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