Politique

Maroc : enfin un gouvernement Othmani II

Saadeddine El Othmani, le chef du gouvernement, à Rabat, le 28 mai.

Saadeddine El Othmani, le chef du gouvernement, à Rabat, le 28 mai. © Ju Huanzong/Xinhua/MaxPPP

Beaucoup de figures marquantes du premier gouvernement Othmani se maintiennent dans ce gouvernement Othmani II, annoncé dans la soirée du 9 octobre après plusieurs semaines d'attente. Parmi les nouveaux entrants, deux surprises : Nadia Fettah, dirigeante de Saham Finances, et Mohamed Amakraz, jeune étoile montante islamiste.

Il était attendu depuis plusieurs mois. En août dernier, le roi avait annoncé un prochain remaniement gouvernemental imminent. Le roi Mohammed VI avait ensuite reçu, le 21 septembre, au palais royal de Rabat, le chef du gouvernement Saadeddine El Othmani afin de discuter du sujet.

C’est chose faite. De nombreux ministres sont maintenus, notamment parmi des personnalités de premier plan du premier gouvernement Othmani : Mustafa Ramid, ministre des droits de l’Homme et des relations avec le Parlement, Abdelouafi Laftit, à l’Intérieur, Nasser Bourita aux Affaires étrangères, Ahmed Toufiq, ministre des Habous et des Affaires islamiques, Mohamed Benchaâboun à l’Économie et aux Finances, Aziz Akhanouch à l’agriculture, Moulay Hafid Elalamy à l’Industrie et au Commerce… D’autres figures sont moins chanceuses – c’est le cas par exemple de Mustapha El Khalfi, entré au gouvernement en 2012, avec la première majorité islamiste de l’histoire du pays.

Un premier constat s’impose. La logique qui a guidé la formation de ce nouveau gouvernement est avant tout celle d’une réduction des portefeuilles. Le deuxième gouvernement Othmani ne compte que 24 ministres, contre 26 ministres et ministres délégués dans le premier, et alors les douze secrétaires d’État disparaissent. Un allègement qui était attendu au sommet de l’État.

Une femme au Tourisme

La surprise est sans aucun doute la nomination de Nadia Fettah, dirigeante de l’assureur marocain Saham Assurance. Le monarque, selon toute vraisemblance, attendait des nominations de profils « techniques ». Le profil est idoine : c’était elle qui avait piloté la cession de Saham Finances au sud-africain Sanlam en 2018. Réputé intègre et travailleuse, elle dispose aussi d’un solide réseau en Afrique et au Moyen-Orient, où elle a accompagné l’expansion du groupe. Elle avait obtenu le prix « CEO of the year » à l’Africa CEO Forum 2018, à Abidjan, en Côte d’Ivoire.

Un autre « techno » fait son apparition : Khalid Aït Taleb, récemment nommé directeur du CHU Hassan II, à Fès, et qui dirigera maintenant le ministère de la Santé, chargé de plancher sur différents dossiers chauds cette année, notamment la généralisation du Registre social unique, censée connaître une accélération entre 2020 et 2021.

Le nouveau ministre devra aussi faire face à des corps de métiers largement mobilisés ces derniers mois contre différentes mesures gouvernementales et donc en partie méfiants. Il remplace Anas Doukkali, dont le parti, le Parti du progrès et du socialisme (PPS), qui avait aidé le Parti de la Justice et du développement (PJD) à former une majorité, a décidé récemment de la quitter.

Un nouvel entrant islamiste

Un autre islamiste majeur sort du gouvernement : l’ancien syndicaliste Mohamed Yatim, qui était ministre de l’Emploi et de l’insertion professionnelle dans le gouvernement Othmani I.

Pour le remplacer, c’est un autre cadre du PJD qui a été choisi : Mohamed Amekraz, jeune avocat au barreau d’Agadir. C’est une étoile montante du PJD dont il dirige la jeunesse depuis 2018. Il est réputé proche de Abdelilah Benkirane, ancien chef du gouvernement et ancien leader du PJD. De quoi étonner : le froid est net entre Benkirane et Othmani. Amekraz a notamment piloté le comité de défense d’Abdelali Hamieddine, dirigeant du PJD qui a comparu devant des juges en 2019 lors du procès sur l’assassinat d’un étudiant gauchiste à Fès en 1994. Il a aussi assuré la défense de neuf jeunes militants islamistes accusés d’apologie du terrorisme après l’assassinat de l’ambassadeur russe à Ankara en 2016. Il jouit d’une excellente réputation dans les bases du parti.

L’USFP, parti de gauche, peut se réjouir. L’ancien ministre délégué à la Réforme de l’administration et de la Fonction publique Mohamed Ben Abdelkader écope du portefeuille de la Justice, en pleine réforme du Code pénal, une séquence qui devrait animer la prochaine session parlementaire. Un beau maroquin pour un parti qui avait réalisé des scores très modestes aux élections législatives.

Quelques nouveaux entrants, peu connus, figurent aussi dans la liste du gouvernement Othmani II. Hassan Abyaba prend la Culture. Il est toujours membre du bureau politique de l’Union constitutionnelle (UC). Le Mouvement populaire, lui, envoie Nezha Bouchareb à l’Aménagement du territoire.

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