Football

Équipes nationales de football : l’Afrique penche pour des sélectionneurs locaux

Christian Nsengi Biembe a remplacé Florent Ibenge à la tête des Léopards de RDC (image d'illustration).

Christian Nsengi Biembe a remplacé Florent Ibenge à la tête des Léopards de RDC (image d'illustration). © YouTube/FECOFA EVENT

Beaucoup de sélections africaines ont changé de coach au cours des dernières semaines. Avec une forte tendance à la nomination de nationaux. Des choix parfaitement assumés, où se mêlent raisons sportives et arguments économiques.

Rarement les sélections africaines, et pas seulement celles qui ont disputé la CAN en Égypte, auront été soumises à tel bouleversement, comme lors de ces dernières semaines. Avec un très net penchant pour des techniciens locaux. Si le Maroc, le Cameroun, le Gabon, la Guinée et le Tchad ont choisi respectivement le Bosnien Vahid Halilhodzic, le Portugais Toni et les Français Patrice Neveu, Didier Six et Emmanuel Tregoat, toutes les autres ont préféré l’option africaine.

La Tunisie a nommé Mondher Kebaier, le Burkina Faso Kamou Malo, la République démocratique du Congo Christian Nsengi Biembe, l’Afrique du Sud Molafi Ntseki, le Kenya Francis Kimanzi, alors que l’Égypte a opté pour Hossam El-Badry. D’autres pays, tels le Zimbabwe, l’Ouganda, le Niger, le Botswana, la Namibie ou encore la Guinée équatoriale, avaient déjà effectué ce choix. « Et quand ils ne désignent pas un local, certains préfèrent un Africain, comme le Botswana avec l’Algérien Adel Amrouche, ou la Tanzanie avec le Burundais Etienne Ndayiragije, explique un agent. Il y a clairement une volonté de faire confiance aux continentaux. »

Au Burkina, un choix entériné depuis des mois

Il serait tentant de faire le rapprochement entre cette tendance et les performances de l’Algérie et du Sénégal lors de la CAN. Les Fennecs sont ainsi devenus champions d’Afrique avec à leur tête Djamel Belmadi, et les finalistes sénégalais sont dirigés depuis plus de quatre ans par Aliou Cissé.

« Il faut être un peu plus nuancé que ça : Belmadi est né en France, y a été formé en tant que joueur, et n’a pas obtenu ses diplômes d’entraîneur en Algérie. C’est la même chose ou presque pour Cissé, qui est né au Sénégal mais a grandi en France », poursuit l’agent contacté par Jeune Afrique.

Je rappelle qu’hormis la sélection A, toutes les autres étaient déjà dirigées par un Burkinabè. Car nous avons aussi des techniciens diplômés

Au Burkina Faso, la fédération n’a pas attendu la CAN pour s’orienter vers l’expertise locale. Le contrat du Portugais Paulo Duarte expirait fin juillet, mais le colonel Sita Sangaré, président de la structure faîtière, avait depuis plusieurs mois décidé de confier les Étalons à un Burkinabè.

« On a regardé parmi les techniciens locaux qui pouvaient prétendre à cette fonction, explique Sita Sangaré. Je rappelle qu’hormis la sélection A, toutes les autres étaient déjà dirigées par un Burkinabè. Car nous avons aussi des techniciens diplômés. Kamou Malo a coaché plusieurs clubs du pays, et pour l’aider dans sa mission, Alain Nana et Firmin Sanou, qui ont déjà travaillé pour nos sélections, seront ses adjoints. »

Des entraîneurs africains « de bon niveau »

Kamou Malo a signé un contrat – reconductible – jusqu’à la fin des qualifications pour la CAN 2021 (en novembre 2020). Sa nomination a été bien perçue au Burkina, mais Sita Sangaré admet que certains cadres de la sélection étaient initialement dubitatifs.

« Ils ont l’habitude des entraîneurs européens. Mais ils ont été rapidement convaincus, lors du stage au Maroc en septembre [le Burkina a battu la Libye 1-0 et fait match nul contre les Lions de l’Atlas 1-1]. Si l’Afrique possède des entraîneurs de bon niveau, pourquoi ne pas leur faire confiance ? Cela ne remet évidemment pas en cause l’apport des étrangers, que ce soit pour qu’eux viennent en Afrique travailler, ou pour que nos entraîneurs partent bénéficier des qualités de la formation en France ou en Belgique, par exemple », développe le patron du foot burkinabè.

Un constat partagé par Constant Omari, le président de la Fédération congolaise de football (Fecofoot), qui a décidé de nommer Christian Nsengi Biembe (55 ans) pour succéder à Florent Ibenge à la baguette de l’équipe nationale. « L’Afrique se développera d’abord grâce aux Africains », justifie le dirigeant, qui a d’abord proposé au nouveau sélectionneur un contrat de six mois.

« Ibenge a obtenu ses diplômes en Belgique, mais en RDC il a coaché Vita Club et les Léopards de moins de 23 ans, et était directeur technique national. La RDC a depuis déjà plusieurs années fait le choix de privilégier les Congolais. Car nous avions constaté que la présence des étrangers n’avait pas permis d’enregistrer d’avancée réelle. »

Inégalités salariales

La Confédération africaine de football (CAF) a d’ailleurs créé en janvier 2018 d’une licence d’entraîneur CAF-Pro, avec une formation dispensée au Maroc. « Il y a des pays en Afrique, dont la RDC, qui veulent combler ce retard par rapport à l’Europe en matière de formation. Cela prendra du temps, mais cela se fera. La CAF estime que le moment est venu », ajoute Constant Omari.

La nomination d’un entraîneur national répond aussi à une logique économique – d’autant que ce sont souvent les États qui prennent en charge le salaire du sélectionneur et de son staff technique – , puisqu’un expatrié gagnera presque systématiquement davantage qu’un local. Au Burkina Faso, Paulo Duarte émargeait à environ 25 000 euros par mois. Son successeur gagnera moins, confirme Sita Sangaré.

Il faut que les techniciens africains bénéficient de bonnes rémunérations, sachant qu’ils sont soumis à une plus forte pression puisqu’ils vivent sur place

« L’écart ne sera pas très important. Dans le domaine salarial, il faut que les techniciens africains bénéficient de bonnes rémunérations, sachant qu’ils sont soumis à une plus forte pression puisqu’ils vivent sur place », estime Constant Omari. Pour ce dernier, le principe de payer davantage un étranger est logique car « outre son CV, qui peut justifier un certain salaire, il quitte son pays. L’expatriation a un coût. »

Florent Ibenge gagnait environ, lui aussi, 25 000 euros par mois. Son successeur touchera un peu moins mais bénéficiera, comme Malo au Burkina Faso et d’autres locaux en Afrique, de plusieurs avantages en nature. « Si on souhaite davantage miser sur des Africains, il faut aussi leur proposer de bons contrats », justifie Omari.

Actuellement, 33 sélections sont dirigées par un Africain, 21 par un étranger. « Si les natifs du continent ont des résultats, la tendance pourra au moins se stabiliser, voire se renforcer, reprend notre agent. Mais que les étrangers ne s’inquiètent pas : il y aura toujours du boulot pour eux en Afrique : les compétences sont surtout en Europe. Et certaines fédérations préféreront toujours s’offrir un grand nom… »


Cartographie

Les sélections dirigées par un Africain : Algérie, Égypte, Tunisie, Sénégal, RD Congo, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Niger, Centrafrique, Afrique du Sud, Botswana, Lesotho, Namibie, Tanzanie, Kenya, Malawi, Zambie, Soudan du Sud, Zimbabwe, Érythrée, São Tomé-et-Príncipe, Libye, Comores, Burundi, Rwanda, Maurice, Sierra Leone, Ghana, Guinée équatoriale, Guinée-Bissau, Mali, Somalie, Éthiopie.

Les sélections dirigées par un étranger : Maroc, Bénin, Togo, Gabon, Angola, Seychelles, Mozambique, Congo, Madagascar, Cameroun, Soudan, Ouganda, Mauritanie, Liberia, Gambie, Djibouti, Eswatini, Guinée, Cap Vert, Tchad, Nigeria.

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