Société

De Chaka Zoulou à M’Balia Camara, un jeu vidéo 100 % guinéen met en scène les héros africains

African Heroes

African Heroes ©

Le 12 octobre, le jeune informaticien guinéen Serge Abraham Thaddée présentera au grand public une démonstration d’« African Heroes », un jeu vidéo qui vise à promouvoir les grands héros du continent.

Une indépendantiste guinéenne des années 1950, des résistants à la pénétration coloniale ou encore le roi Chaka Zoulou… Ce sont les personnages du nouveau jeu vidéo créé par Serge Abraham Thaddée.

Dans son bureau aménagé dans les locaux de l’incubateur de start-up Saboutech, dans la Blue Zone de Dixinn, construit par le groupe Bolloré à Conakry, ce jeune informaticien de 26 ans travaille sur les créations virtuelles d’« African Heroes », qu’il présentera au public le 12 octobre à la Blue Zone de Kaloum. Des herbes vertes sous les cocotiers, un cours d’eau qui serpente depuis les falaises… Aucun doute : nous sommes en plein cœur de la Basse-Guinée.

Ludique et pédagogique

« African Heroes », un jeu vidéo qui met en avant la culture ancestrale africaine à travers les résistants à la colonisation et les héros de l’indépendance, est subdivisé en plusieurs modes. Le premier (« Destin ») retrace l’histoire de M’Balia Camara, une militante guinéenne tuée durant les luttes d’indépendance, en 1955.

Dans sa vie virtuelle, le combat de l’héroïne vise à retrouver le célèbre masque Nimba – qui fut offert au président Ahmed Sékou Touré en 1960, avant d’être dérobé puis retrouvé -, la contraignant à en découdre avec certains personnages comme la déesse des eaux, Mami Wata. On y retrouve également Samory Touré, fondateur de l’empire Wassoulou, et Zebela Togba Pivi, un autre les résistant célèbre au colonisateur français.

Nous mettons en lumière de grands héros africains qui ont réellement existé

Le second mode (« Honneur ») met le joueur aux prises avec les plus grands guerriers d’Afrique et offre la possibilité de jouer à plusieurs, via un système Bluetooth. Sur les pas de l’historien sénégalais Cheikh Anta Diop, Serge a ici mis en scène des pharaons noirs d’Égypte et ressuscité le roi Chaka Zoulou, devenus des personnages du jeu. « Nous travaillons à ce que “African Heroes” soit universel et concurrence les productions occidentales. Nous essayons de rendre les décors aussi réalistes que possible et mettons en lumière de grands héros africains qui ont réellement existé », explique l’informaticien.

Grâce à cette créativité, « African Heroes » a remporté en mars le premier prix lors du « Challenge Startupper de l’année », organisé par Total Guinée.

Valoriser la culture guinéenne

« Notre but est de valoriser la culture guinéenne. Au départ, on envisageait plutôt de faire des bandes dessinées ou une série de dessins animés sur les grands hommes qui ont servi le pays », explique Serge Abraham Thaddée. Le déclic a eu lieu lors d’une visite de la ville historique de Boffa, à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Conakry. Parmi une multitude de vestiges, Boffa abrite un port négrier qui « a vu transiter plus d’esclaves que l’île de Gorée », au Sénégal – bien que les chiffres en la matière varient d’une étude à l’autre.

« Ce fut un choc de réaliser que cette île située en face de Dakar attire plus de touristes que Boffa, résume Serge. J’ai alors dit à mon équipe que notre pays avait du potentiel et qu’il fallait le mettre en valeur à travers un nouveau concept. » C’est ainsi qu’est née l’idée d’un jeu vidéo.

Pour créer de tels scénarios, Serge a travaillé dur. Diplômé en génie informatique de l’Université internationale collège, établissement privé de Conakry, il s’est spécialisé en animation 3D. Cette discipline n’étant pas encore proposée dans le cursus universitaire guinéen, il a donc dû se contenter de cours en ligne.

En ce qui concerne son équipe, le jeune homme a fait appel à de jeunes lycéens et étudiants excités à l’idée de participer à l’aventure, mais aussi à trois autres professionnels, spécialisés dans la programmation et les technologies d’animation. Il a ensuite crée la Réunion des innovateurs pour le développement de la technologie (RIDE-Tech), devenu depuis Africa News.

Désormais, l’équipe est réduite à trois personnes et Serge Abraham Thaddée fait face à des difficultés financières et techniques. Alors qu’il a déjà dépensé 10 000 euros sur ses fonds propres, le jeune homme a encore besoin de 55 000 euros pour financer la finalisation de son œuvre. Mais il espère attirer des bailleurs lors de la présentation publique de la version beta d’African Heroes.

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