Politique

RDC : pourquoi toute la classe politique a voulu se presser à Rome aux côtés de Mgr Fridolin Ambongo

Le cardinal Fridolin Abongo Bensungu lors du consistoire ordinaire pour la création de treize nouveaux cardinaux, le 5 octobre 2019 à Rome.

Le cardinal Fridolin Abongo Bensungu lors du consistoire ordinaire pour la création de treize nouveaux cardinaux, le 5 octobre 2019 à Rome. © Andrew Medichini/AP/SIPA

Le pape François a créé treize nouveaux cardinaux, le 5 octobre, dont le Congolais Mgr Fridolin Ambongo Besungu. Un consistoire auquel a assisté l’ensemble de la classe politique congolaise, à l’exception du camp de Joseph Kabila, tant l’archevêque de Kinshasa joue un rôle politique de premier plan en RDC.

Il fallait bien l’aura d’une telle personnalité pour réunir dans un même lieu ceux qui, à Kinshasa, sont des ennemis politiques. Le 5 octobre, de nombreux poids lourds de la classe politique congolaise ont fait le déplacement jusqu’à la basilique Saint-Pierre de Rome pour assister à la création par le pape François de treize nouveaux cardinaux, dont le Congolais Mgr Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa et artisan de la transition démocratique en RDC.

Si l’on pouvait compter sur la présence du chef de l’État Félix Tshisekedi, son directeur de cabinet Vital Kamerhe, ou encore la présidente de l’Assemblée nationale Jeanine Mabunda, les opposants  Moïse Katumbi, Martin Fayulu, Jean-Pierre Bemba et des membres de la société civile ont également assisté à ce consistoire considéré comme le plus « politique » de l’évêque de Rome.

Tous étaient réunis à l’exception du camp de l’ancien président de la République Joseph Kabila, dont les relations avec l’Église catholique sont devenues exécrables. Comment comprendre l’empressement de tant de personnalités politiques à cet événement religieux ?

Puissance de l’Église catholique

Les 28 millions de fidèles que réunit l’Église catholique en RDC sont d’abord de potentiels électeurs que tout politique cherche à ménager. D’autant que l’institution chrétienne a toujours joué un rôle de premier plan dans la vie politique du pays et n’hésite pas à prendre position sur des questions d’intérêt national.

Avoir l’Église catholique sur son dos est terrible pour un politicien

Elle a d’ailleurs contribué à l’alternance démocratique dans le pays, en décembre 2018, lorsque l’ex-chef de l’État, sous pression, ne s’est pas présenté à l’élection présidentielle après 18 années au pouvoir.

« Elle a toujours joué un rôle déterminant dans les manifestations, estime le journaliste Israël Mutala, interrogé par Jeune Afrique. Avoir l’Église catholique sur son dos est terrible pour un politicien ».

Un cardinal au profil très politique

Fridolin Ambongo n’a pas toujours sa langue en poche. Il n’avait pas hésité à prendre position contre les résultats de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), après l’élection de 2018, qui proclamaient vainqueur Félix Tshisekedi. Fort de ses observateurs déployés à travers le pays, l’Eglise avait alors déclaré détenir les « vrais » résultats, contredisant ainsi ceux de l’organisme.

« C’est un cardinal avec un profil très politique. Il défend le peuple et, avec sa nouvelle casquette, il a désormais beaucoup plus de puissance. Les politiques cherchent à l’amadouer pour éviter sa colère », poursuit Israël Mutala.

Mgr Fridolin Ambongo Besungu lors d'une messe de minuit à la cathédrale Notre-Dame du Congo, à Kinshasa, le 24 décembre 2018.

Mgr Fridolin Ambongo Besungu lors d'une messe de minuit à la cathédrale Notre-Dame du Congo, à Kinshasa, le 24 décembre 2018. © Jerome Delay/AP/SIPA

Depuis, le président Félix Tshisekedi multiple des gestes pour « amadouer » les catholiques. Il était d’ailleurs parmi les premiers à féliciter le nouveau cardinal. « Le chef de l’État sait qu’il doit avoir le soutien de la puissante Église catholique », assure le journaliste.

L’opposition en quête de soutien

L’opposition congolaise tient elle aussi à maintenir le « soutien » de l’Église. Rassemblés au sein d’une coalition, les adversaires du président congolais Martin Fayulu, Jean Pierre Bemba et Moïse Katumbi se « refusent de s’éloigner de la ligne de institution religieuse », constate encore Israël Mutala.

À travers le Comité laïc de coordination (CLC), l’Église catholique a déjà appelé à une grande mobilisation, le 19 octobre, pour mettre fin à l’impunité et à la corruption. Un premier baptême pour Félix Tshisekedi.

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