Politique

Bénin : un dialogue politique sans Patrice Talon, et sans l’opposition

Le président Patrice Talon, lors de l'ouverture du sommet de la Cédéao à Ouagadougou, le 14 septembre 2019.

Le président Patrice Talon, lors de l'ouverture du sommet de la Cédéao à Ouagadougou, le 14 septembre 2019. © DR / présidence béninoise

Le président Patrice Talon a décidé de suivre à distance le dialogue politique national qu’il a convoqué pour le 10 octobre et auquel l’opposition refuse de prendre part si certains préalables ne sont pas remplis.

Laisser les partis politiques dialoguer et ne pas influencer les décisions. C’est la position officielle du chef de l’État béninois vis-à-vis du dialogue national qui doit s’ouvrir ce jeudi 10 octobre à Cotonou pour trois journée de discussions. Patrice Talon participera cependant à la cérémonie d’ouverture de ces assises très attendues. Mais le discours qu’il a prévu de tenir ce jour-là, le président béninois le tiendra devant une assemblée où les absent de poids, du côté de l’opposition, seront nombreux.

Cette absence, motivée par une volonté de répondre à une préoccupation de l’opposition qui l’accuse d’être à la fois « juge et partie », a ouvert la voie à un autre débat : celui sur l’identité du facilitateur qui conduira les débats.

Victor Topanou en facilitateur ?

La Conférence épiscopale, qui a joué un rôle de premier plan lors de la conférence nationale de février 1990, fondatrice du renouveau démocratique au Bénin, est l’une des rares composantes de la société civile à être invitée au dialogue. Mais elle ne jouera pas le rôle de facilitateur officiel, comme le propose certaines voix dans les rangs de l’opposition.

Pour le moment, aucune information officielle concernant le présidium de ces assises n’a filtré. Selon nos sources, Victor Topanou, un professeur de science politique souvent très critique vis-à-vis de Patrice Talon, parmi les trois personnes qui composeront ce présidium. Selon des sources proches de la présidence, il sera épaulé dans son rôle de facilitateur par l’Église catholique qui, au lendemain des violences électorales, avait proposé ses bons offices pour une sortie de crise, sans avoir jamais pu en obtenir les marges de manœuvre nécessaires.

Le FCBE pose ses conditions

Et si Patrice Talon ne participera pas au dialogue, ce devrait aussi être le cas du seul parti d’opposition qui y avait été invité : les Forces cauris pour un Bénin émergent de l’ancien président Thomas Boni Yayi.  Actuellement secoué par une crise interne, les cadres des FCBE sont en revanche parvenus à s’entendre sur un point : leur refus de prendre part au dialogue.

L’aile dure du parti accuse certains cadres, conduits par Théophile Yarou et Paul Hounkpè, d’avoir « pactisé avec l’ennemi » en engageant les formalités pour obtenir de la part du ministère de l’Intérieur le certificat de conformité, sésame pour obtenir la reconnaissance de l’existence légale au parti. C’est d’ailleurs la frange conduite par Paul Hounkpè qui a été officiellement invitée au dialogue par la présidence de la République.

En réaction à cette invitation, Paul Hounkpè, secrétaire exécutif national du parti, a exprimé vendredi dernier, « son regret de ne pas pouvoir participer à ce dialogue politique tant qu’un certain nombre de préalables ne soient discutés et levés. » La plupart sont d’anciennes revendications : la libération des prisonniers politiques, l’arrêt des poursuites à caractère politique, notamment l’abandon des poursuites à l’égard du président d’honneur du parti Thomas Boni Yayi, le retour des exilés politiques, un bilan des morts parmi les manifestants lors des violences post-électorales.

La présidence critique une « surenchère »

Il ajoute par ailleurs de nouveaux points, portant spécifiquement sur l’organisation même du dialogue. Jugeant que l’absence de « termes de référence » ne permet pas de « se préparer conséquemment et d’identifier les personnes ressources dont les profils seraient en adéquation avec les sujets à débattre », il dénonce également l’exclusion de certaines formations politiques telles que le parti Restaurer l’espoir (RE) de Candide Azannaï et l’Union sociale libérale (USL) de Sébastien Ajavon, en exil en France.

Du côté du pouvoir, on prend acte du désistement des FCBE : « On constate que les FCBE ont choisi de rater l’occasion de contribuer au dialogue national », a commenté, sous le couvert de l’anonymat, une source de la présidence de la République qui a qualifié de « surenchère » ces préalables posés par l’opposition.

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