Politique

Transition en Algérie : Salah Goudjil, joker idéal en cas de défaillance du président Bensalah ?

Salah Goudjil, président par intérim du Conseil de la nation, la chambre haute du Parlement algérien.

Salah Goudjil, président par intérim du Conseil de la nation, la chambre haute du Parlement algérien. © YouTube/اوراس و يوم الوغئ

Salah Goudjil, qui a pris la succession à la tête du sénat d’Abdelkader Bensalah, appelé au mois d’avril à assurer l’intérim du président Abdelaziz Bouteflika, apparaît comme le joker idéal de l’armée en cas de défaillance du chef de l’État. Portrait d’un moudjahid discret mais de plus en plus présent sur le devant de la scène.

Le 9 avril dernier, le président par intérim Abdelkader Bensalah a nommé Salah Goudjil comme son successeur à la tête du Conseil de la nation. Membre influent du FLN, le voilà propulsé de fait deuxième personnage de l’État. À 89 ans révolus, Goudjil a été choisi, en sa qualité de doyen des sénateurs, pour prendre l’intérim à la tête de la deuxième chambre après l’activation de l’article 102 de la Constitution – qui avait entraîné, le 2 avril 2019, la démission du président de la République Abdelaziz Bouteflika, et son remplacement officiel quelques jours plus tard par Abdelkader Bensalah.

Au sénat algérien, ce cacique du Front de libération nationale (FLN) est décrit comme un homme têtu, coléreux et peu réceptif à la contradiction. Il ne s’adresse pas, non plus, directement aux médias. Ses interventions publiques se limitent en effet à ses discours lors des ouvertures et clôtures des sessions parlementaires. Sans talent oratoire particulier, il défend systématiquement l’agenda du pouvoir, en insistant notamment ces dernières semaines sur l’impératif d’organiser un scrutin présidentiel dans les plus brefs délais. Il apparaît donc pour l’armée comme le parfait joker en cas d’aggravation de l’état de santé de l’actuel chef de l’État, souffrant d’un cancer.

Résistance

Alors que le vent de contestation de la rue contre le Parlement a fini par emporter, début juillet, Mouad Bouchareb, l’ex-président de l’Assemblée populaire nationale, Salah Goudjil a résisté face à la fronde des groupes parlementaires FLN, RND et certains sénateurs du tiers présidentiel qui voulaient élire un nouveau président du Conseil dans les délais fixés par le règlement intérieur de l’institution – soit quinze jours à partir du début de son intérim.

Contrairement à la chambre basse où la cérémonie de clôture de fin de session parlementaire n’a pas eu lieu le 2 juillet dernier en raison de la démission de Bouchareb, au Conseil de la nation, l’usage protocolaire a bien été respecté. Et ce, en présence du Premier ministre Noureddine Bedoui et des membres du gouvernement. L’occasion pour Salah Goudjil de rendre, encore une fois, hommage à l’institution militaire et de défendre la feuille de route de son chef, le général Ahmed Gaïd Salah.

Actif malgré son âge avancé, il est régulièrement sollicité pour représenter le président à l’étranger, comme lors des obsèques de Jacques Chirac

Face aux nombreux signes de soutien des hautes autorités des pays, les sénateurs frondeurs ont fini par jeter l’éponge… Le voila donc conforté dans son poste, d’autant qu’à l’occasion de la célébration de l’Aïd el-Fitr, le 4 juin, il est apparu aux côtés du chef de l’État Abdelkader Bensalah pour recevoir les vœux des hauts cadres de l’administration, ministres, chefs de partis et diplomates. Mouad Bouchared, qui s’avançait vers eux, a été sommé par le protocole de la présidence de se placer plus loin.

Actif malgré son âge avancé, Salah Goudjil est également régulièrement sollicité pour représenter le président intérimaire à l’étranger. C’était notamment le cas récemment, lors des obsèques de l’ancien président français Jacques Chirac.

« Dépassé par les événements »

Au sein de son parti, le FLN, cet ex-ministre des Transports et de la pêche sous Chadli Bendjedid (1979-1986) est, en revanche, peu connu de la nouvelle génération de cadres et de militants. « Il est très réservé, et peut être très brusque quand il exprime son opinion », confie un mouhafedh (responsable du FLN au niveau d’une wilaya). « D’apparence arrogant, peu de personnes osent l’aborder. Il paraît dépassé par les événements, sans attrait pour les jeunes », renchérit un autre cadre.

Le 27 février dernier, l’ancien coordinateur de la formation présidentielle, Mouad Bouchareb, avait proposé à Goudjil d’intégrer « la structure exécutive », une sorte de comité central bis, qui devait être installée après le limogeage de Djamel Ould Abbès, l’ancien secrétaire général du parti. Des cadres influents du vieux parti, comme Abderrahmane Belayat, Mohamed Boukhalfa et le sénateur Hachemi Djiar, devaient également rejoindre cette instance.

Mais avant même l’annonce officielle, l’initiative est rejetée par des membres du comité central. « Cette liste augurait du retour en force des dinosaures, au moment où la base aspirait à un rajeunissement du directoire du parti. Si on voulait donner l’image d’un parti préhistorique, on n’aurait pas agi autrement », résume un membre du bureau politique.

Moudjahid de la première heure

Six ans plutôt, Salah Goudjil a pourtant failli devenir le patron du FLN. La scène se déroule en juin 2013, dans l’un des salons de l’hôpital militaire des Invalides, à Paris, où le président Abdelaziz Bouteflika reçoit le général Mohamed Mediène, dit Toufik, alors tout-puissant chef des renseignements. Les deux hommes évoquent la situation du FLN, sans direction depuis le départ d’Abdelaziz Belkhadem, quatre mois plus tôt. Ils s’entendent sur le nom du futur secrétaire général : ce sera Salah Goudjil. Informé de cette décision, Saïd Bouteflika s’empresse de rappeler à son frère que Goudjil avait été défavorable à son deuxième mandat en 2004. La suite est connue : c’est finalement Djamel Ould Abbès qui sera coopté à la tête de l’ex-parti unique.

Le premier baptême du feu de Salah Goudjil, maquisard de la première heure, était d’acheter des tenues militaires américaines

Le premier baptême du feu de Salah Goudjil, maquisard de la première heure, était d’acheter des tenues militaires américaines qui se vendaient dans les friperies pour équiper les moudjahidines. Son mentor et chef militaire : Mustapha Benboulaïd, responsable de la région des Aurès et membre fondateur du FLN.

Plus tard, l’un de ses principaux faits d’armes sera d’être désigné président de la commission d’enquête sur le crash d’avion, en 1982, de Mohamed Seddik Benyahia, ministre des Affaires étrangères, prés de la frontière irano-turque. En cette qualité, c’est lui qui sera envoyé par Chadli pour rencontrer Saddam Hussein dans une ultime tentative de déterminer les circonstances qui ont conduit les Irakiens à abattre l’avion algérien. Salah Goudjil revient souvent sur ce pan de l’histoire, non sans une pointe de fierté.

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