Politique

Cameroun : décès de Bernard Muna, pionnier de la lutte démocratique

Bernard Muna lors d'une conférence de presse au siège européen des Nations unies à Genève, en 2014.

Bernard Muna lors d'une conférence de presse au siège européen des Nations unies à Genève, en 2014. © Salvatore Di Nolfi/AP/SIPA

Avocat de renom, celui qui a porté les couleurs de l’Alliance des forces progressistes (AFP) à la présidentielle camerounaise d’octobre 2011 est décédé dimanche 6 octobre à Yaoundé, à l’âge de 79 ans.

« Bernard Muna a succombé à une maladie cardiaque dont il souffrait depuis plusieurs années », a révélé des sources proches de la famille.

La veille de son décès, le frère de l’opposant Akere Muna avait été admis en soins intensifs à l’hôpital gynéco-obstétrique de Yaoundé, à la suite d’une nouvelle attaque. Ainsi s’est achevée la vie de ce juriste, marqué par de nombreux combats pour la démocratie et le respect des droits de l’homme et des citoyens.

Fils de l’ancien président Salomon Tande Muna, ancien premier ministre du Southern Cameroon, vice-président de la République fédérale du Cameroun et président de l’Assemblée nationale, celui que l’on surnomme « Ben Muna » s’était fait un prénom en démissionnant de son poste de magistrat en 1971 pour rejoindre le barreau du Cameroun en tant qu’avocat. Il sera élu à la tête de cette institution en 1986 et la dirigera jusqu’en 1992.

Libertés individuelles

À ce poste, il milite activement pour le respect des droits civiques et politiques des Camerounais en positionnant le barreau comme un contre-pouvoir face au régime de Yaoundé.

De nombreux acteurs politiques ont d’ailleurs encore en mémoire sa plaidoirie historique lors du procès de l’avocat Yondo Black, arrêté en 1990 pour « subversion ». Bernard Muna avait mis en avant la question des libertés individuelles et collectives dans le pays, brisant ainsi un tabou.

Au Cameroun, au cours des 25 dernières années, les citoyens qui ont osé exercer leurs droits ont été arrêtés, torturés et emprisonnés

« La question que l’on doit se poser est de savoir pourquoi [les accusés] ont dû tenir leurs réunions de manière clandestine et critiquer le gouvernement avec des tracts anonymes alors que le droit de tenir des réunions et de former des associations est garanti par notre Constitution, ainsi que par la Charte africaine. La réponse à cette question est simple : au Cameroun, au cours des 25 dernières années, les citoyens qui ont osé exercer leurs droits ont été arrêtés, torturés et emprisonnés », avait-t-il déclaré.

Par la suite, il sera sollicité pour effectuer plusieurs missions à l’international avant d’être désigné, en 1997, procureur au sein du Tribunal pénal international pour le Rwanda, puis membre de la Commission d’enquête de l’ONU pour la Centrafrique, en 2013.

Retour au fédéralisme

Sur le plan politique, Benard Muna est reconnu comme l’un des membres fondateurs du Social democratic front (SDF), la première force d’opposition du Cameroun en termes de représentation à l’Assemblée nationale.

Mais en 1992, alors que le candidat du parti Ni John Fru Ndi revendique sa victoire à la présidentielle, ce dernier est placé sous résidence surveillé. Personne n’a alors accès au palais de Ntarikong où le leader du SDF est retranché… sauf Benard Muna, l’un de ses avocats.

Dans l’entourage du président, l’ancien bâtonnier est cependant vu comme un espion du régime. La brouille se confirmera en 2004, lorsqu’il essayera de challenger John Fru Ndi, à l’intérieur du SDF, lors de la course à la présidentielle. Ben Muna sera finalement exclu du parti, mais ne mettra pas fin à son engagement politique.

En 2011, il se présente en effet à l’élection présidentielle sous la bannière de l’Alliance des forces progressistes (AFP) où il termine quatrième, loin devant l’actuel président Paul Biya, réélu avec 77,99 % des voix. Un épiphénomène pour l’ancien président de l’Union des avocats d’Afrique centrale (UAAC) qui décède sans voir son rêve d’un retour au fédéralisme se réaliser.

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