Analyses

Législatives en Tunisie : sept enseignements à retenir d’un scrutin inquiétant

Des agents de l'Isie commençant à compter les bulletins après les élections législatives du dimanche 6 octobre (image d'illustration).

Des agents de l'Isie commençant à compter les bulletins après les élections législatives du dimanche 6 octobre (image d'illustration). © Riadh Dridi/AP/SIPA

Victoire relative des islamistes d’Ennahdha, débâcle des partis centristes, des modérés et de la gauche, casse-tête pour la nomination du futur chef du gouvernement… Jeune Afrique vous résume les sept principaux enseignements – et inquiétudes – après les élections législatives du dimanche 6 octobre.

• Désintérêt des électeurs

À 16 heures dimanche 6 octobre, à grands renforts de communiqués, l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie) bat le rappel en invitant les citoyens à aller voter. Un message d’urgence dû à la faible fréquentation des bureaux de vote, et qui réussit finalement à faire passer le taux de participation de 23,49 % en début d’après-midi à 41,3 % à la fermeture des bureaux, à 18 heures. Certains dénoncent l’absence de campagne de sensibilisation au vote, tandis que d’autres évoquent un ras-le-bol « des discours et de la politique ».

• Les centristes, les modérés et la gauche balayés

La tendance qui s’est profilée au premier tour de la présidentielle se confirme. Les partis à tendance centriste ou modérée ont été balayés, ainsi que la gauche dans son ensemble. Non seulement leurs programmes n’ont pas trouvé preneur, mais il leur est également reproché de ne pas se distinguer les uns des autres et de ne pas avoir constitué une même alliance.

En lieu et place de Nidaa Tounes et du Front populaire, des radicaux représentant différents mouvements, soit révolutionnaires et nationalistes, soit conservateurs

Une situation due notamment au morcellement en micro partis, à droite, de Nidaa Tounes – qui n’est plus crédité que d’un à quatre sièges – , et à gauche, du Front populaire. En leur lieu et place, des radicaux représentant différents mouvements, soit révolutionnaires et nationalistes, soit conservateurs – quand ce n’est pas les deux à la fois.

• Une victoire toute relative pour Ennahdha

Techniquement, la formation islamiste a gagné les élections en remportant 40 sièges sur 217, mais cette victoire reste toute relative, avec 18 % des suffrages représentant moins de 500 000 voix. Bien loin de ses 1,7 million d’électeurs de 2011. La raison de la première position d’Ennahdha aux législatives de 2019 semblerait donc tenir davantage au fait que tous les autres partis ont obtenu des scores encore plus décevants.

Rached Ghannouchi, le leader de la formation islamiste Ennahdha, déposant son bulletin dans l'urne pour les élections législatives du 6 octobre 2019 (image d'illustration).

Rached Ghannouchi, le leader de la formation islamiste Ennahdha, déposant son bulletin dans l'urne pour les élections législatives du 6 octobre 2019 (image d'illustration). © Hassene Dridi/AP/SIPA

• Rached Ghannouchi vers le Perchoir ?

Le président du mouvement Ennahdha, dont le mandat arrive à terme en 2020, s’est frotté à son premier scrutin public. D’après les chiffres avancés par les instituts de sondage, il a été élu député dans la circonscription Tunis 1, pour le compte de la formation qu’il a fondée. Figure clivante devenue passée maître dans l’art du consensus, Ghannouchi vise le Perchoir, mais aura besoin pour l’obtenir de l’appui – au moins – du parti Qalb Tounes – un accord difficile à négocier, Nabil Karoui, le leader de ce mouvement, étant toujours en détention préventive.

• La performance remarquée de Qalb Tounes

Le parti, né il y a quatre mois, a réalisé une performance remarquée, malgré les embûches qu’il a rencontrées, notamment avec son fondateur en prison. Il devra aussi se confronter à un autre problème : Ghazi Karoui, frère et associé de Nabil, lui aussi recherché par la justice, a remporté un siège à Bizerte, mais ne pourra se prévaloir de l’immunité parlementaire qu’après sa prestation de serment devant l’Hémicycle.

• Le casse-tête de la désignation du Premier ministre

Le parti arrivé premier aux législatives doit désigner un chef du gouvernement issu de ses rangs. Mais cette fois-ci, l’opération s’annonce plus complexe. Il ne suffira pas à Ennahdha de choisir un exécutif et son chef, il lui faudra aussi l’accord de 109 députés pour que soit approuvée la nouvelle équipe gouvernementale. Une manœuvre délicate au vu de la répartition des sièges dans l’hémicycle.

La formation à la colombe pourra peut-être compter sur les 18 députés révolutionnaires et ultraconservateurs de la coalition al-Karama, ainsi que les 16 élus de Tahya Tounes, parti du Premier ministre sortant Youssef Chahed, mais cela reste insuffisant pour asseoir une majorité de soutien au gouvernement. Le Parti destourien libre (PDL), ainsi que le Courant démocratique (Ettayar), Qalb Tounes et le Mouvement chaab, ont d’ores et déjà fait savoir qu’ils ne soutiendraient pas Ennahdha. Une manière de se positionner dès maintenant dans l’opposition.

• Incertitude

Préoccupation immédiate de l’Isie, les éventuels recours devant le tribunal administratif à l’issue de l’annonce – programmée mercredi – des résultats provisoires officiels pourraient bloquer les résultats définitifs pendant trois semaines. Si les députés ne trouvent pas de terrain d’entente sur le nom du futur chef de gouvernement et la composition de son équipe, la Tunisie risque d’aller encore une fois vers des élections.

Mais pour certains, cela n’est pas le vrai problème. « Nous risquons d’avoir une Cour constitutionnelle aux couleurs des islamistes », anticipe l’activiste Ghali Hosni, en référence à la nomination des « sages » bloquée depuis plusieurs années au Parlement.


Projection de la future assemblée

(en nombre de sièges, d’après les estimations des cabinets Sigma Conseil et Emrhod Consulting, réalisées à la sortie des urnes et publiées le 6 octobre à 20 heures)

Ennahdha : 40

Qalb Tounes : 33-35

Coalition al-Karama : 17-18

Tahya Tounes : 16 -17

Mouvement du peuple : 15

Courant démocratique : 14

Parti destourien libre : 14

Aïch Tounsi : 5-3

Nidaa Tounes : 4-1

Autres indépendants : 40

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