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Le Rwanda Day, vitrine du pays de Paul Kagame auprès de la diaspora

Paul Kagame lors du Rwanda Day 2019.

Paul Kagame lors du Rwanda Day 2019. © Rwanda Day / Twitter

Depuis une dizaine d’années, le pays donne rendez-vous à sa diaspora lors d’un jour spécial : le Rwanda Day. Ce qui n’était au départ qu’une rencontre informelle avec le président Paul Kagame s’est progressivement transformé en un événement méthodiquement organisé. L’édition 2019 s’est tenue ce samedi 5 octobre à Bonn, en Allemagne.

Est-ce une fête de famille ? Une opération séduction pour la diaspora et les investisseurs ? Un rendez-vous politique ?

Il existe autant de définitions de ce jour singulier que de personnes pour la donner : « Une journée entièrement consacrée au Rwanda », résume simplement le membre d’une ambassade. « L’occasion de rencontrer notre président et de célébrer nos réussites », affirme pour sa part Omelie Impundu, vice-présidente de l’Association rwandaise de Bonn. Une « fête », se contente de glisser un habitué de l’événement.

Raout patriotique

Une autre définition encore ? « Aller vers les Rwandais, leur dire ce que l’on attend d’eux et qu’ils nous disent ce qu’ils attendent de nous ». C’est celle du président Paul Kagame lui-même, dont on ne sait plus vraiment s’il est l’hôte ou l’invité d’honneur de ce grand raout patriotique. Dispensée lors d’une allocution donnée devant une salle comble et comblée, contenant plus de 3 500 personnes, cette définition lui a permis de devancer les critiques.

« Les personnes qui essayent de critiquer le Rwanda disent que nous faisons de la politique, que nous essayons d’attirer la sympathie [de nos concitoyens] à travers le Rwanda Day. Eh bien, où est la critique dans tout ça ? », a lâché le président.

« Marque déposée »

Depuis l’édition de 2010, organisée à Bruxelles, le Rwanda Day est devenu « une marque déposée » qui n’a cessé de gagner en ampleur. Londres, Atlanta, Paris… et Bonn, pour cette dernière édition : le chef de l’État n’a raté aucun de ces grands rendez-vous avec la diaspora. À ses côtés, ce 5 octobre, certaines personnalités de premier plan : la secrétaire générale de la Francophonie, Louise Mushikiwabo, – venue à Bonn « à titre personnel », précise son équipe -, et plusieurs membres du gouvernement, dont Soraya Hakuziyaremye, la ministre rwandaise du Commerce et de l’industrie, venue faire l’apologie du « made in Rwanda ».

En moins de dix ans, les rencontres informelles qui se tenaient entre la diaspora et le président se sont converties en un événement minutieusement organisé, de manière coordonnée entre la présidence, les ambassades et le ministère des Affaires étrangères.

Séance de questions-réponses avec le président rwandais Paul Kagame, le 5 octobre 2019 à Bonn (Allemagne)

Séance de questions-réponses avec le président rwandais Paul Kagame, le 5 octobre 2019 à Bonn (Allemagne) © Marième Soumaré

« Se reconnecter » avec le Rwanda

Directement ciblés par cette journée, les membres de la diaspora, cette « sixième province du Rwanda », sont invités à « se reconnecter » à leur pays d’origine. « Certaines personnes sont directement repérées par les ambassades » et invitées à participer, explique un membre de l’organisation.

Les représentations diplomatiques jouent en effet un rôle clé dans cette mobilisation. De Belgique, de Suisse ou d’Angleterre, les participants sont arrivés par bus entiers – mis à disposition par leur ambassade -, ce 5 octobre. Certains sont même venus de Chine ou du Canada. Quant à l’ambassade d’Allemagne, sur les quelque 1,2 Rwandais résidant sur le territoire, elle en aurait fait venir plus de la moitié, à en croire l’ambassadeur, Igor César.

Certaines personnes, exilées après le génocide, n’osent pas revenir au pays. Notre but est de leur montrer que si tu ne viens pas au Rwanda, le Rwanda viendra à toi

« Les Rwandais de la diaspora ont mis en place des réseaux très connectés qui permettent de faire grandir la communauté », précise-t-il. Ils peuvent par ailleurs peuvent compter sur l’aide de la Communauté des rwandais de l’étranger, directement reliée au ministère des Affaires étrangères, qui coordonne leurs relations.

Retour gagnant

L’autre but de cette journée est aussi de travailler à l’unité du pays, explique un membre chargé de l’organisation. « Le Rwanda Day nous permet de démystifier certains conceptions négatives. Certaines personnes, exilées après le génocide, n’osent pas revenir pour de mauvaises raisons. Notre but est de leur montrer que notre pays est ouvert, et que si tu ne viens pas au Rwanda, le Rwanda viendra à toi. »

Ces membres de la diaspora d’abord réticents viennent donc raconter leur « retour » gagnant, tels des ambassadeurs bénévoles de la « success story » rwandaise. « On cherche une main d’œuvre à la hauteur de nos ambitions », résume l’employé d’une ambassade. Le Rwanda Day se convertit ainsi d’année en année en LinkedIn grandeur nature.

Pour la première fois, la journée du 5 octobre a été l’occasion pour 15 entreprises de venir à la rencontre de potentiels employés au travers une tournée de « speed-dating ». Élodie Rusera, chargée de coordonner l’événement au niveau du Rwanda Development Board (RDB), une agence gouvernementale, espérait réunir 1 500 visiteurs. Elle ambitionne de doubler ce chiffre lors de la prochaine édition.

Rencontres entre professionnels au cours de "speed-dating", nouveauté de ce Rwanda Day 2019 (Bonn, Allemagne)

Rencontres entre professionnels au cours de "speed-dating", nouveauté de ce Rwanda Day 2019 (Bonn, Allemagne) © Marième Soumaré

« Nous ferons mieux la prochaine fois : nous identifierons directement les personnes-clés pour les entreprises », déclare-t-elle. Les 15 entreprises représentées le 5 octobre évoluent dans le secteur du numérique, de l’agriculture, des services financiers et de l’éducation. « L’année prochaine, les institutions gouvernementales seront peut-être présentes également », espère Élodie Rusera.

Nouvelle vitrine du pays

Pour attirer le public dans ces moments de ferveur nationale, le gouvernement rwandais ne cesse de muscler ses efforts de communication, s’entourant, en plus de son équipe habituelle, de journalistes et de communicants en renfort. « J’étais présente à Londres lors d’une précédente édition, et j’ai noté une vraie évolution », confie l’une d’entre eux. Entre « l’organisation, les logos, les discours des officiels et des personnalités invitées à la ‘TedEx' », l’État rwandais n’a pas lésiné sur les moyens pour faire du Rwanda Day une nouvelle vitrine du pays.

Séance de questions-réponses avec le président rwandais Paul Kagame, le 5 octobre 2019 à Bonn (Allemagne)

Séance de questions-réponses avec le président rwandais Paul Kagame, le 5 octobre 2019 à Bonn (Allemagne) © Marième Soumaré

Comme dans ses versions originelles, la journée s’est toutefois soldée par l’intervention de son meilleur communiquant : son président. Pendant près de trois heures, Paul Kagame s’est ainsi prêté au jeu des questions-réponses avec l’audience, encourageant les hésitants à rentrer au pays.

« J’achève mes études de médecine et je pense à rentrer au Rwanda. Quelles sont les perspectives de carrière pour moi là-bas ? », l’interroge une jeune femme. « Vous avez fini vos études ? Je vous offre le billet d’avion pour que vous déménagiez demain », lui a répondu le chef de l’État.

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