Présidentielle Tunisie 2019

La Tunisie vote sans engouement pour élire ses députés

Dans un bureau de vote lors de la présidentielle en Tunisie, le dimanche 15 septembre 2019.

Dans un bureau de vote lors de la présidentielle en Tunisie, le dimanche 15 septembre 2019. © Mosa'ab Elshamy/AP/SIPA

Les Tunisiens élisent dimanche leurs députés lors d'un scrutin qui pourrait signer, dans la même dynamique que la présidentielle, le rejet des partis établis, conduisant à un Parlement écartelé entre une multitude de formations novices.

Ces troisièmes élections législatives depuis la révolution de 2011 ne suscitent pas grand engouement, en particulier parce qu’elles se déroulent entre les deux tours d’une présidentielle à suspense pour laquelle deux candidats « anti-système » restent en course : Kaïs Saïed et Nabil Karoui, qui est emprisonné.

Elles sont pourtant cruciales dans le berceau du Printemps arabe, où le Parlement est chargé des questions préoccupant le plus les Tunisiens : l’économie qui peine à décoller, le chômage bien ancré, les services publics défaillants et l’inflation qui ne retombe pas.

Les sept millions d’électeurs sont appelés aux urnes de 08h00 (07h00 GMT) à 18h00 (17h00 GMT), et les résultats préliminaires sont attendus mercredi, mais des sondages devraient donner une première tendance dès dimanche soir.

Trois semaines après le premier tour de la présidentielle qui a balayé les dirigeants sortants, les sondages officieux évoquent l’arrivée d’une vague d’indépendants, qui représentent un tiers des listes en lice, et de nouveaux partis.

Situation « anormale »

Plus de 15 000 candidats se disputent 217 sièges, dans un Parlement jusque-là dominé par le parti d’inspiration islamiste Ennahdha, qui avait fait alliance avec le principal parti du centre, Nidaa Tounes, depuis décimé par des luttes de pouvoir. Mais Ennahdha, en perte de vitesse, pourrait être devancé par le parti Qalb Tounes, créé il y a moins de six mois par Nabil Karoui, un homme d’affaires issu de Nidaa Tounes.

Sous le coup d’une enquête depuis 2017 pour blanchiment et fraude fiscale, Nabil Karoui et sa détention depuis fin août ont largement focalisé l’attention des Tunisiens, faisant passer au second plan la campagne pour les législatives.

La date de son arrestation, peu avant la campagne présidentielle, et ses modalités juridiques, ont alimenté des soupçons d’instrumentalisation de la justice. Les partisans de Nabil Karoui ont accusé Ennahdha et réclamé un report du second tour de la présidentielle, prévu le 13 octobre.

Signe de l’inquiétude grandissante autour des scrutins, le président par intérim Mohammed Ennaceur a souligné vendredi que l’incarcération d’un candidat constituait « une situation anormale » pouvant avoir de « graves » répercussions sur le processus électoral.

L’ONU a de son côté appelé à des élections « pacifiques et transparentes ».

Un bon score de Qalb Tounes aux législatives pourrait être un atout pour Nabil Karoui le 13 octobre. Kaïs Saïed, un indépendant qui ne représente aucun parti, n’a lui donné aucune consigne de vote pour dimanche. Une position qui participe à brouiller les cartes, et ce paysage politique sans clivage clair risque de démotiver un électorat déjà exaspéré par les basses manœuvres politiciennes qui ont marqué ces derniers mois.

Nombre de formations ont tenté de répondre à cette exaspération en présentant des visages nouveaux, tel le mouvement Aïch Tounsi, issu de la société civile.

Nouveaux venus

Un autre nouveau venu, la coalition Karama menée par l’avocat islamiste populiste Seifeddine Makhlouf, tente de concurrencer Ennahdha, qui a perdu une partie de son électorat après avoir décidé de s’intégrer au système et de s’allier à Nidaa Tounes.

À l’autre extrémité, le Parti destourien libre, porté par l’avocate anti-islamiste Abir Moussi, pourrait faire un meilleur score que les 4% de sa chef de file à la présidentielle.

Cet émiettement entre de multiples formations très divergentes, alors que le parti arrivé en tête devra convaincre au moins 109 députés pour former un gouvernement, augure de houleuses négociations.

Les partis donnés en tête, Ennahdha et Qalb Tounes, ont officiellement exclu toute alliance entre eux.

Une fois en place, le nouveau Parlement aura deux mois pour se mettre d’accord sur un gouvernement qui devra s’atteler à la lourde tâche de relancer une économie peinant à créer des emplois et résorber une dette paralysante.

Si la menace terroriste n’est plus un sujet majeur, quatre ans après une série d’attentats meurtriers qui avaient affecté le tourisme, la transition démocratique en cours dans le berceau du Printemps arabe est fragilisée par les profondes difficultés sociales.

L’inflation grignote des revenus déjà faibles, et les services publics en délitement peinent à répondre aux attentes de la population.

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