Politique

Cameroun : le Grand dialogue national s’achève avec un statut spécial pour les régions anglophones

Joseph Dion Ngute, le Premier ministre camerounais, lors de l'ouverture du dialogue national à Yaoundé, le 30 septembre 2019.

Joseph Dion Ngute, le Premier ministre camerounais, lors de l'ouverture du dialogue national à Yaoundé, le 30 septembre 2019. © DR / Dialogue national

L’accélération de la décentralisation, avec un statut spécial pour les régions anglophones, est la mesure la plus significative adoptée à l’issue du Grand dialogue national initié par le président Paul Biya. Reste à en définir les contours malgré les critiques qu’elle suscite.

Deux heures de débats supplémentaires ont été nécessaires pour adopter le rapport final du Grand dialogue national, présenté au public ce vendredi 4 octobre au palais des Congrès de Yaoundé. Signe des nombreuses divergences qui auront marqué l’ensemble des travaux, ouverts le 30 septembre par le premier ministre Dion Ngute, la cérémonie de clôture des assises a connu un retard considérable.

Au cœur de ces interminables débats, l’omniprésente question de la forme de l’État qui s’est imposée dans l’agenda des débats, mais surtout dans celui de la commission « Décentralisation et développement local », faisant de celle-ci la plus scrutée des huit commissions mises en place par le président Paul Biya.

Accélération de la décentralisation

Dès le début des échanges au sein de cette commission, deux tendances se sont clairement illustrées. La question de la sécession ayant été bannie des discussions, seuls les fédéralistes et les régionalistes avaient droit de cité. Jusqu’au bout, les proches du pouvoir ont défendu leur position en campant sur la décentralisation face à des acteurs, anglophones pour la plupart, favorables à un retour au fédéralisme.

Soucieux du respect du « cadre constitutionnel » prescrit par le chef de l’État camerounais, les membres du régime de Yaoundé se sont appuyé sur l’article 62 de la Constitution, qui donne la possibilité à la loi de tenir compte des spécificités de certaines régions dans leur organisation et leur fonctionnement afin d’accorder un statut particulier aux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Au final, un compromis sera finalement trouvé entre les deux parties. Selon le porte parole de l’événement George Ewane, les principales mesures adoptées concernent, entre autres, le « retour à l’appellation ‘République unie du Cameroun’ (elle avait été abrogée en 1984 par le président Paul Biya au profit de l’appellation ‘République du Cameroun’, ndlr), la rotation de la célébration de la fête nationale dans les régions, ainsi que l’accélération de la décentralisation avec un statut spécial pour les régions anglophones ».

Volonté d’un retour à la paix

Selon l’opposant Sam Baka, membre de cette commission, il s’est agit d’un « consensus », signe de la volonté d’un retour à la paix exprimée par tous les acteurs. « Ce statut spécial doit à présent renfermer le contenu recherché, que ce soit au niveau de la tutelle qui doit lâcher du lest, ou au niveau des financements », a-t-il commenté.

Nous voulions que le pouvoir se rapproche le plus possible des populations

« Il faut accueillir cette mesure avec beaucoup d’optimisme, explique pour sa part le journaliste anglophone Eric Chinje. Nous voulions que le pouvoir se rapproche le plus possible des populations et que les décisions qui les impactent se prennent aussi à Bamenda et à Buea, et non plus seulement à Yaoundé », a-t-il ajouté.

Critiques

Mais la question de la forme de l’État continue de faire débat : si une décentralisation renforcée est annoncée, les partisans du fédéralisme restent sur leur faim. « Le problème de fond n’est pas résolu, affirme ainsi l’économiste Dieudonné Essomba, défenseur de la première heure d’un retour au fédéralisme. Les anglophones n’ont jamais réclamé de passe-droits, ni un statut administratif particulier. Ce qu’ils demandent, c’est la restitution de leur souveraineté qu’ils partageaient dans l’État fédéral, et qui constituait la promesse qui les avait conduits à aller au Cameroun plutôt qu’au Nigeria ».

Yaoundé veut croire à sa stratégie pour ramener la paix dans les régions, reste à voir comment elle sera accueillie sur le terrain

En attendant la transmission des résolutions adoptées au président de la République pour leur implémentation, le rideau est retombé au palais des Congrès sur le dialogue national. De nouveaux combattants ayant déposé les armes en zone anglophone ont été présentés au public présent, et la première vague des prisonniers bénéficiaires de l’arrêt des poursuites, décidé jeudi soir par Paul Biya, a été libéré.

Yaoundé veut croire à sa stratégie pour ramener la paix dans les régions, reste à voir comment elle sera accueillie sur le terrain.

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