Politique

Bénin : vers un dialogue politique sans les ténors de l’opposition

Le président béninois Patrice Talon, à Dakar lors d'une réunion de l'Uemoa, le 4 octobre 2019.

Le président béninois Patrice Talon, à Dakar lors d'une réunion de l'Uemoa, le 4 octobre 2019. © DR / Présidence Bénin.

Ce sont des discussions très attendues qui vont se tenir à partir du 10 octobre prochain à Cotonou. Le dialogue politique, organisé à l’initiative du président Patrice Talon pour tenter d’apaiser la crise ouverte par les dernières législatives, va cependant s’ouvrir sans une partie des principales formations d’opposition, tandis que le FCBE, seul invité qui ne soit pas de la mouvance, pourrait boycotter le rendez-vous.

« Décrispation ». C’est le leitmotiv qui semble être désormais de rigueur au sein de l’exécutif béninois. Après une série de rencontres entre Patrice Talon et des représentants des partis politiques, en juillet dernier, le président béninois a initié un dialogue politique, qui s’ouvrira le 10 octobre à Cotonou.

Pendant trois jours, les 108 représentants des partis neuf politiques invités échangeront dans un cadre formel, avec un objectif : sortir de la crise politique qui s’est ouverte avec les législatives du 28 avril dernier, lors desquelles aucun des partis de l’opposition n’avait été autorisé à présenter des listes.

À quelques jours de cette rencontre très attendue, l’opposition béninoise semble cependant divisée sur l’opportunité ou non d’y participer. Une partie des poids lourds de l’opposition n’ont, en outre, pas été invités au dialogue.

La mouvance présidentielle sera représentée au grand complet. Outre le Bloc républicain (BR) et l’Union progressiste (UP), les deux seuls partis qui ont pu participer aux dernières législatives, le Parti du renouveau démocratique (PRD) de l’ancien président de l’Assemblée nationale, Me Adrien Houngbédji, sera également présent, de même que plusieurs formations satellites.

S’il avait été lui aussi empêché de prendre aux dernières législatives – malgré son appartenance affichée à la mouvance présidentielle – , le PRD a renouvelé son soutien à Patrice Talon, le weekend dernier. Adrien Houngbédji a annoncé sa volonté de prendre part au dialogue car, prévient-il, « la répétition du scénario que nous avons connu peut être une source de désordre ».

Crise interne au FCBE

L’ancien président du Bénin Thomas Boni Yayi, en 2012.

L’ancien président du Bénin Thomas Boni Yayi, en 2012. © Vincent Fournier/Jeune Afrique

Du côté de l’opposition, un seul parti figure sur la liste des formations invitées : les Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), de Thomas Boni Yayi. Mais le parti de l’ancien président béninois est divisé. Si un certificat de conformité – garant de la reconnaissance légale du parti, ouvrant donc la porte à sa participation au dialogue politique – , a bien été délivré au FCBE par le ministère de l’Intérieur, son obtention a provoqué une crise interne.

Une partie des cadres, aux premiers rang desquels Thomas Boni Yayi, fondateur et président d’honneur de la formation, contestent ouvertement la démarche de quelques membres du bureau politique qui ont « pactisé avec l’ennemi » pour obtenir le fameux récépissé.

Selon plusieurs sources au sein des FCBE, Boni Yayi, qui n’est pas revenu au Bénin depuis qu’il a quitté le pays en juin dernier, ne devrait pas participer personnellement au dialogue. Il pourrait en outre très probablement opposer son veto à ce que des cadres de son parti s’y rende.

Eugène Azatassou, ex-coordonnateur national des FCBE et actuel conseiller politique de l’ancien président, qualifie l’événement de « prétendu dialogue qui risque d’être un monologue ». Il n’en assure pas moins que la question de la participation n’est pas officiellement tranchée. Le parti « fera connaître sa décision officielle avant le 10 octobre », a-t-il confié à JA.

Les principaux ténors de l’opposition écartés

Candide Azannaï, ancien ministre de la Défense béninois, en septembre 2018.

Candide Azannaï, ancien ministre de la Défense béninois, en septembre 2018. © DR / Copie d’écran Facebook Candide Azannaï

Aucune autre formation de l’opposition n’a été été invitée. L’Union sociale libérale (USL) de l’homme d’affaires Sébastien Ajavon, en exil depuis sa condamnation à 20 ans de prison pour trafic de drogue, n’a pas obtenu le fameux récépissé garantissant la reconnaissance légale du parti. Pas plus que Restaurer l’espoir (RE), de Candide Azannaï, ancien ministre de la Défense de patrice Talon Candide Azannaï.

Lors des discussions amorcées en juillet dernier, les responsables de ces deux partis avaient déjà indiqué leur refus de se plier à l’exigence d’engager les formalités en vue de l’obtention du certificat de conformité. « L’exclusion se répète. C’est une concertation entre amis de la même mouvance présidentielle », assène Guy Mitokpè, qui siégeait à l’Assemblée nationale lors de la précédente législature sous les couleurs de Restaurer l’espoir. Pour l’ancien député, le dialogue n’aboutira à rien de concret : « Nous allons vers une crispation de plus. C’est un enlisement. »

Autre grand absent : l’ancien président Nicéphore Soglo, très actif depuis le début de la crise et que beaucoup considèrent comme « une partie de la solution de sortie de crise ».

Au sein de la mouvance présidentielle, on se félicite du « respect de la parole donnée » du président Patrice Talon qui, le 20 mai dernier, au lendemain de l’installation d’une Assemblée nationale uniquement composée de députés de son bloc, avait promis « des échanges directs, francs et constructifs au profit de notre bien commun, le Bénin ».

Et si l’amorce du dialogue opéré en juillet dernier n’a pas produit les effets escomptés par la majorité, une source à la présidence assure que, cette fois, « la philosophie est d’engager un dialogue direct entre politiques ».

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