Politique

RDC : l’avertissement du CLC à Félix Tshisekedi face à la « banalisation de la corruption »

Dans les rues de Kinshasa, lors des manifestations du 31 décembre 2017, à l'initiative du Comité laïc de coordination (CLC).

Dans les rues de Kinshasa, lors des manifestations du 31 décembre 2017, à l'initiative du Comité laïc de coordination (CLC). © John Bompengo/AP/SIPA

Le Comité laïc de coordination (CLC) lance un appel à manifester pour le 19 octobre « contre la corruption et l'impunité ». Pour l'organisation, fer de lance de la contestation face au prédécesseur de Félix Tshisekedi, « les pratiques dénoncées sous l'ancien régime de Joseph Kabila se poursuivent ».

C’est un avertissement envers le chef de l’État Félix Tshisekedi, coincé entre rupture et continuité de l’ancien système.

Le Comité laïc de coordination (CLC) vient d’annoncer, à travers un communiqué, une « grande journée populaire de protestation », le 19 octobre, pour dénoncer les nombreux scandales au sommet de l’État, aux premiers rangs desquels la lutte contre l’impunité et la corruption.

« Des pratiques dénoncées sous l’ancien régime de Joseph Kabila se poursuivent, affirme à Jeune Afrique Isidore Ndaywel, coordinateur du collectif. Nous marcherons notamment pour la suspension des personnes impliquées dans le détournement des 15 millions de dollars, ainsi que la démission des juges de la Cour constitutionnelle », précise-t-il. Comme en 2017 et 2018, la mobilisation partira de toutes les paroisses catholiques.

Rupture avec Kabila 

Pour le CLC, l’enjeu est avant tout de permettre l’instauration d’un État de droit. « La rupture avec Kabila n’est toujours pas arrivée et nous voulons accompagner le changement avec l’ensemble du peuple congolais », précise Isidore Ndaywel.

Le CLC dit désormais attendre des garanties fermes du gouvernement et des institutions publiques pour arrêter définitivement « la banalisation de la corruption », et pour qu’aucune autorité ne puisse plus jamais « toucher impunément à la caisse de l’État et s’accaparer des biens publics ».

Dire non à l’impunité, au détournement et à la corruption institutionnalisée

Ce n’est pas la première fois que le CLC interpelle le successeur de Joseph Kabila. Il avait déjà lancé un ultimatum aux personnes impliquées dans l’affaire des « 15 millions de dollars », dans laquelle est notamment mis en cause Vital Kamerhe, le directeur de cabinet du président Felix Tshisekedi.

Soutien de la coalition Lamuka

La coalition de l’opposition Lamuka, qui rassemble notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba, a également appelé la population à se mobiliser avec le CLC pour « dire non à l’impunité, au détournement, à la corruption institutionnalisée et à l’injustice ». Dans un communiqué, la coalition s’est dite « fortement préoccupée par les graves dérives observées dans la gestion du patrimoine et maigres ressources de l’État ».

En juin 2018, Luzolo Bambi, le conseiller de l’ancien président Joseph Kabila en matière de lutte contre la corruption, avait déjà révélé que le pays perdait 15 milliards de dollars chaque année à cause de la corruption et de détournement.

Le début de la fin de l’état de grâce ? 

S’agit-il de la fin de l’état grâce pour Félix Tshisekedi ? « C’est le début de la fin, estime Blaise Zahinda, journaliste et analyste politique. Le chef de l’État n’aurait sans doute pas pu accéder à la magistrature suprême sans le sacrifice du CLC, en première ligne durant deux ans contre le maintien au pouvoir du régime Kabila ».

Les laïcs ont payé le prix fort dans la lutte ayant conduit à l’alternance politique

« En matière de scandales financiers, les laïcs sont intransigeants à l’égard du pouvoir étant donné qu’ils ont payé le prix fort dans la lutte ayant conduit à l’alternance politique », remarque pour sa part l’analyste Israël Mutala.

Lors de la proclamation des résultats de l’élection présidentielle, en décembre 2018, le Comité avait toutefois mis en doute les résultats de scrutin, avant de renoncer à protester. Auparavant, le collectif avait joué un rôle déterminant dans l’organisation des manifestations de masse contre l’ancien président Joseph Kabila, qui ne s’est pas présenté aux élections présidentielles après 18 années au pouvoir.

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte