Football

Football : Raja Casablanca-Hilal al Qods, un match à l’enjeu aussi politique que sportif

Des supporteurs marocains, le 23 septembre au stade Mohammed V à Casablanca.

Des supporteurs marocains, le 23 septembre au stade Mohammed V à Casablanca. © Youtube / Abdel football and vlogs

Après avoir été chaleureusement accueillis lors du match aller, les joueurs du club palestinien de Hilal al Qods (Jérusalem) reçoivent jeudi 3 octobre leurs adversaires du Raja Casablanca, en seizième de finale retour de la Coupe arabe des clubs. Une double confrontation émaillée de nombreuses polémiques.

Lundi 23 septembre, le Raja Club Athletic (RAC) Casablanca s’est imposé un but à zéro face au Hilal al Qods. Le match retour à peine annoncé pour le 3 octobre, une polémique a enflammé les réseaux sociaux : selon certains internautes marocains, le voyage de l’équipe casaouie s’apparenterait à une « reconnaissance de fait » de l’État israélien – dans un royaume pourtant largement solidaire de la cause palestinienne.

Le staff du Hilal al Qods, chaleureusement reçu en terre chérifienne lors de la rencontre aller, est alors venu à la rescousse de son adversaire. Lyrique, le porte-parole du club palestinien a publié un communiqué intitulé « Visiter un prisonnier n’est pas reconnaître son geôlier », très vite repris et partagé par la page Facebook du Raja ainsi que par des centaines de supporteurs.

« Vu la tournure qu’ont rapidement pris les débats, il semblerait que les accusations de ‘normalisation’ avec Israël émanent plutôt de soutiens du Wydad [l’écurie rivale de la capitale économique]« , analyse pour Jeune Afrique Amine El Amri, journaliste sportif marocain.

Le RCA a voulu tenir ses followers informés du voyage de ses joueurs. Ces derniers ont rallié Jérusalem en passant par la Jordanie, et devront – ils n’ont pas d’autre choix – présenter leur passeport aux autorités israéliennes présentes aux frontières. Du reste, rappelle le club palestinien, l’événement sportif a lieu en Cisjordanie, dans une zone sous administration palestinienne.

Le football, enjeu politique de premier plan

Jeudi soir, le spectacle devrait avoir lieu autant en tribune que sur le gazon, le Hilal al Qods ayant demandé à ses aficionados d’assurer le show dans son stade Faisal al Husseini – d’une jauge de 13 000 places – situé à Al-Ram, en banlieue de Jérusalem.

Deux jours avant le match, certains joueurs marocains attendaient encore l’autorisation de passer en Cisjordanie

Les supporteurs et professionnels palestiniens ne cachent pas l’importance de l’événement, estimant que le football est devenu un enjeu politique de premier plan. Depuis plusieurs mois, les autorités israéliennes reportent la finale de la Coupe de football de Palestine – reconnue par la FIFA – en refusant à une équipe de Gaza de se déplacer en Cisjordanie. Les rencontres entre clubs palestiniens et étrangers sont également difficiles à organiser, devant régulièrement surmonter de nombreux obstacles.

En réaction, des fans palestiniens ont commencé à peindre sur les murs de leur ville des messages de bienvenue. Deux jours avant le match, certains joueurs marocains attendaient encore l’autorisation des autorités israéliennes pour passer en Cisjordanie – un problème finalement résolu.

L’hommage du stade Mohammed V

Les images de la banderole préparée par les supporteurs du Raja pour accueillir les Palestiniens, le 23 septembre à Casablanca, sont impressionnantes. Plus de 11 000 fervents Rajaouis parqués dans la « Curva Sud », virage « vert » du stade Mohammed V, notamment les fameux « Ultras Eagles 06 », ont assuré le spectacle, à grands renforts de fumigènes et de keffiehs agités dans les airs. Le complexe sportif, d’une capacité de plus de 60 000 places, était plein à craquer.

La rencontre s’est déroulée en l’absence de deux joueurs du Hilal. Le club palestinien a précisé que ceux-ci n’avaient pas reçu d’autorisation israélienne pour quitter la Cisjordanie.

Le soir du match, les spectateurs marocains n’ont pas hésité à exprimer leur soutien : « Les Rajaouis sont la voix des opprimés », ont-ils entonné. Avant que certains ne brandissent un tifo géant représentant Handala, petit bonhomme aux habits rapiécés et aux pieds nus, symbole de l’enfant palestinien réfugié, souvent dessiné par les ultras marocains sur des fresques.

« Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours vu des drapeaux palestiniens dans les stades marocains, tout particulièrement à Casablanca, Tanger ou Tétouan », confie Amine El Amri.

La finale de la Coupe arabe des clubs, rebaptisée cette année « Coupe Mohammed VI », aura lieu en mai 2020 à Rabat. Les équipes marocaines espèrent que le soutien du public leur permettra de soulever le trophée (les tenants du titre étant les Tunisiens de l’Étoile sportive du Sahel), et ainsi d’empocher les quelque sept millions de dollars (6,4 millions d’euros) de primes cumulées.

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