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Cet article est issu du dossier «Sahel : l'Afrique de l'Ouest peut-elle gagner la guerre contre le terrorisme ?»

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Sécurité

Mali : la double attaque de Boulkessi et Mondoro, nouveau symbole de l’échec du G5 Sahel

Quartier général de la force conjointe G5 Sahel basée à Sévaré, en octobre 2017.

Quartier général de la force conjointe G5 Sahel basée à Sévaré, en octobre 2017. © Flickr / MINUSMA/Harandane Dicko

Un deuil national de trois jours a été décrété après qu’au moins 25 soldats maliens ont été tués, lundi et mardi, dans une attaque coordonnée contre les camps de Boulkessi et Mondoro, près de la frontière avec le Burkina. Un bilan très lourd, qui pourrait encore s’aggraver. Si l’attaque n’a pas encore été revendiquée, elle apparaît comme un symptôme supplémentaire de l’échec de la coopération sécuritaire en Afrique de l’Ouest.

L’armée malienne n’avait pas essuyé un tel revers depuis l’assaut contre son camp de Dioura, le 17 mars. Lundi et mardi, des hommes armés ont mené une double attaque contre les détachements de Mondoro et Boulkessi, distants d’une centaine de kilomètres dans le centre du Mali, non loin de la frontière avec le Burkina Faso.

Selon un bilan provisoire fourni mardi par le gouvernement malien, 25 soldats ont été tués, 4 blessés et une soixantaine portés disparus. « Nous sommes toujours sans nouvelles de 78 hommes, précise une source militaire à Jeune Afrique. Si on ne les retrouve pas, cela va être extrêmement grave. »

Les assaillants ont également emporté des armes, du matériel militaire et des vivres avant de mettre le feu à certains équipements. L’armée malienne, appuyée par la force française Barkhane et des militaires burkinabè, a réussi à reprendre le contrôle des deux camps attaqués. Dans son communiqué, le gouvernement malien évoque également « 15 terroristes tués » et 5 de leurs véhicules neutralisés.

La piste de l’EIGS et d’Ansaroul islam

D’après une source au sein des renseignements maliens, cette double attaque a été menée conjointement par des combattants de l’État islamique au grand Sahara (EIGS) et d’Ansaroul islam, le principal groupe jihadiste burkinabè. Si cela est bien le cas, cette opération démontre une nouvelle fois que les combattants de ces organisations se jouent des frontières et de la force conjointe du G5 Sahel, censée justement sécuriser ces zones transfrontalières.

Nos gars ne se sont pas battus. Ceux qui n’ont pas été tués ont préféré sauver leur peau

Sur les deux camps attaqués, celui de Boulikessi était d’ailleurs sous le commandement de cette force régionale de plus en plus décriée pour son manque d’efficacité. Quant aux troupes qui y étaient stationnées, elles n’étaient pas n’importe lesquelles : des Bérets rouges, des commandos parachutistes, censés être l’élite de l’armée malienne. « Nos gars ne se sont pas battus. Ceux qui n’ont pas été tués ont préféré sauver leur peau », indique notre source militaire, qui ne cache pas son désarroi face à ce nouveau bain de sang.

En mai 2018, ce détachement de la force conjointe du G5 Sahel avait déjà fait la une des médias, mais pas pour ses faits d’armes. Certains de ses soldats avaient exécuté douze civils au marché au bétail de Boulkessi. Dans son enquête, la Minusma, la mission des Nations unies au Mali, avait alors conclu à des exécutions sommaires. Selon une source locale, la population vit désormais dans la crainte de représailles des militaires maliens depuis l’attaque sanglante qui a visé leur camp.

Cette double attaque, qui n’a pas encore été revendiquée, retentit enfin comme une réponse cinglante des groupes jihadistes sahéliens aux chefs d’État de la Cedeao, qui s’étaient réunis en sommet extraordinaire le 14 septembre à Ouagadougou pour renforcer leur coopération sécuritaire.

Le G5 Sahel, on en entend beaucoup parler. Mais sur le terrain, il n’y a rien

Il avait alors été largement question du G5 Sahel qui, cinq ans après sa création, peine toujours à convaincre de son utilité, en particulier dans la zone frontalière entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. « La situation est de plus en plus préoccupante, déplore un officier malien. Le G5 Sahel, on en entend beaucoup parler pendant des grands sommets dans nos capitales ou à l’étranger. Mais sur le terrain, il n’y a rien. Voilà la réalité. »

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