Politique

Maroc : le PPS claque la porte du gouvernement

Nabil Benabdallah, secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (PPS), en mai 2015.

Nabil Benabdallah, secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (PPS), en mai 2015. © Capture d'écran YouTube

À la veille du remaniement ministériel, la formation de gauche, membre de tous les gouvernements depuis plus de vingt ans, a décidé de se retirer de la majorité.

La décision a été prise « à l’unanimité ». Le bureau politique du Parti du progrès et du socialisme (PPS, gauche) a décidé de quitter le gouvernement, alors que l’horizon d’un remaniement se rapproche.

Nabil Benabdallah, le secrétaire général du parti, pointe « l’incapacité de ce gouvernement, de par son manque d’homogénéité flagrant à apporter aux Marocains les réponses politiques nécessaires aux aspirations à plus démocratie, de progrès et de justice sociale. En un mot, on ne croit plus en sa capacité à mener les réformes nécessaires », explique-t-il à Jeune Afrique.

Diffusé mardi soir après une réunion de plusieurs heures du bureau politique, le communiqué du parti (voir document ci-dessous) pour justifier la décision de retrait pointe du doigt des négociations dictées par la logique d’attribution des portefeuilles ministériels, et non par la volonté de réforme dans le cadre du futur remaniement.

Deux ministères et 12 députés

L’actuelle majorité gouvernementale, composée de six partis parfois aux antipodes politiquement – à la suite d’un long blocage, à l’issue des élections législatives d’octobre 2016 – , est très fragile. À peine formée, elle connaissait déjà des crises. Le Parti de la justice et du développement (PJD, islamiste) a peiné à s’imposer comme leader de l’exécutif face au Rassemblement national des indépendants (RNI), considéré comme plus proche du Palais et partenaire indispensable pour former un gouvernement.

Le retrait du parti ne devrait pas trop entraver l’action du gouvernement qui, même sans lui, dispose toujours de la majorité à la chambre des Représentants

À plusieurs reprises au cours de ces deux dernières années, les indices d’une crispation entre le RNI et le PPS sont apparus. Le RNI avait par exemple communiqué de manière agressive à l’endroit de Moulay Ismaïl Alaoui, ancien ministre et figure du PPS, qui avait critiqué le Plan Maroc vert déployé par Aziz Akhannouch, ministre de l’Agriculture, grand patron et président du RNI.

Après le remerciement en 2018 de la secrétaire d’État Charafat Afilal, le PPS avait conservé deux maroquins ministériels : celui de l’Aménagement du territoire, détenu par Abdelahad Fassi-Fihri, et celui de la Santé, confié à Anas Doukkali. Le retrait du parti, qui compte douze députés à la chambre basse du Parlement, ne devrait cependant pas trop entraver l’action du gouvernement qui, même sans lui, dispose toujours de la majorité.

Alliances « de circonstance » avec les islamistes

En octobre 2018, Benabdallah expliquait à Jeune Afrique : « Après 2011, il semblait clair qu’une alliance, même de circonstance, avec les islamistes, s’imposait, notamment face au Parti authenticité et modernité (PAM), qui semblait participer à la réduction de l’autonomie des partis. Tout est question de rapports de force. »

Le PPS, après avoir accepté en 2011 de participer à un gouvernement dirigé par le PJD, avait renouvelé son accord en 2016. Entre-temps, le choix de la participation a pu apparaître comme payant : en 2015, lors des élections régionales et communales, le parti de feu Ali Yata avait progressé en nombre de voix par rapport au scrutin législatif de 2011.

Le PPS a participé à tous les gouvernements depuis 1997 : les deux équipes d’Abderrahmane Youssoufi, les deux de Driss Jettou, puis celle menée par l’Istiqlal en 2007. Même après l’éclatement de la Koutla – alliance des trois vieux partis issus du mouvement national, historiquement indépendants du Palais, que sont l’Istiqlal, l’USFP et le PPS – la formation a continué à prendre part à l’action gouvernementale. Cette stratégie a cependant valu au parti de connaître quelques départs marquants, comme celui, dans les années 1990, de la militante féministe Leïla Rhiwi.

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