Politique

[Chronique] En Ouganda, haro sur les bérets rouges

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Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Damien Glez

© Damien Glez

Le gouvernement ougandais a annoncé, ce lundi, l’interdiction du port civil du béret rouge. Bobi Wine en avait fait un symbole de la résistance au président Yoweri Museveni.

La mesure est radicale : comme l’opposant le plus agaçant au régime de Yoweri Museveni a fait de son béret emblématique le panache de ralliement des frondeurs, ledit couvre-chef rouge est désormais proscrit. Suffirait-il donc de casser le thermomètre du symbole pour faire tomber la fièvre sociale ? Feu Zine El Abidine Ben Ali ne serait-il pas décédé en exil, s’il avait prohibé la culture du jasmin ?

Si cette logique avait présidé à la coercition des mouvements de protestation, les maisons burkinabè seraient bien poussiéreuses, les menus tchadiens limités à des jambons-beurre et les Hongkongais trempés jusqu’aux os. Car Blaise Compaoré aurait interdit les balais chers à l’insurrection populaire, Idriss Deby les casseroles nécessaires aux concerts du collectif contre la vie chère et Leung Chun-ying les accessoires de la « révolution des parapluies ».

Effets collatéraux ?

Et que dire des effets collatéraux ? Le régime ougandais ne deviendra-t-il pas paranoïaque, lorsque le Sud-Africain Julius Malema demandera un visa, lorsqu’un panafricain lambda collera sur sa moto l’effigie de Thomas Sankara, lorsque Paris proposera une coopération avec ses unités parachutistes aux bérets amarante ou une tournée de pantomimes en marinières et calots pourpres ?

Si la mesure d’interdiction du port du béret rouge semble épidermique, elle s’accompagne d’une justification implacable. Pour le porte-parole de l’armée, le général Richard Karemire, le couvre-chef concerné a le statut d’accessoire militaire officiel.

Bobi Wine à Kampala, en mai 2019

Bobi Wine à Kampala, en mai 2019 © Ronald Kabuubi/AP/SIPA

Que fera le gouvernement si les rues s’emplissent de bérets jaunes ou verts et de clins d’œil complices ?

C’est donc pour « définir l’identité (…) d’une armée professionnelle », « adhérer aux protocoles de la Communauté des États d’Afrique de l’Est », éviter la survenance d’actes criminels travestis que serait proscrite la possession, par des civils, d’éléments inscrits dans une liste de vêtements et accessoires militaires. À la clef du délit : une « peine de prison ne pouvant pas excéder les cinq ans ».

Dérisoire ? En 2005, le Burkina Faso avait formellement interdit aux civils le port de la tenue militaire, jusqu’à ce que Fatou Diendéré, député de la majorité et épouse du fameux général Gilbert Diendéré, ne se trémousse ostensiblement, en pantalon de treillis, à un concert télédiffusé d’Alpha Blondy.

Pour l’heure, en déplacement à l’étranger, le candidat à la présidentielle ougandaise de 2021 Bobi Wine a déclaré que cette interdiction est « une honte » et que son mouvement est « plus grand » que le symbole vestimentaire. En réprimant sévèrement le port massif du béret rouge, le gouvernement ougandais devrait surtout attirer l’attention de la communauté internationale. Et que fera-t-il si les rues s’emplissent de bérets jaunes ou verts et de clins d’œil complices ?

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