Économie

RDC : les parlementaires dénoncent un projet de budget 2020 « sans ambition »

Sylvestre Ilunga Ilunkamba, le nouveau Premier ministre de RDC, lors de sa nomination le 20 mai 2019 à Kinshasa.

Sylvestre Ilunga Ilunkamba, le nouveau Premier ministre de RDC, lors de sa nomination le 20 mai 2019 à Kinshasa. © DR / présidence RDC

Le gouvernement a approuvé le projet de loi des finances pour 2020 au cours de la réunion du Conseil des ministres du vendredi 27 septembre. Chiffré à sept milliards de dollars, ce budget ne correspond pas aux promesses du président Félix Tshisekedi, affirment de nombreux parlementaires, de la majorité comme de l’opposition.

Il n’est pas encore déposé au Parlement mais l’avant-projet de loi des finances pour l’exercice 2020, chiffré à sept milliards de dollars, soulève déjà des critiques. Malgré un projet de budget 2020 à la hausse de 14,5% par rapport à celui adopté en 2019, de nombreux députés estiment qu’il ne correspond pas aux promesses du chef de l’État. Félix Tshisekedi, lors de sa campagne, chiffrait  en effet le budget de l’État à 86 milliards de dollars sur la décennie, soit 8,6 milliards de dollars annuels.

« Un budget de la honte »

« Ce budget est sans ambition, en contradiction avec les bonnes intentions affichées par le gouvernement », accuse le député national Garry Sakata, élu sur la liste du Parti lumumbiste unifié (Palu) et membre du Front commun pour le Congo (FCC, de Joseph Kabila), parti qui détient la majorité à l’Assemblée et dont plusieurs ministres du gouvernement sont issus. « Je ne suis pas sûr que l’on puisse moderniser les infrastructures, aménager les territoires et construire des routes avec seulement sept milliards de dollars », assène encore le député.

« C’est un budget de la honte », estime pour sa part Franck Diongo, député du Mouvement lumumbiste progressiste (MLP, opposition), qui demande au Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba de « revoir sa copie ». Jacques Djoli, député du Mouvement de libération du Congo (MLC, de Jean-Pierre Bemba), ce projet de budget « manque de cohérence » et est selon lui le signe de la « continuité » entre l’ancien exécutif et le gouvernement nommé fin août.

Répondre aux attentes de la population

Dans le détail, plusieurs points font polémique. Les dépenses liées à l’éducation – une priorité affichée par le gouvernement – sont fixées à 1,7 milliard de dollars, tandis que près d’1,5 milliard de dollars sont dédiés au fonctionnement des institutions et des ministères. Enfin, il faut compter 2 milliards de dollars pour la rémunération des agents de l’État.

Les trois derniers conseils de ministres ont d’ailleurs pointé du doigt « l’impossibilité » pour le gouvernement de financer la gratuité de l’enseignement de base, malgré les promesses électorales de Félix Tshisekedi. Selon une source gouvernementale, l’exécutif s’apprêterait d’ailleurs à informer le chef de l’État, dès son retour des des États-Unis, de l’impossibilité de prendre en charge la globalité de la gratuité, qui devrait se faire « graduellement ».

Sept milliards de dollars pour 100 millions d’habitants, c’est dérisoire

Face à la polémique, le vice-premier ministre du Budget  Jean Baudoin Mayo Mambeke tient à rassurer : « Des mesures appropriées sont envisagées dans toutes les administrations financières afin d’accroître la mobilisation des recettes ».

Faible mobilisation des recettes internes

Pour l’analyste Israël Mutala, ce budget est le reflet de la richesse réelle de la RDC, mesurée par un PIB de 50 milliards de dollars. « Ce budget traduit la faible mobilisation des recettes internes et ne capte pas la richesse créée par l’économie informelle. D’où la nécessité de mettre en place des réformes et de mettre l’accent sur le secteur privé, affirme-t-il. L’accent doit être mis sur le secteur privé. Sept milliards de dollars pour 100 millions d’habitants, c’est dérisoire ».

Pour rappel, le Parlement avait voté en 2015, sous Joseph Kabila, un projet de loi des finances chiffré à neuf milliards de dollars (+ 6,9%), s’appuyant pour ce faire sur une conjoncture économique favorable. Mais fin 2016, la croissance s’est effondrée, faisant chuter le budget de l’année à moins de cinq milliards de dollars, avant une reprise économique en 2018, avec un budget évalué à 5,9 milliards de dollars pour l’année 2019.

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