Politique économique

Kristalina Georgieva, la nouvelle directrice générale du FMI au long passé africain

Kristalina Georgieva

Kristalina Georgieva © DOMINICK REUTER/AFP

Kristalina Georgieva, économiste bulgare de 66 ans, a succédé le 1er octobre à Christine Lagarde au poste de directrice générale du Fonds monétaire international (FMI). Son parcours à la Banque mondiale ou à la Commission européenne lui a donné plusieurs occasions de travailler avec le continent africain.

« Je prends mes nouvelles fonctions en étant consciente des gros défis à relever », a déclaré Kristalina Georgevia, en prenant ses fonctions de directrice générale du FMI à Washington, mardi 1er octobre : « La croissance économique mondiale continue de décevoir, les tensions commerciales persistent et le fardeau de la dette s’alourdit dans beaucoup de pays. Dans ce contexte, ma priorité immédiate sera d’aider des pays membres à minimiser le risque des crises et à être prêts à faire face au ralentissement économique », a-t-elle précisé.

Preuve que l’Afrique comptera dans son agenda, elle avait reçu la veille Félix Tshisekedi, le président de la République démocratique du Congo, dont elle a applaudi la « vision pour une RDC plus forte avec de meilleurs systèmes d’éducation et de santé pour la population ».

Kristalina Georgieva est un exemple d’ascension sociale réussie. Elle naît le 23 août 1953 à Sofia (Bulgarie) dans une famille modeste. Docteur en sciences économiques de l’Institut Karl-Marx de Sofia, elle y enseigne avant de rejoindre comme chercheuse et enseignante le Massachussetts Institute of Technologie aux Etats-Unis.

Un parcours marqué par l’Afrique et la lutte contre la pauvreté

En 1993, elle entre à la Banque mondiale comme économiste de l’environnement. Celui-ci sera le fil rouge qui l’amènera à s’occuper de l’Asie ou de la Russie. En 2007, elle devient directrice du développement durable et en 2008, elle accède à la vice-présidence de la Banque.

De 2010 à 2016, elle est nommée vice-présidente de la Commission européenne chargée du Budget et des ressources humaines. Commissaire européenne chargée de la coopération internationale de l’aide humanitaires et de la réponse aux crises, elle se porte au secours de pays en guerre comme la République centrafricaine ou le Soudan du Sud, ou vient en aide à la Corne de l’Afrique. En 2017, elle revient à la Banque mondiale comme directrice générale.

Elle est attentive aux difficultés de l’Afrique pour faire reculer la pauvreté. La Banque mondiale estime que les neuf dixièmes de la pauvreté dans le monde seront concentrés en 2030 sur le seul continent africain. Elle n’hésite pas à aborder le fardeau qu’un taux de naissances excessif fait peser sur le développement. Son idée est « de tout faire pour que les filles en Afrique aillent à l’école jusqu’au bout et que les femmes soient encouragées par la suite à prendre des responsabilités, ce qui permet de reculer l’âge des mariages », comme elle l’a déclaré au Journal du Dimanche en juillet dernier.

Le développement de l’Afrique par le numérique

Pour elle, « l’Afrique est notre avenir » notamment grâce à l’économie numérique : « Je suis à chaque fois éblouie lorsque je visite les hubs d’innovation en Afrique. Oui, la pauvreté est un défi, mais, comme le disait si bien Nelson Mandela, tout est impossible avant qu’on finisse par y arriver ».

Le FMI n’est pas la Banque mondiale

A la tête du FMI, Kristalina Georgieva devrait persévérer dans ses combats pour l’environnement et la promotion des femmes. Toutefois, le FMI n’est pas la Banque mondiale et les questions financières occuperont la plus grande partie de son agenda. Et sur le dessus de la pile, figure le dossier de la montée de la dette sous l’effet de l’engouement des gouvernements pour les marchés financiers où les taux n’ont jamais été aussi bas.

« Certes, Mme Kristalina Georgieva devra se soucier de ce phénomène », commente François Bourguignon, ancien chef économiste de la Banque mondiale et professeur à l’Ecole d’Economie de Paris. « Mais le problème qu’elle affrontera à la tête du Fonds est plus profond. L’Afrique va connaître à nouveau une période de croissance lente qui s’accompagnera d’une montée des déficits budgétaires et des comptes courants. L’aide publique au développement et les envois d’argent des émigrés ne compenseront pas suffisamment ce freinage en raison du ralentissement de la croissance mondiale. Le dilemme de Mme Georgieva sera celui que connaît le FMI face aux pays en crise : jusqu’où préconiser une discipline budgétaire qui pourrait faire caler une économie en difficulté ? »

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