Justice

Sénégal : Khalifa Sall gracié par Macky Sall, l’ancien maire de Dakar est libre

Khalifa Sall, dans le box des accusés, le 3 janvier 2018 au tribunal de Dakar.

Khalifa Sall, dans le box des accusés, le 3 janvier 2018 au tribunal de Dakar. © Clément Tardif pour jeune Afrique

Macky Sall a gracié dimanche Khalifa Sall, l'ancien maire de Dakar, qui avait été condamné à 5 ans de prison en mars 2017. Mbaye Touré et Yaya Bodian, deux de ses coaccusés, bénéficient également du décret présidentiel.

Khalifa Sall est libre. Macky Sall a accordé par décret, dimanche 29 septembre, une « remise totale des peines principales » à l’ancien maire de Dakar et à deux de ses coaccusés. Cette grâce ne concerne que la peine de prison, à l’exclusion de l’amende infligée à l’ancien édile, a précisé à Jeune Afrique une source à la présidence.

Foule électrisée

Dès l’annonce de la grâce présidentielle, les proches et les partisans de l’ancien maire de Dakar se sont précipités en masse à la prison de Rebeuss, où Khalifa Sall était détenu depuis mars 2017.

C’est installé à l’arrière d’une berline noire, tout de blanc vêtu, comme lors des audiences de son procès fleuve, que Khalifa Ababacar Sall a quitté la prison un peu avant 21 heures locales, dans la cohue et sous les applaudissements d’une foule électrisée par sa libération. Vite dispersée par les forces de l’ordre, la foule a ensuite fait route vers le domicile de l’ancien édile.

Khalifa Sall avait été condamné à cinq ans d’emprisonnement et 5 millions de francs CFA d’amende, le 30 mars 2018, pour « faux et usage de faux » et « escroquerie pourtant sur les deniers publics ». Une peine confirmée en appel le 30 août suivant. L’édile et trois autres coaccusés avaient également été condamnés à payer solidairement la somme de 1,8 milliard de francs CFA (environ 2,7 millions d’euros) à l’État du Sénégal.

« Geste d’apaisement »

« La grâce de Khalifa Sall, de même que les gestes que le président a eus envers Abdoulaye Wade lors de l’inauguration de la mosquée Massalikoul Djinane, intervient dans un cadre global de décrispation, au travers du dialogue politique« , a précisé à Jeune Afrique Abdou Latif Coulibaly, porte-parole de la présidence, évoquant la poignée de mains entre le président sénégalais et son prédécesseur, vendredi, en marge de la cérémonie d’inauguration de la nouvelle grande mosquée mouride, au cœur de Dakar.

« Macky Sall l’avait appelé de ses vœux après la proclamation des résultats de l’élection présidentielle en février dernier et a décidé de multiplier les gestes d’apaisement », ajoute Abdou Latif Coulibaly.

Que ce soit clair : Khalifa Sall n’a fait aucune demande de grâce

« Il n’y a eu aucune discussion entre nous et la présidence en amont. Que ce soit clair : Khalifa Sall n’a fait aucune demande de grâce et il n’introduira pas non plus de demande d’amnistie. Cela reviendrait à couvrir les forfaitures de Macky Sall », a toutefois tenu à préciser Babacar Thioye Ba, l’ex-directeur de cabinet de Khalifa Sall à la mairie de Dakar, joint par Jeune Afrique.

Une ligne que les partisans de l’ancien responsable socialiste – exclu de son parti en décembre 2017 – ont toujours revendiquée, affirmant qu’une telle sollicitation équivaudrait à une reconnaissance de culpabilité, alors que Khalifa Sall continue de clamer son innocence.

Khalifa Ababacar Sall – révoqué successivement de ses mandats de maire de Dakar et de député – avait été reconnu coupable de « faux et usage de faux » et « escroquerie pourtant sur les deniers publics » dans le cadre de l’affaire dite de la « caisse d’avance » de la mairie de la capitale sénégalaise, au terme d’une longue bataille judiciaire.

Le décret portant remise de peine, daté de ce dimanche 29 septembre, concerne également Mbaye Touré, directeur administratif et financier de la ville de Dakar et principal coaccusé de Khalifa Sall, et Yaya Bodian, comptable de la mairie, qui avaient tous deux été condamnés à cinq ans d’emprisonnement et à une amende de 5 millions de francs CFA. Les deux hommes ont, eux aussi, été remis en liberté dès dimanche soir.

Le décret précise que c’est le ministre de la Justice – Malick Sall – qui est chargé de mettre en œuvre cette décision présidentielle, qui sera publiée au Journal Officiel.

Les premières réactions politiques n’ont pas tardé, après l’annonce de cette grâce présidentielle. « J’éprouve une joie immense à l’annonce de la libération de mon frère Khalifa Sall. Je me réjouis de savoir qu’il retrouvera incessamment l’affection des siens, dont il n’aurait jamais dû être éloigné », a notamment écrit Ousmane Sonko sur son compte Twitter.

L’ancien candidat malheureux à la présidentielle ajoute : « Je salue sa dignité et souhaite son rétablissement plein dans ses droits civiques. »

Cette libération renforce « l’apaisement de l’environnement politique et du climat social » sénégalais, a renchérit Madické Niang, lui aussi candidat à l’élection présidentielle.

Du côté de la majorité, l’Alliance pour la république (APR, parti présidentiel) se félicite également de cette décision, qui, dans la lignée du dialogue national initié en mai dernier, « s’inscrit dans la volonté du président de la République de décrispation et de consolidation de la paix sociale ».

La libération de Khalifa Sall a également fait réagir en dehors du Sénégal : la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo, s’est dit « comblée » par la nouvelle, allant dans le sens « de l’apaisement » et de « la réconciliation nationale ».

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