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Cet article est issu du dossier «France-Afrique : quel héritage pour Jacques Chirac ?»

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Diplomatie

Jacques Chirac et le monde arabo-musulman en cinq clichés historiques

Le président français Jacques Chirac et son homologue Abdelaziz Bouteflika, en mars 2003 à Alger.

Le président français Jacques Chirac et son homologue Abdelaziz Bouteflika, en mars 2003 à Alger. © PATRICK KOVARIK/AP/SIPA

L'ex-président français a entretenu des rapports ténus avec les leaders maghrébins et arabes. Du Maroc au Liban, il s'est mis en scène de façon à apparaître comme un ami des peuples arabes, tout en cultivant des relations personnelles et parfois intéressées avec certains dirigeants.

Dans les années 1970, comme Premier ministre puis comme maire de Paris, Jacques Chirac s’est tissé un solide réseau au Maghreb et au Moyen-Orient. Après avoir pris conseil auprès des pères – Hafez al-Assad, Hassan II – , il glisse des conseils aux fils – Bachar al-Assad, Mohammed VI.

Pendant sa présidence, il rencontre des dirigeants parfois mal vus en Occident, passe ses vacances au Maroc, fait du Liban un dossier prioritaire, et prend souvent l’initiative sur des dossiers chauds. Ses voyages réguliers sur la rive sud de la Méditerranée sont les outils d’une diplomatie basée sur une réelle proximité humaine et qui se veut « pragmatique », quitte à satisfaire des dictateurs comme Hafez al-Assad.

• Avec Hassan II, quelques jours avant la mort de celui-ci

Le roi Hassan II aux côtés du président Chirac, à Paris pour le défilé du 14 juillet 1999.

Le roi Hassan II aux côtés du président Chirac, à Paris pour le défilé du 14 juillet 1999. © Reuters

La photo est mythique. Ce 14 juillet 1999, le roi du Maroc Hassan II assiste au défilé militaire à Paris, aux côtés du président français. Le monarque s’éteindra moins de dix jours plus tard – derrière le cortège funéraire du roi à Rabat, Chirac sera alors au premier rang.

Entre les deux hommes, qui se sont rencontrés dans les années 1970, plus qu’une amitié, un compagnonnage. 1995, 2002 : Chirac réserve au Maroc la première visite à l’étranger de chacun de ses mandats. Les rumeurs les plus folles courent sur les différents soutiens que les deux personnalités se seraient accordées politiquement. Quoi qu’il en soit, leurs liens ont marqué les relations franco-marocaines et celles entre la droite française et le palais.

Je dois à Hassan II une sorte d’initiation aux complexités et aux valeurs du monde arabe et musulman

L’ancien président n’a jamais caché qu’il considérait Hassan II comme une source de savoir et d’inspiration. L’auteur Ignace Dalle rapporte ces paroles de Chirac : « Je dois à Hassan II une sorte d’initiation aux complexités et aux valeurs du monde arabe et musulman. Je lui dois des analyses visionnaires sur les drames mais aussi sur les chances de la paix au Proche-Orient. »

L’ancien président et sa compagne Bernadette Chirac avaient également leurs habitudes à Agadir et à Taroudant, où ils résidaient jusqu’à plusieurs vacances par an à l’hôtel de la Gazelle d’Or.

• Dans les rues de Jérusalem, en anglais dans le texte

« Do you want me to go back to my plane and go back to France ? » La phrase, à prononcer avec un accent français à couper au couteau, est sans doute l’une des sorties les plus célèbres de Jacques Chirac.

En 1996, le président effectue une tournée moyen-orientale : Syrie, Jordanie, Liban… Alors qu’il visite la vieille ville de Jérusalem, aux portes de l’église Sainte-Anne, un des « domaines nationaux français en Terre sainte », Chirac s’emporte contre la soldatesque israélienne omniprésente, qui compresse et bouscule une foule palestinienne visiblement acquise au président français. Devant le courroux du visiteur tricolore, le responsable de la sécurité israélienne n’à plus qu’à calmer ses hommes…

Quatre ans plus tard, les Palestiniens réservent un tout autre accueil à Lionel Jospin, Premier ministre de gauche de Chirac – la France est alors en période de « cohabitation ». Ce dernier, après avoir critiqué le Hezbollah libanais, n’aura d’autre solution que de fuir sous les mallettes en kevlar en direction d’une voiture blindée et sous une pluie de cailloux lancés par des étudiants palestiniens.

• Avec Saddam Hussein à Bagdad

Jacques Chirac, alors Premier ministre, et l'Irakien Saddam Hussein, en décembre 1974 à Bagdad.

Jacques Chirac, alors Premier ministre, et l'Irakien Saddam Hussein, en décembre 1974 à Bagdad. © AP/SIPA

En 2003, Paris dit « non » à l’aventure guerrière américaine en Irak. Jacques Chirac est alors président. Il connaît bien le pays que les néoconservateurs comptent envahir. En 1974, alors Premier ministre, il s’était rendu à Bagdad, accueilli comme un ami par Saddam Hussein. Le gaulliste transformé en vendeur du savoir-faire industriel français apprécie le baasiste, tout à la fois affairiste et prétendument laïc.

Le président français devra parfois faire face à certaines accusations : il serait celui qui a ‘presque fourni l’arme nucléaire’ à Bagdad

En 1975, c’est au tour du dirigeant irakien de se rendre en France. De ces deux rencontres naît un réacteur nucléaire irakien expérimental, construit par la France avant d’être finalement détruit par Washington. Le Français devra parfois faire face à certaines accusations : il serait celui qui a « presque fourni l’arme nucléaire » à Bagdad.

Le président entretiendra aussi une relation particulière avec les Assad, père et fils. Il est ainsi le seul chef d’État occidental à assister aux funérailles de Hafez al-Assad, et prend sous son aile son fils Bachar, comme il s’est rapproché de Mohammed VI après le décès de Hassan II.

• Triomphal dans les rues d’Alger

Le président français Jacques Chirac défilant dans les rues d'Alger aux côtés de son homologue Abdelaziz Bouteflika, en mars 2003.

Le président français Jacques Chirac défilant dans les rues d'Alger aux côtés de son homologue Abdelaziz Bouteflika, en mars 2003. © JACKY NAEGELEN/AP/SIPA/AP/SIPA

Les Algérois lui avaient préparé un accueil dont eux seuls ont le secret. Accompagné de son épouse et de la star du raï Cheb Mami, Chirac déambule dans les grandes artères de la capitale aux côtés de son homologue algérien « à bord d’une vieille Mercedes décapotable, capitonnée de cuir rouge », comme l’écrivait à l’époque Jeune Afrique. Le chef de l’ex-puissance coloniale est salué par une foule estimée à un million et demi de personnes – selon les autorités algériennes, les Français en dénombrant 500 000.

Les chiffres ne suffisent pas à décrire l’ambiance totalement délirante. Portraits de Yasser Arafat, orchestres, cavaliers, « danses aux rythmes des t’bal et des mezoued, déluge de confettis »… Sur le Boulevard Amirouche, les deux chefs d’État descendent de voiture. Le Français, connu pour son savoir-faire en matière de bains de foule, ose s’avancer vers elle après avoir percé le cordon de sécurité, forcément imposant.

La visite est un triomphe en matière de communication politique, mais les sujets importants – politique en matière de visas et reconnaissance des crimes coloniaux – ne sont pas abordés. Deux ans plus tard, l’adoption d’une loi en France soulignant le « rôle positif » de la colonisation ternit franchement les relations entre Alger et Paris.

De façon plus générale, les liens entre Abdelaziz Bouteflika et son « ami » Chirac, comme disait le premier, pouvaient virer à l’ombrageux, comme lorsque l’Algérien avait comparé les harkis aux « collabos » de la période de l’occupation de la France par l’Allemagne.

• Avec son ami Rafic Hariri

Le président français Jacques Chirac (à gauche) et son homologue libanais Rafik Hariri, en octobre 2002 lors du 9e Sommet de la Francophonie à Beyrouth.

Le président français Jacques Chirac (à gauche) et son homologue libanais Rafik Hariri, en octobre 2002 lors du 9e Sommet de la Francophonie à Beyrouth. © HUSSEIN MALLA/AP/SIPA/AP/SIPA

En 2007, Chirac est désormais « ex-président ». Avec son épouse, ils emménagent à titre « très provisoire » dans un appartement parisien avec vue sur le musée du Louvre. Une propriété de la famille libanaise Hariri, dans laquelle ils resteront plusieurs années.

Jacques Chirac a rencontré dans les années 1970 Rafic Hariri. Le premier est alors maire de la capitale française, le second homme d’affaires. L’amitié qui liait les deux hommes n’était un secret pour personne. Elle a même intéressé un temps les enquêteurs français, qui soupçonnaient le Libanais de participer au financement illicite du RPR – le parti de droite fondé par Chirac.

La disparition de son ami – derrière laquelle il percevait la main de Damas – pousse Chirac à rompre avec la Syrie et à isoler cette dernière diplomatiquement

Devenu président, Jacques Chirac fait du Liban un dossier prioritaire à l’Élysée. Il y voyage officiellement en 1996 et en 1998. Surtout, en 2001 et en 2002, il pousse la communauté internationale à voler au secours de Beyrouth, alors au bord de la faillite, lors des fameuses « conférences de Paris », au cours desquelles des milliards de dollars sont levés.

L’assassinat du Premier ministre libanais, le 14 février 2005, en plein exercice de ses fonctions – derrière lequel il percevait la main de Damas – pousse Chirac à rompre avec la Syrie et à isoler cette dernière diplomatiquement. Rien d’étonnant donc que l’actuel Premier ministre libanais, Saad Hariri, fils de Rafic, a réagi au décès de l’ancien président en le décrivant comme l’un des « plus grands hommes » de France.

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