Société

La Guinée pleure El Hadj Saïkou Yaya Barry, patriarche de la communauté peule

El Hadj Saïkou Yaya Barry, président de la Coordination des Fulbhès et Haali Pular, est décédé le 17 septembre à l’âge de 94 ans.

El Hadj Saïkou Yaya Barry, président de la Coordination des Fulbhès et Haali Pular, est décédé le 17 septembre à l’âge de 94 ans. © DR

Avec la disparition d’El Hadj Saïkou Yaya Barry, c’est l'une des principales figures de la communauté peule que la Guinée a perdu. Décédé le 17 septembre à l’âge de 94 ans, il était une autorité morale incontournable et un chantre infatigable de la concorde nationale.

« Baobab », « bibliothèque », « patriarche », « autorité morale ». Depuis l’annonce de son décès, El Hadj Saïkou Yaya Barry fait l’objet de multiples hommages en Guinée. Et pour cause. Ce compagnon de l’Indépendance était aussi « un garant de la paix, un combattant de l’ombre pour l’unité de la Guinée », selon le linguiste Mamadi Sayon Camara. Depuis 1995, il présidait en effet la Coordination des Fulbhès et Haali Pular de Guinée, et « le pulaar compte des locuteurs dans toutes les ethnies », insiste le linguiste.

Transversalité assumée

« Il fût considéré comme un leader bien au-delà des seuls Peuls et de la région du Fouta Djalon. Que l’on soit en Guinée ou expatrié, Peul ou foulaphone, la Coordination Haali Pular est centrale », souligne en écho Mamadou Aguibou Sow, auteur de plusieurs œuvres en pulaar, également membre de l’Association guinéenne pour la promotion de l’écriture et de la lecture en langue nationale pulaar (Aguipelln).

Cette transversalité assumée, cette volonté de faire de la langue peule un véhicule de cohésion, El Hadj Saïkou Yaya Barry en avait fait l’un de ses leitmotiv à la tête de la Coordination qu’il présidait. Dans sa vie privée, également.

Originaire de Dabola, une préfecture cosmopolite du centre de Guinée, Saïkou Yaya Barry était le père d’une grande famille de seize enfants, issus de mariages mixtes. Il a servi à de nombreux postes administratifs sous Sékou Touré, notamment au poste de directeur de cabinet du gouvernorat de Boké, avant d’entrer au cabinet des ministres de l’Énergie, puis du Développement rural de Kindia dans les années 1970.

Rôle de médiateur

Et s’il était officiellement en retraite depuis 1985, il aura cependant continué d’intervenir sur la scène politique guinéenne. Il avait notamment joué à l’apaisement quand, en mai 2011, Facinet Touré – alors médiateur de la République – avait créé la polémique en appelant « ses oncles peuls à se contenter du pouvoir économique », et laisser la politique aux autres… « Facinet Touré est venu chez le patriarche pour présenter ses excuses. Et Saïkou Yaya Barry lui avait répondu : « notre enfant, tu es venu ici chez toi. Nous te recevons à bras ouverts », rapporte Mamadou Aguibou Sow.

En 2014, il avait ainsi joué les médiateurs entre les opposants Amadou Oury Bah et Cellou Dalein Diallo, qu’il avait réuni à Dakar pour tenter de résoudre la bataille de leadership que les deux hommes se livraient alors au sein de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG). En vain, cependant.

Amadou Oury Bah – qui a depuis coupé les ponts avec l’UFDG – accuse aujourd’hui « certains d’avoir instrumentalisé Coordination Haali Pular » à cette occasion. Mais, si les relations ont été un temps tendues avec l’organisation, l’opposant salue la mémoire du patriarche. « Il a supervisé ma réconciliation avec la Coordination alors qu’il était alité. Je n’aurai pas supporté qu’il parte sans que l’on ait eu la possibilité de se serrer la main, de vider les contentieux que nous pouvions avoir », assure-t-il.

Il était très heureux de voir que le pulaar était en train de faire du chemin dans la sous-région

Saïkou Barry haussait également régulièrement le ton pour dénoncer la répression de manifestations ou pointer des violations des droits humains. Il se tenait aussi au courant des dernières avancées technologiques. « Quand je lui ai expliqué que Facebook existait désormais en pulaar, il m’a demandé d’en faire un exposé au siège de la Coordination. Il était très heureux de voir que le pulaar était en train de faire du chemin dans la sous-région, que les Peuls de Guinée allaient vers une harmonisation de la langue avec ceux du Cameroun, du Nigeria, du Sénégal. Il était très fier d’échanger avec des haali pular [foulaphones] d’ailleurs ».

Signe du symbole que représentait le patriarche, à l’annonce de sa mort, les personnalités politiques de tous bords se sont pressées à la maison mortuaire, à Hafia, dans la banlieue de Conakry, au premiers desquelles le Premier ministre Kassory Fofana. El Hadj Sékhouna Soumah, patriarche de la Basse Guinée, a à cette occasion adressé un message : « les Peuls et les Soussous sont des frères qui ne peuvent pas être divisés. Nous devons rester unis et regarder dans la même direction. »

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