Défense

Côte d’Ivoire : montée de fièvre chez les Forces spéciales

Des membres des Forces spéciales ivoiriennes.

Des membres des Forces spéciales ivoiriennes. © CC/Wikimedia commons

Deux échauffourées impliquant les Forces spéciales de l'armée ivoirienne ont récemment défrayé la chronique, illustrant la difficulté à réformer la grande muette.

Les Forces spéciales des Forces armées de Côte d’Ivoire (FS-FACI) ont fait parler d’elles le 20 septembre dernier à Abidjan, en s’attaquant aux policiers pour exiger la libération d’un des leurs raflé la veille, sans s’en référer à leur hiérarchie. La dizaine d’éléments qui avaient organisé l’expédition sur la préfecture ont été neutralisés et désarmés par les policiers, qui n’ont pas hésité à partager leur exploit sur les réseaux sociaux.

Le communiqué conjoint des hiérarchies policière et militaire n’a pas suffi à calmer les esprits. Pour laver l’affront, les Forces spéciales ont fait, le lendemain, une descente au lycée classique de Cocody, dans le centre d’Abidjan, pour empêcher le déroulement d’un concours d’entrée à l’école.

« Attitude déplorable »

Ces deux épisodes sont symptomatiques de la récurrence des problèmes de discipline au sein de l’armée, dont la réforme est en chantier depuis l’accession au pouvoir du chef de l’État Alassane Ouattara, en 2011. « L’attitude des Forces spéciales est déplorable. C’est une situation qui dépasse l’entendement, surtout que cette unité était considérée comme la crème de l’armée », confie à Jeune Afrique un membre du gouvernement, sous couvert d’anonymat.

Les FS ont été créées en 2011 pour parer aux périls comme le terrorisme, et surtout stabiliser le pays. Lors des mutineries de fin 2016 et début 2017, ce corps d’élite était en première ligne pour ramener le calme, mais sans possibilité d’intervenir car la présidence voulait privilégier la négociation.

Réforme en panne

Le comportement des soldats est symptomatique des balbutiements dans la mise en œuvre de la loi de programmation militaire, qui vise à bâtir une nouvelle armée aux standards internationaux, notamment avec des équipements de pointe. L’une des réussites de cette loi est le processus de départ volontaire à la retraite, y compris au sein des FS-FACI, qui ne disposent toujours pas d’une base digne de ce nom.

Les Forces spéciales squattent la caserne des commandos marins à Adiaké, et leur QG à Abidjan ressemble plus à un bureau qu’à une base opérationnelle

« Les Forces spéciales squattent la caserne des commandos marins à Adiaké, et leur quartier général à Abidjan ressemble plus à un bureau qu’à une base opérationnelle », dénonce un officier. L’École régionale de lutte contre le terrorisme, en construction à Jacqueville, à l’ouest d’Abidjan, sera le nouvel antre des Forces spéciales. Le reste du contingent est quant à lui déployé dans le nord du pays dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

Cette unité a enregistré une saignée lors de départs volontaires à la retraite, qui ont contraint le gouvernement à engager un vaste mouvement de recrutement. Sous l’impulsion de ce dernier, l’effectif est passé de quelque 700 à plus d’un millier d’hommes. Le général de division Lacina Doumbia, actuel chef d’état-major des armées et ex-commandant des FS, avait réussi à bâtir une véritable troupe d’élite rompue aux armes. Depuis fin décembre, c’est son ex-bras droit, le colonel Toussaint Tibet Bi, qui en a pris la direction.

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