Politique

Burkina Faso : entre sanctions de cadres et démissions, le CDP en ordre dispersé

Congrès extraordinaire du CDP à la maison du Peuple de Ouagadougou, le 22 septembre 2019.

Congrès extraordinaire du CDP à la maison du Peuple de Ouagadougou, le 22 septembre 2019. © Facebook CDP

Le parti de l’ancien président Blaise Compaoré, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), traverse une crise interne, illustrée par les sanctions prises à l’encontre de plusieurs cadres soutenant la candidature à la présidentielle de Kadré Désiré Ouédraogo, dont la démission du parti a été officialisée le 23 septembre.

La nouvelle a été accueillie comme une grande victoire au siège du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP). Le 21 septembre, le parti de l’ancien président Blaise Compaoré a été autorisé par la justice à organiser un congrès extraordinaire. Assigné en justice par un groupe de frondeurs qui demandait sa suspension, le parti a finalement obtenu gain de cause.

Dès le lendemain, devant des militants à Ouagadougou, Eddie Komboïgo, président du CDP, déclarait : « Si nous pouvons nous réunir ici ce matin, c’est parce que la vérité a triomphé hier au Palais de justice. Refusant tout dialogue, les frondeurs ont multiplié des sorties médiatiques dans le but de ternir notre image et de porter atteinte à la cohésion de notre parti. Ce qu’ils veulent en réalité, c’est la liquidation pure et simple du parti. »

Bras de fer

Derrière ces bisbilles internes, se cache un bras de fer entre deux camps pour l’investiture de leur candidat à la tête du parti. Depuis plusieurs mois, les partisans de Kadré Désiré Ouédraogo et ceux d’Eddie Komboïgo s’affrontent dans une guerre fratricide pour l’investiture à la présidentielle. Ancien Premier ministre et ancien président de la Cedeao, Kadré Désiré Ouédraogo avait déclaré sa candidature en février 2019, avant les primaires du CDP.

Ce sont surtout ses partisans qui avaient saisi la justice pour empêcher l’organisation de ce congrès. Pour cause, cette rencontre avait pour objectif de réformer certains articles des statuts et règlements intérieurs de la formation. La première modification, qui opposait les deux camps, était la suppression de la disposition des statuts du parti qui instaure la limitation des membres du bureau politique national à 600 personnes.

Il fallait donc adapter nos textes aux réalités

« Cette disposition a engendré beaucoup de difficultés », explique Achille Tapsoba, premier vice-président du CDP. « Sont membres du bureau politique national tous les anciens ministres, députés, maires, etc., les membres statutaires, en plus des nouveaux, ce qui nous amenait à plus de 1000 personnes. Il fallait donc adapter nos textes aux réalités. » Mais les opposants à cette réforme estiment que ce nombre élevé constitue un réservoir de voix pour Eddie Komboïgo en cas de primaires.

Exclusions et démissions

Pour l’analyste politique Siaka Coulibaly, ces difficultés surviennent car « le CDP était un parti-État ». En effet, le parti de Blaise Compaoré « expérimente, maintenant qu’il n’est plus au pouvoir, les dispositions de désignation d’un candidat ».

Mais entre les deux camps, le divorce est désormais consommé. Kadré Désiré Ouédraogo qui a lancé a lancé le Mouvement Agir ensemble début septembre, a annoncé sa démission du CDP dans un courrier adressé au président du parti le 23 septembre.

La veille, lors du congrès extraordinaire du parti, 27 cadres et militants du parti ont été suspendus pour 12 mois ou exclus. Parmi eux, l’ancien maire de Bobo Dioulasso Salia Sanou, le député Rasmané Daniel Ouédraogo et l’ancien deuxième vice-président du parti, Léonce Koné. Tous avaient soutenu la candidature de Kadré Désiré Ouédraogo. Suspendu pour une durée de 12 mois, l’ancien ministre de la Justice Boureima Badini a également déposé sa démission le 23 septembre.

Sanctionner pour sauver le CDP

« Cette décision d’exclure certaines personnes prouve qu’il y a eu une sorte de consensus autour d’Eddie Komboïgo », ajoute Siaka Coulibaly. « Tout départ du bureau est une perte, car nous perdons des cadres. Mais quand ceux-ci deviennent des facteurs de déstabilisation du parti, mieux vaut se débarrasser d’eux que de bloquer toutes les activités », explique pour sa part Achille Tapsoba.

Le premier vice-président du CDP se veut rassurant quant aux conséquences de ces départs : « Sur le terrain, l’impact ne sera pas grand. Dans leurs fiefs électoraux, ces personnalités n’ont plus de grande capacité de mobilisation ».

Ces décisions d’exclure et de suspendre plusieurs membres ont été prises plusieurs mois avant les législatives de 2020, donnant ainsi au parti une certaine latitude pour préparer des candidats dans les zones d’influence des cadres sanctionnés.

Comment résoudre la crise ?

De leur côté, les partisans de l’ancien président de la Cedeao continuent de mener leurs activités et se disent « fidèles à Blaise Compaoré ». Le 20 septembre, ils ont procédé à une activité de reboisement du champ de l’ancien président à Ziniaré, à quelques kilomètres de Ouagadougou.

« En arriver à des exclusions au lieu de tenter de discuter démontre qu’il y a un sérieux problème de leadership dans le parti », confie l’une des personnalités sanctionnées. « Nous allons nous concerter pour décider de la marche à suivre dans les jours à venir », a-t-il ajouté.

Pour Siaka Coulibaly, la solution à la crise que traverse le CDP pourrait venir d’une médiation extérieure. « Le CDP étant désormais membre de l’opposition, le CFOP (chef de file de l’opposition) pourrait se saisir du dossier et mettre les différents protagonistes autour d’une même table. L’autre possibilité pourrait être une intervention de Blaise Compaoré. »

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