Arts

Lafalaise Dion, orfèvre ivoirienne des cauris

La journaliste et créatrice ivoirienne Lafalaise Dion

La journaliste et créatrice ivoirienne Lafalaise Dion © Joel Williams

À 27 ans, l’Ivoirienne Lafalaise Dion est la créatrice de pièces réalisées à partir de cauris qui, depuis peu, lui valent un rayonnement à l’international... et en inspirent plus d’un.

Dans son dernier clip, « Spirit », la superstar Beyoncé arbore un masque en cauris au design plutôt recherché. Cette création, qui porte le nom de « Lagbaja » – du nom du chanteur et musicien nigérian lui-même masqué -, est signée Lafalaise Dion, créatrice ivoirienne basée à Abidjan.

« Cette pièce m’avait initialement été demandée par Solange, la sœur de Beyoncé. Mais c’est finalement cette dernière qui l’a portée. Je n’en revenais absolument pas quand j’ai découvert le clip », se réjouit encore la jeune femme native de Bondoukou, dans le nord-est de la Côte d’Ivoire.

C’est en 2018 que Lafalaise Dion crée sa toute première pièce en cauris, qu’elle porte pour se rendre au Chale Wote Street Art Festival d’Accra, au Ghana. « Je suis fascinée par les cauris depuis mon plus jeune âge. Ils font intégralement partie de ma culture », explique cette sylphide au crâne presque rasé et teint en blond.

Après avoir effectué ses études primaires et secondaires à Divo, Lafalaise Dion a étudié la communication et les ressources humaines dans une école spécialisée d’Abidjan pendant deux ans. Diplômée en 2016, elle est aujourd’hui journaliste et community manager au sein de la rédaction d’Elle Côte d’Ivoire. Une journaliste également créatrice et styliste.

Portée spirituelle, mystique et culturelle

 

D’ethnie Dan (aussi appelée Yacouba), Lafalaise Dion évoque les danseuses de temate (danse traditionnelle wobé) dont les coiffes sont serties de cauris qu’elle a pu voir lorsqu’elle était jeune. « À l’époque, je n’osais pas porter de cauris à cause de tous les préjugés qui les entouraient. On parlait d’objets démoniaques, qui établissaient des liens entre les hommes et les esprits et qui portaient malheur. »

Et pourtant, la fascination ne faiblit pas. Lafalaise Dion se plonge dans les livres, bien décidée à s’auto-éduquer en matière de spiritualité africaine, où les cauris figurent en bonne place.

Les cauris ont été de véritables objets de divination

« J’ai découvert comment ils étaient utilisés par nos ancêtres, leur portée spirituelle, mystique, esthétique et culturelle. Ils ornaient les pièces des vêtements des danseurs, des guerriers mais aussi des familles les plus riches. Plus tu en portais, et plus tu témoignais de ta richesse matérielle. Ils ont été de véritables objets de divination et ont aussi été utilisés comme monnaie. »

Entre la mode et l’art

La designer dit se situer entre la mode et l’art, mais considère également ses créations comme de véritables objets culturels. « Je crée des pièces uniques et artistiques que j’adapte selon les looks et les tendances. »

Coiffes, masques, robes, tops, pièces de tête… : les prix varient de 80 à 300 euros. Son travail est disponible à la vente sur la plateforme d’e-commerce Afrikrea, mais aussi chez WËR VENICE, un concept-store basé à Los Angeles.

Aujourd’hui, Lafalaise Dion a réalisé plus de 250 pièces. Tant et si bien qu’elle a vite fait d’aller déposer son nom, devenu une marque, auprès de l’OAPI (Organisation africaine de la propriété intellectuelle).

Plagiat ?

Pourtant, les créations de Lafalaise Dion sont devenues de véritables sources d’inspiration… voire de plagiat. Il y un an, une jeune étudiante de l’Institut Marangoni, école de mode, d’art et design à Paris, a plagié ses créations avant de s’en excuser.

Aussi, une récente photo de la chanteuse nigériane Tiwa Savage prise par le photographe sud-africain Trevor Stuurman, sur laquelle la chanteuse nigériane pose, solennelle et affublée d’une pièce de tête en cauris, a très vite été attribuée par les internautes à la créatrice ivoirienne.

Or, la pièce est le fruit de la collaboration entre le styliste et photographe nigérian Daniel Obasi et de Lauretta Yemoja – chanteuse-rappeuse à la tête d’une marque de beauté -, si l’on en croit la légende du même cliché publié sur le compte d’Obasi.

L’Afrique est définitivement à la mode

Plagiat ? La question est légitime quand on sait que Tiwa Savage a sollicité Lafalaise Dion pour une création pour le moins semblable. « Elle a vu ma pièce au cours du Festival Afropunk Paris sur la tête de l’une de mes muses. Peu de temps après, j’ai reçu un message de la styliste Ade Samuel qui me demandait de lui faire parvenir plusieurs modèles à Londres pour les besoins d’un tournage vidéo avec Tiwa Savage », se rappelle la créatrice ivoirienne.

Finalement, le projet sera avorté quelques mois plus tard. Alors quand Lafalaise Dion découvre le cliché de Tiwa Savage avec une coiffe fortement similaire à la sienne sur Instagram, elle est « choquée ».

Tiwa Savage et la muse de Lafalaise Dion lors de l'édition 2019 du Festival Afropunk Paris © Capture Story Instagram/Lafalaise Dion

Lafalaise Dion affirme même qu’en 2018, Daniel Obasi l’a sollicitée pour photographier et lui acheter ses pièces. Toutefois, ce n’est pas la première fois que Daniel Obasi utilise des cauris dans son travail. De plus, la coiffe de tête utilisée pour le cliché de Tiwa Savage est beaucoup plus longue que celle de Lafalaise Dion, allant jusqu’à toucher le sol. Alors, que conclure?

« Similitudes dans les processus créatifs »

Pour Paola Audrey Ndengue, fondatrice de Panelle, agence de conseil en industries créatives africaines, « de manière globale, nous sommes quasiment exposés aux mêmes références. Cela crée donc des similitudes dans les processus créatifs. Je ne pense pas que si plagiat il y a, ce soit systématiquement conscient. Des personnes ont été prises en flagrant délit de plagiat, mais ça ne les a pas arrêtées ni même terni leur image car, au final, le public-consommateur fait peu de cas de ce genre d’affaires après qu’il y ait eu tempête sur les réseaux sociaux. »

Les cauris remis au goût du jour

En attendant, Lafalaise Dion peut se targuer d’être reconnue comme celle ayant remis les cauris au goût du jour. Ils sont partout. « L’Afrique est définitivement à la mode et comme les tendances se créent sur les réseaux sociaux, c’est l’inondation. Sans compter que comme Beyoncé s’y est mis, le phénomène va s’étendre au monde entier », analyse la jeune femme, qui rappelle que les cauris n’appartiennent à personne.

« Il y a un effet de mode certain mais aussi une acceptation de plus en plus marquée de nos héritages culturels africains chez nous, les créatifs, ajoute Lafalaise Dion, qui se procure les coquillages sur les marchés d’Abidjan et travaille avec une équipe pour des créations qui nécessitent un à trois jours de fabrication, et parfois bien plus.

Elle argue que son travail raconte une histoire, lui permet de témoigner de son héritage et, surtout, de le partager. De fait, ses clients sont, à 80%, des Africains-Américains en quête de compréhension des cultures et spiritualités africaines.

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