Agroalimentaire

Bananes : « l’Appel d’Abidjan » pour sauver les exportations africaines vers l’Europe

Plantation de bananes en Côte d'Ivoire (photo d'illustration).

Plantation de bananes en Côte d'Ivoire (photo d'illustration). © Olivier pour JA

Face à la concurrence latino-américaine, les pays africains producteurs de bananes ont appelé, depuis la capitale économique ivoirienne, à la mise en place d'un nouveau mécanisme de régulation pour compenser la fin de l'aide de l'Union européenne à la filière - prévue pour le 31 décembre 2019.

Les perspectives s’annoncent délicates : les exportations africaines de bananes vers l’Europe reculent face à celles de l’Amérique latine (qui fournit 70 % des importations européennes de bananes), et face à l’appui européen dont elles bénéficient depuis 1993 mais qui doit prendre fin le 31 décembre 2019.

C’est pourquoi les producteurs africains de bananes, réunis à Abidjan vendredi 20 septembre par l’Association panafricaine de producteurs et d’exportateurs de fruits Afruibana, ont appelé l’Union européenne à ne plus réduire les droits de douane sur les importations en provenance d’Amérique latine.

Ces représentants de l’industrie bananière du Cameroun, de la Côte d’Ivoire et du Ghana ont ainsi publié un texte intitulé « l’Appel d’Abidjan ». Ce dernier propose à l’Union européenne « la mise en place d’un système de régulation du marché européen de la banane, en accord avec l’ensemble des trois parties prenantes (UE, Amérique latine, ACP – Afrique, Caraïbes, Pacifique) pour permettre à toutes les origines d’exister et de se développer, sans tomber dans une guerre des prix qui serait tout aussi néfaste pour le consommateur que pour le producteur européen, ACP ou latino-américain ».

Éviter une nouvelle « guerre de la banane »

Ce nouveau programme d’accompagnement vise à éviter le scénario de la « guerre de la banane » qui remonte à 1993, lorsque l’Union européenne avait décidé d’accorder un régime douanier préférentiel aux pays de la zone ACP, pour la plupart d’anciennes colonies européennes. Après cette décision, les pays d’Amérique latine avaient porté l’affaire devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC), jugeant ces préférences douanières illégales.

Les deux parties avaient finalement conclu un accord en 2009, planifiant la diminution progressive des droits de douane sur les bananes produites en Amérique latine. En plus de 200 millions d’euros versés en compensation aux producteurs africains, l’UE avait alors accordé un programme d’aide aux pays ACP sur la période 2013-2019, visant à améliorer la compétitivité, les conditions environnementales de production ainsi que la qualité de vie des travailleurs, et à développer le marché régional de la banane.

La fin de ce programme explique donc l’Appel d’Abidjan. La veille, Jobst von Kirchmann, ambassadeur de l’UE en Côte d’Ivoire, avait pourtant alerté sur la non-reconduction de l’appui européen après 2019. « Le mécanisme de stabilisation ne sera applicable que jusqu’au 31 décembre 2019, et sa prolongation au-delà de 2019 n’est pas possible car la non-continuation fait partie des accords de libre-échange entre l’Union européenne et les pays d’Amérique Latine », a rappelé le représentant européen.

« Le comportement des consommateurs dans l’Union européenne a changé, a-t-il ajouté. L’accent est mis aujourd’hui sur les aspects sociaux, l’environnement et la santé. Ce changement de comportement s’est traduit par une pression sur les institutions européennes, à laquelle ces dernières ne peuvent se soustraire. »

Exportations africaines en baisse de 9 %

Du côté des producteurs africains, on s’inquiète de « l’affaiblissement constant, ces dernières années, de leur accès au marché européen », a ainsi déclaré à l’agence Reuters Gervais Kacou, porte-parole d’Afruibana. En Afrique, la filière de la banane représente 60 000 emplois directs. Son principal débouché commercial est l’Union européenne, qui absorbe 90 % de la production africaine, mais cette part tend à décroître.

Les exportations vers l’Europe de bananes du Cameroun, de la Côte d’Ivoire et du Ghana sont tombées – en combiné – à 600 000 tonnes en 2018, contre 660 000 tonnes en 2017. Reste donc à voir si l’Appel d’Abidjan sera entendu par les décideurs européens, et si un accord tripartite verra le jour entre l’UE, les producteurs d’Amérique latine et ceux du groupe ACP.

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