Tourisme

Tunisie – Faillite de Thomas Cook : voyageurs bloqués, hôteliers inquiets

L'hôtel Les Orangers, à Hammamet en Tunisie

L'hôtel Les Orangers, à Hammamet (Tunisie). © Andrii Svyrydenko

Le tour-opérateur Thomas Cook s’est déclaré en faillite lundi. Dès samedi, les premiers incidents avaient éclaté en Tunisie entre les voyageurs et les hôteliers. Un coup dur pour le tourisme, qui se remettait seulement des années noires post-attentats de 2015.

Un bus empêché par une grille fermée de récupérer des vacanciers qui attendent, bagages à leurs pieds, qu’on les emmène à l’aéroport pour rentrer. Voilà la scène ubuesque qui s’est déroulée samedi soir à l’hôtel Les Orangers, à Hammamet, à 65 km au sud de Tunis. La faillite du voyageur historique britannique Thomas Cook, officiellement annoncée lundi matin, concerne ainsi quelque 4 500 touristes actuellement présents en Tunise.

Si des incidents similaires se sont produits ailleurs dans le monde, notamment en Turquie, le cas tunisien a été particulièrement médiatisé du fait d’une vidéo prise par une touriste anglophone, cliente de l’hôtel en question, et rapidement reprise par les médias britanniques. Selon plusieurs témoignages dénonçant une « prise d’otages », des clients ont dû verser 2 000 livres sterling (2 264 euros) à l’hôtel pour avoir le droit de partir.

« Les responsables de l’hôtel ont dû paniquer. Ils ont ouvert l’été dernier un nouvel établissement qui a nécessité de gros investissements. Les rumeurs sur la faillite de Thomas Cook leur a fait perdre la tête quelques instants », explique, en guise d’excuses, un professionnel tunisien.

Jeune Afrique n’a pas pu joindre lundi matin la direction des Orangers, qui était en réunion d’urgence. Au ministère du Tourisme, on assure que l’affaire, aussi déplorable soit-elle, n’a duré qu’une petite demi-heure et que les touristes ont pu finalement prendre leur avion. Aucun autre incident n’a été signalé par les utilisateurs de Thomas Cook actuellement en Tunisie.

Entre 60 et 70 millions d’euros d’encours

Une cellule de crise a été ouverte entre le ministère du Tourisme, l’ambassade britannique en Tunisie, Thomas Cook et les hôteliers. « Les autorités britanniques nous ont rassuré en nous certifiant qu’une caisse de compensation remboursera les créanciers tunisiens dans les 40 jours suivant l’envoi de leurs factures », explique-t-on au ministère.

Nous sommes en train de recenser les hôtels les plus touchés. Nous envisageons de prendre un avocat à Londres pour défendre nos intérêts plus directement

Selon la Fédération tunisienne de l’hôtellerie (FTH), l’encours de Thomas Cook est compris entre 60 et 70 millions d’euros, répartis sur une quarantaine d’hôtels, dont une dizaine travaillant quasi exclusivement avec le voyagiste. « Nous sommes en train de recenser les hôtels les plus touchés. Nous envisageons de prendre un avocat à Londres pour défendre nos intérêts plus directement », explique Mouna Ben Halima, représentante de la FTH dans la région de Hammamet. Moins optimiste que le ministère, l’hôtelière considère que récupérer 20 % de la créance totale serait déjà une bonne chose.

Cette faillite arrive au mauvais moment pour la Tunisie. Le tourisme venait de repartir : au 10 septembre, les visiteurs étaient 6,6 millions, dans le rythme des 9 millions espérés en fin d’année par le gouvernement. Les recettes en devises avaient progressé de 33 % en euros et de 25 % en dollars par rapport à l’an dernier à la même époque. Une embellie due, en partie, au retour massif des Anglais, qui sont la seconde nationalité transportée par Thomas Cook après les Allemands. Leur nombre a explosé, de janvier à juillet 2019, en hausse de 113,8 % par rapport à 2018.

Vers la fin du « all-inclusive » ?

« Thomas Cook n’est pas le seul tour-opérateur. Nous allons nous tourner vers la concurrence. Nous avons d’ailleurs déjà des contacts », rassure-t-on au ministère du Tourisme. En attendant que la caisse de compensation promise entre en vigueur, cette faillite provoquera à court terme un sérieux manque à gagner pour les professionnels du tourisme tunisien.

C’est dans les semaines à venir que Thomas Cook devait s’acquitter des factures pour les touristes venus nombreux cet été. « Les hôtels ont dépensé en nourriture, en personnel, etc, pour accueillir au mieux les vacanciers de Thomas Cook, mais ils ne seront pas remboursés. Si c’était arrivé en mars, ils auraient pu compenser avec les touristes locaux ou régionaux. Mais, là, c’est trop tard », déplore Mouna Ben Halima.

Pour elle, il y a toutefois une raison d’espérer, pour peu que la fin de Thomas Cook puisse accélérer la fin du monopole du tourisme « tout inclus » (all inclusive) en Tunisie et la mise en place de l’open sky.

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