Justice

Algérie : début du procès de Saïd Bouteflika, des généraux Toufik et Tartag et de Louisa Hanoune

| Par Jeune Afrique avec AFP
Mis à jour le 23 septembre 2019 à 18h06
Saïd Bouteflika en avril 2009 lors de la réélection de son frère à la présidence de l'Algérie (image d'illustration).

Saïd Bouteflika en avril 2009 lors de la réélection de son frère à la présidence de l'Algérie (image d'illustration). © AP/SIPA

Le procès de Saïd Bouteflika, frère et conseiller du président déchu Abdelaziz Bouteflika, ainsi que de deux anciens chefs du renseignement, les généraux Toufik et Tartag, et de Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs, a débuté lundi à Blida, au sud d’Alger.

Seuls les avocats et les familles des accusés ont eu le droit d’assister à l’audience. La police et les gendarmes ont interdit l’accès aux deux entrées du tribunal militaire à tous les véhicules et piétons, a constaté un photographe de l’AFP sur place. Saïd Bouteflika, Mohamed Mediène – dit « Toufik », directeur des puissants services secrets algériens pendant 25 ans – , son successeur Athmane Tartag et la cheffe du Parti des travailleurs (PT, trotskiste) Louisa Hanoune, comparaissent devant le tribunal.

L’ex-président du Conseil constitutionnel Tayeb Belaïz, fidèle de Bouteflika, est également arrivé à la cour pour témoigner. La télévision publique a annoncé que le procès avait débuté à 11h (heure d’Alger), le qualifiant de « sans précédent dans l’histoire de la justice algérienne ». L’envoyée spéciale de la télévision a affirmé que l’avocat de Mohamed Mediène avait demandé un ajournement. L’ancien chef du renseignement algérien est, selon sa famille et ses avocats, malade et son état de santé se serait dégradé.

« C’est un procès historique », a confirmé Noureddine Bekkis, enseignant en sociologie politique à l’Université d’Alger. La gestion par le pouvoir des conflits internes ressemble traditionnellement à « une boîte noire », mais « les mécanismes habituels de règlements de conflits internes sont tombés en panne », a-t-il ajouté.

Saïd Bouteflika et les deux ex-patrons du renseignement ont été incarcérés le 5 mai, tandis que Louisa Hanoune a été placée en détention provisoire quatre jours plus tard. La justice militaire les avait inculpés pour « atteinte à l’autorité de l’armée » et « complot contre l’autorité de l’État », des crimes pour lesquels ils encourent de lourdes peines, selon le code de justice militaire et le code pénal.

Réunions pour « comploter » contre Gaïd Salah

Un mouvement de contestation inédit débuté le 22 février a contraint Abdelaziz Bouteflika à renoncer à un 5e mandat puis à démissionner le 2 avril, après deux décennies au pouvoir. Depuis, la justice a ouvert une série d’enquêtes sur des faits présumés de corruption visant des ex-hauts responsables politiques et militaires ainsi que des hommes d’affaires, accusés d’avoir profité de leurs liens privilégiés avec l’entourage de Bouteflika.

Lundi, Boudjemaa Talaï, l’ancien ministre des Transports et des Travaux publics, en poste sous Bouteflika, a ainsi été placé en détention préventive, accusé de « dilapidation de deniers publics » et « d’abus de fonction », selon l’agence APS.

Lors de l’instruction, la défense de Louisa Hanoune avait admis qu’elle avait participé à une réunion avec Saïd Bouteflika et « Toufik » le 27 mars, au lendemain d’une déclaration du chef d’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah, demandant publiquement le départ du pouvoir d’Abdelaziz Bouteflika. Quelques jours plus tard, le général Gaïd Salah avait accusé, sans les nommer, Saïd Bouteflika et les généraux Mediène et Tartag de se réunir pour comploter contre l’armée.

Entendu comme témoin le 14 mai dans l’enquête visant le frère de l’ex-président, le général Khaled Nezzar – ancien homme fort de l’Algérie dans les années 1990 – avait affirmé que Saïd Bouteflika lui avait dit envisager d’instaurer l’état de siège et de démettre le général Gaïd Salah, afin de mettre un terme à la contestation contre son frère. Saïd Bouteflika était considéré comme le véritable homme fort du palais présidentiel, mais il ne disposait d’aucun pouvoir constitutionnel.

Également accusés de « complot », Nezzar et sont fils Lotfi sont depuis le 6 août sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis par le tribunal militaire de Blida. Selon des médias algériens, ils ont fui en Espagne au début de l’été.

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