Politique

Dialogue national au Cameroun : opposants et séparatistes posent leurs conditions

Paul Biya, le président camerounais, lors de son discours 10 septembre.

Paul Biya, le président camerounais, lors de son discours 10 septembre. © MABOUP

Entre libération des opposants politiques et des leaders sécessionnistes, ainsi que le souhait d’une médiation internationale, certains acteurs politiques conditionnent leur participation aux débats, dix jours après l’annonce d’un « grand dialogue national » par le chef de l’État.

Les préparatifs du « grand dialogue national » et les détails du calendrier sur cette rencontre se précisent. Les travaux débuteront le 30 septembre et se poursuivront jusqu’au 4 octobre, tandis que les débats se dérouleront au Palais des congrès de Yaoundé, où des ouvriers s’activent actuellement pour le remettre à neuf.

Dans les services du Premier ministre Joseph Dion Ngute, les consultations prescrites par le président Paul Biya dans son discours du 10 septembre se poursuivent. Depuis dix jours, des responsables d’institutions de la République, de partis politiques, de syndicats, d’entreprises privées ou d’associations défilent à l’immeuble Étoile, siège de la primature. Pour chacun de ces acteurs, cette procession est l’occasion de remettre leurs « propositions » en vue de la réussite de ce dialogue.

Grincements de dents

Mais après une semaine de consultations, des grincements de dents se font entendre au sein de la classe politique, pourtant favorable à la tenue de ce dialogue lors de son annonce par le président. Sur la forme des débats, comme sur le fond, les pré-conditions posées par des leaders de partis politiques et membres de la société civile rejoignent difficilement la ligne choisie par les autorités camerounaises, pour lesquelles le processus en cours a d’ores et déjà été balisé.

Huit thèmes ont ainsi été retenus pour l’heure comme axes de travail lors du grand dialogue national. Il s’agit, entre autres, du bilinguisme, de la diversité culturelle, de la reconstruction et du développement des zones touchées par le conflit, ou encore du système éducatif et judiciaire.

Parmi ceux-ci, un seul fait référence à la forme de l’État qui précise d’emblée que les échanges porteront sur la « décentralisation et le développement local ». Une question trop peu abordée selon les partis d’opposition, certains d’entre eux souhaitant le passage à un État fédéral.

Le dialogue doit satisfaire les attentes des populations des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest

Pour le Social Democratic Front (SDF), dont le vice-président Joshua Osih a notamment rencontré le Premier ministre, « les débats devraient aborder l’adoption d’une nouvelle Constitution ». L’ancien candidat à l’élection présidentielle insiste également sur le fait que le dialogue doit « satisfaire les attentes des populations » des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

À cet effet, le SDF souhaite que les organisateurs créent un « environnement propice » pour que le dialogue porte des fruits, en « décrétant un cessez-le-feu, et en accordant une amnistie générale à toutes les personnes incarcérées dans le cadre de cette crise afin qu’elles puissent prendre part aux débats ».

« Libération de Maurice Kamto »

Plus radical, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) conditionne sa participation à « la libération de son président national Maurice Kamto, des leaders politiques et organisations alliés, ainsi que des militants et sympathisants arrêtés et détenus arbitrairement ».

Le 18 septembre dernier, sa vice-présidente Tiriane Noah a remis un mémorandum portant sur les observations du parti au Premier ministre. Dans ce document de cinq pages dont Jeune Afrique a obtenu une copie, le MRC s’oppose également à la « participation directe » des forces de défense et des groupes armés, et propose la présence des leaders anglophones incarcérés.

« Il serait dangereux pour l’avenir des institutions républicaines d’impliquer les forces armées et groupes de combattants dans la gestion des affaires politiques de notre pays (…) Il est important que toutes les personnes arrêtées et encore détenues dans le cadre de la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest soient libérées afin que leur leader respectif prennent part au grand dialogue », précise la note signée par Maurice Kamto lui-même.

Souvenir du scénario de la tripartite de 1991

Mais à dix jours de l’ouverture du dialogue, les doléances des partis d’opposition ont peu de chance d’aboutir à une modification majeure de l’ordre du jour retenu par le président camerounais.

« Les thèmes choisis ont été émis par le chef de l’État lui-même. C’est son discours qui encadre l’action du gouvernement. Vous conviendrez donc que pour les modifier, il faudra de nouveau se référer à lui », explique à Jeune Afrique un cadre du ministère de la communication.

Malgré l’optimisme, le grand dialogue national semble mal engagé

L’opposition veut tout de même garder l’espoir d’une modification de cet agenda. À l’Union démocratique du Cameroun (UDC), le souvenir du scénario de la tripartite de 1991 convoqué par Paul Biya, dans les circonstances similaires de crise, est encore présent.

« Avant la tripartite, l’agenda prévoyait que l’on discute du code médiatique et du code électoral uniquement. Mais une fois que les discussions ont commencé, nous avons réussi à y inscrire la reforme constitutionnelle, explique Koupit Adamou, membre du bureau politique de l’UDC. Les problèmes que nous rencontrons actuellement vont au-delà de la forme de l’État. Nous voulons proposer nos solutions sur un plan global, et le pouvoir verra que la refonte constitutionnelle va couler de source », ajoute-t-il.

Rejet des sécessionnistes

Malgré cet optimisme, le grand dialogue national, dont l’objectif est de « mobiliser toutes les forces [du] pays autour des valeurs de paix et sécurité », semble mal engagé, les activistes sécessionnistes ayant choisi de rejeter l’offre de dialogue émise par le président Biya.

Pour eux, les autorités devraient offrir des garanties suffisantes pour la sécurité des participants. Les sécessionnistes réclament que les négociations soient placées sous l’égide d’une médiation internationale après l’obtention d’un cessez-le-feu négocié. De fait, les préparatifs qui se poursuivent à Yaoundé pour l’ouverture du dialogue n’ont pas fait taire les armes en zone anglophone.

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