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Présidentielle en Tunisie : Ennahdha reconnaît sa défaite et le « carton jaune » adressé par les électeurs

Abdelfattah Mourou, candidat d'Ennahdha, mettant son bulletin dans l'urne sous le regard des caméras, dimanche 15 septembre 2019 (image d'illustration).

Abdelfattah Mourou, candidat d'Ennahdha, mettant son bulletin dans l'urne sous le regard des caméras, dimanche 15 septembre 2019 (image d'illustration). © Mosa'ab Elshamy/AP/SIPA

Arrivé troisième avec 12,9 % des suffrages, Abdelfattah Mourou a reconnu mardi sa défaite au premier tour de l’élection présidentielle, et salué les vainqueurs Kaïs Saïed et Nabil Karoui. Pour les cadres de son parti, Ennahdha, c’est désormais l’heure du bilan.

Au quartier général d’Abdelfattah Mourou, candidat tardif d’Ennahdha à l’élection présidentielle du 15 septembre, l’ambiance n’est pas à la fête. Devant les caméras, les affiches « Mourou 2019 » et les photos du candidat affublé du numéro 14 rappellent les espoirs déçus du parti à la colombe. Mis à part les gardes du corps à l’entrée de cette villa du quartier El Manar, en périphérie de Tunis, les trois hommes qui s’expriment en conférence de presse paraissent plus petits qu’avant dans leurs costumes.

Aux côtés du candidat paré de ses habituelles jebba et chechia, Samir Dilou, son directeur de campagne et ex-ministre des Droits de l’homme, et Rached Ghannouchi, le chef de la formation à référentiel islamique. Tous deux cravatés, ils tentent tour à tour de trouver des raisons à cette dégringolade. Ennahdha, qui se démarquait jusqu’alors par ses bases solides et sa structuration, était habitué depuis 2011 à peser fortement dans le jeu politique, jusqu’à devenir première force à l’Assemblée des représentants du peuple. Sa récente mue en formation « musulmane démocrate » – selon les derniers éléments de langage – était d’ailleurs censée élargir ses perspectives. Il faudra finalement compter sans le fauteuil de Carthage.

Le leader d'Ennahdha Rached Ghannouchi (à droite), aux côtés du candidat du parti à l'élection présidentielle Abdelfattah Mourou (à gauche) et de Samir Dilou, directeur de campagne.

Le leader d'Ennahdha Rached Ghannouchi (à droite), aux côtés du candidat du parti à l'élection présidentielle Abdelfattah Mourou (à gauche) et de Samir Dilou, directeur de campagne. © Camille Lafrance pour JA

Une candidature tardive

Ses cadres ont reconnu la défaite et la place de troisième de leur candidat à la présidence, avec 12,9 % des voix, selon les résultats officielles annoncés mardi après-midi par l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie). La faute à un manque de temps, s’accordent-ils à justifier.

Ennahdha a en effet traîné et attendu la dernière minute pour annoncer une candidature et choisir son « oiseau rare », après avoir hésité à soutenir un visage extérieur à ses rangs. Beaucoup trop tard, de l’avis d’Oussama Sghaïer, député nahdaoui des Tunisiens de l’étranger (circonscription Italie).

Si on avait eu quelques jours de plus, on aurait pu faire beaucoup mieux. Surtout que nous n’avons que deux points d’écart avec le candidat arrivé deuxième

« Nombre de citoyens avaient déjà fait leur choix quand nous nous sommes décidés, confie-t-il à Jeune Afrique. Si on avait eu une campagne normale et non pas des élections anticipées, avec quelques jours de plus, on aurait pu faire beaucoup mieux. Surtout que nous n’avons que deux points d’écart avec le candidat arrivé en deuxième position. »

Selon lui, les douze jours accordés pour faire campagne et sillonner toutes les régions ont été largement insuffisants. Il en veut pour exemple la ville de Gabès, où Ennahdha était classé troisième des intentions de vote avant la visite de son candidat, qui aurait contribué à l’y propulser finalement en première place.

« Avènement de candidats de la révolution »

« Tous les représentants et cadres du parti sont descendus sur le terrain en force », a salué Rached Ghannouchi, tout en se félicitant de « l’honorable » résultat obtenu. Peu avant, le bureau exécutif d’Ennahdha avait salué « le militantisme, la persévérance et la capacité [d’Abdelfattah Mourou] à communiquer avec différentes catégories sociales ».

Le leader a également souligné la défaite des candidats de l’ancien régime et de ses ennemis – pourtant alliés d’hier. Il estime que le scrutin a en revanche permis « l’avènement de gouvernements d’essence révolutionnaire, grâce aux candidats de la révolution dont Mourou, mais aussi Kaïs Saïed, l’ex-président Moncef Marzouki, Safi Saïd, Lotfi Mraihi et Seifeddine Makhlouf ».

« On ne peut pas décrypter en quelques heures le message lancé par les Tunisiens », a nuancé Samir Dilou, reconnaissant toutefois un « séisme ». Et Mourou de rappeler que « l’érosion n’a pas touché seulement Ennahdha, mais tous les partis et politiciens ». « C’est un carton rouge pour le pouvoir et un carton jaune pour nous », reconnaît leur cadet Oussama Sghaïer.

La concurrence Saïed

Le candidat arrivé en tête, Kaïs Saïed, a-t-il puisé dans les réserves de la formation islamiste ? « Il a commencé sa campagne il y a trois ans. Pendant ce temps-là, j’étais à la tête de l’Assemblée [comme vice-président]. Ce qui m’intéressait, c’était le cours des choses dans l’hémicycle. Il a pris de l’avance, mais nous ne savons pas encore s’il a pris des voix chez nos potentiels électeurs ou chez nos voisins », rétorque à Jeune Afrique un Abdlelfattah Mourou qui tente de garder le sourire et son habituelle bonhomie.

Les instances du parti devraient se prononcer dans les prochains jours sur son éventuel appui à l’un ou l’autre des candidats du duo de tête. Si un soutien était envisagé, l’option Kaïs Saïed semble la plus réaliste. « Nabil Karoui a tenté de nous détruire et a beaucoup dépensé pour cela ces dernières années », rappelle ainsi Oussama Sghaïer.

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