Finance

La finance islamique, un secteur plein d’opportunités en Afrique, selon Moody’s

A la bourse de Johannesburg, en 2017 (illustration).

A la bourse de Johannesburg, en 2017 (illustration). © Denis farrell/AP/SIPA

S’il nécessite un temps d’adaptation pour la majorité des États africains, le secteur de la finance islamique dispose d’un fort potentiel sur le continent, où les pays cherchent à diversifier leurs sources de financement.

Progressant déjà à bonne allure sur le continent africain, la finance islamique a de bonnes perspectives devant elle, au moins pour les douze à dix-huit mois à venir. C’est ce qu’affirme le cabinet Moody’s, dans son rapport dédié au secteur sur le continent Africain, publié le 16 septembre dernier.

La finance islamique a émergé sur le continent à partir de 2013. C’est une branche de l’activité bancaire qui recouvre l’ensemble des transactions et produits financiers adaptés aux principes de la Charia (interdiction des intérêts, de l’incertitude, de la spéculation, d’investir dans des secteurs comme l’alcool, le tabac, les paris sur les jeux…). Son fonctionnement repose notamment sur l’émission et l’utilisation de sukuks : des titres de créances conformes aux mêmes principes islamiques.

0,5 % des sukuks mondiaux

« Les Sukuks fournissent des sources de financement alternatives aux États souverains africains et aux institutions financières, et leurs émissions sont soutenues par les besoins croissants de financement en Afrique – en particulier pour les projets d’infrastructure – et par le confort croissant des investisseurs mondiaux à l’égard des instruments financiers islamiques », explique le document.

Avec 500 millions de dollars de sukuks émis en Afrique depuis un an, Moody’s précise que le continent ne regroupe que 0,5 % des sukuks mondiaux en circulation : l’Arabie Saoudite et la Malaisie étant les principaux utilisateurs, avec respectivement 299 milliards et 134 milliards de dollars.

Les trois pays d’Afrique où le plus de sukuks ont été émis sont jusqu’à présent le Nigéria (environ 680 millions de dollars), la Côte d’Ivoire et l’Afrique du Sud (environ 500 millions de dollars chacun).

Mais les analystes relèvent aussi l’initiative du Maroc qui a émis 105 millions de dollars de sukuks entre octobre et décembre 2018, une première couronnée de succès pour le royaume chérifien, puisque la transaction a été 3,6 fois sur-souscrite par les investisseurs.

La nécessité d’adapter les systèmes financiers

« Nous nous attendons à ce que l’importante population musulmane d’Afrique, qui est principalement non bancarisée ou mal desservie, continue à fournir une base solide sur laquelle les actifs de la finance islamique, et donc les bénéfices, peuvent croître rapidement » annonce les analystes de Moody’s. Ils citent par ailleurs le récent intérêt manifesté par l’Égypte, l’Algérie et le Soudan pour l’émission de sukuks afin de diversifier leurs sources de financement.

Reste aux États intéresser à adapter leurs systèmes financiers et contraintes légales à l’émission de sukuks, et à identifier les projets servant de garantie/support à ces émissions.

Concernant les établissement bancaire, le rapport souligne la « bonne résilience des banques islamiques malgré un environnement opérationnel difficile dans de nombreux pays africain », justifiant l’idée que les émissions de sukuks vont continuer de croître régulièrement et que ces banques « continueront à réaliser de bons résultats ».

Pour illustrer ce propos, le rapport cite trois exemples : la banque islamique sud-africaine Al Baraka, qui a vu ses bénéfices grimper de 12,4 % entre janvier et juin 2019 par rapport à l’année précédente ; la First National Bank (troisième groupe bancaire d’Afrique du Sud et du continent), qui souligne la contribution importante des dépôts islamiques à sa croissance ; et enfin la Sterling Bank (Nigeria), qui met en avant la croissance de 24% des profits de sa fenêtre islamique, malgré une contraction de 16 % de l’ensemble des actifs sur le segment des banques commerciales nigérianes.

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